Face aux bouleversements qui secouent le monde en ce début d’année 2026, l’âme humaine ne traverse jamais une émotion unique ; elle subit un véritable tourbillon de sentiments. C’est ce que l’on ressent alors que les États-Unis et Israël ont choisi d’attaquer l’Iran, au moment même où des négociations semblaient pourtant offrir une lueur d’espoir.
Le premier sentiment est une stupeur profonde. On croyait sincèrement qu’un accord était possible, et soudain, les écrans ne montrent plus que des bombes qui déchirent le ciel. Ce qui blesse le plus la conscience, c’est le mépris total pour le caractère sacré du mois de Ramadan. Comment a-t-on pu ignorer que l’Iran, comme tout le monde musulman, est alors plongé dans l’Ibaadat (adoration) ? C’est un mois de dévotion et de prière, où l’on est censé se détacher des choses mondaines, et non subir la violence des hommes.
À cette stupeur s’ajoute une douleur immense en apprenant le martyre de 165 jeunes filles innocentes. Quel crime avaient-elles commis pour mériter un tel sort ? Imaginons le calvaire de cette mère qui dépose sa fille souriante le matin à l’école, pour ne retrouver qu’un corps sans vie le soir. Est-ce donc à ce genre de « sauvetage » que le président Trump fait allusion dans ses promesses ?
Il y a également un profond sentiment d’indignation envers les pays voisins qui acceptent d’héberger des bases militaires américaines. En laissant leur sol servir de rampe de lancement contre l’Iran, ils deviennent les complices de cette agression. Certes, les différences existent : les uns sont chiites, les autres majoritairement sunnites. On peut ne pas être d’accord avec la politique de l’Iran ou son application de la charia. Mais au final, ne sont-ils pas musulmans comme nous tous ? Nous appartenons à la même Oumma. Nous récitons la même Kalima (credo islamique).
Le Saint Prophète (s.a.w.) nous a laissé une leçon impérissable à ce sujet à travers l’histoire d’Oussama bin Zayd. Après que ce dernier eut tué un homme qui venait de proclamer sa foi, le Messager d’Allah (s.a.w.) l’interpella avec une sévérité qui résonne encore aujourd’hui :
« As-tu donc fendu son cœur pour savoir s’il l’avait professé sincèrement ou non ? »
(Sahih Muslim, n° 96a)
Si le Saint Prophète (s.a.w.) interdisait de juger le cœur d’un seul homme sur un champ de bataille dès lors qu’il prononçait la Kalima, comment des nations musulmanes peuvent-elles aujourd’hui justifier de trahir, d’isoler ou de laisser bombarder tout un peuple qui atteste quotidiennement qu’il n’y a de divinité qu’Allah ?
Cette attitude lâche des pays arabes rappelle avec une force saisissante les avertissements du quatrième Calife de la communauté musulmane Ahmadiyya, Mirza Tahir Ahmad (r.h.), compilés dans l’ouvrage The Gulf Crisis & The New World Order. Ce livre n’est pas un simple traité théorique, mais un condensé précieux de 17 sermons du vendredi prononcés avec une clarté prophétique à la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990. Sa Sainteté (r.h.) expliquait avec gravité :
« L’histoire de l’Islam est souillée par d’horribles exemples de trahisons perfides. À l’exception de l’époque du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) et de la période s’étendant jusque peu après les quatre Califes, si vous examinez n’importe quelle autre partie de l’histoire, son étude révèle que des traîtres ont toujours été recrutés parmi les musulmans eux-mêmes pour leur infliger des dommages. Sans leur assistance, la nation musulmane n’aurait jamais pu être blessée. »
Sa Sainteté (r.h.) dénonçait déjà la soumission historique de l’Arabie saoudite et l’illusion d’une autorité religieuse qui ne sert en réalité que des intérêts étrangers :
« Ses trahisons envers le monde islamique revêtent des proportions historiques. L’Arabie saoudite est née de la trahison et s’est établie par la trahison. Elle a systématiquement servi les intérêts de la Grande-Bretagne et des États-Unis. L’occupation des deux villes les plus sacrées de l’Islam lui a suffi pour revêtir ce faux manteau d’ostentation religieuse qui a impressionné de nombreux gouvernements islamiques. Ces derniers ont tissé une relation d’affection avec l’Arabie saoudite pour la simple raison qu’ils pensaient qu’elle représentait La Mecque et Médine ou, en d’autres termes, qu’elle était la représentante du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) et de Dieu.
[…] Pensez-vous que les sons émanant des minarets de La Mecque et de Médine soient ceux d’Allah et de Son Prophète (s.a.w.) ? La vérité est que ces minarets ne font que projeter le son de haut-parleurs reliés à des microphones situés à Washington, où Israël est l’orateur utilisant ces micros. C’est un fait si évident qu’aucun débat complexe n’est nécessaire pour le prouver. Quiconque est un tant soit peu conscient de la situation contemporaine sait très bien que l’Arabie saoudite est totalement sous l’emprise des États-Unis, et que les États-Unis ont complètement capitulé devant l’ascendant israélien, ayant pratiquement intégré la primauté d’Israël dans leur propre politique. »Malgré les divergences doctrinales, Sa Sainteté (r.h.) soulignait la grandeur historique de l’Iran et son refus de trahir l’Islam :
« Il se peut que leur perception de l’Islam soit déformée ; il se peut que nous différions sur certains points de la doctrine chiite. Il se peut que leur perspective temporelle de l’Islam ou leur conceptualisation politique de la religion soit erronée — et je pense qu’elle l’est —, mais il est inconcevable que la nation iranienne trahisse délibérément l’Islam. Leur histoire est également illuminée par de grandes actions au service de la foi. En fait, si l’on juxtaposait les services académiques et érudits rendus à l’Islam par la Grande Perse avec les services rendus par le reste du monde islamique, il n’y aurait pratiquement aucune comparaison possible. » (The Gulf Crisis & The New World Order, pp. 191-195)
Il est révoltant de voir que chaque événement semble encore une fois servir les mêmes intérêts. Après la Palestine, c’est au tour de l’Iran ; qui sera la prochaine cible ? Là encore, la sagesse du quatrième Calife, Mirza Tahir Ahmad (r.h.), résonne avec force : il avait prévenu il y a des décennies qu’Israël ne s’arrêterait pas avant d’avoir porté la main sur La Mecque.
En réponse à une question sur les véritables ambitions d’Israël, Sa Sainteté (r.h.) a répondu qu’ils nourrissent des ambitions territoriales bien au-delà des frontières actuelles de l’État d’Israël et qu’ils ne cesseront de nuire à la paix mondiale tant qu’ils n’auront pas conquis La Mecque et Médine et anéanti le monde musulman. Difficile à croire ? Pas du tout. Rappelons-nous la promesse biblique faite à Abraham (a.s.) :
« En ce jour-là, l’Éternel fit alliance avec Abram, et dit : Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve d’Euphrate. »
(Genèse 15:18)
Selon cette description, les frontières bibliques de la Terre d’Israël, que certains appellent « le Grand Israël », s’étendent de l’Égypte à la Turquie, en passant par l’Arabie et l’Irak. Ayant démontré leur capacité à conquérir, coloniser et massacrer, sommes-nous réellement étonnés qu’ils cherchent à étendre leur domination ?!
Comment les pays arabes qui recherchent l’amitié des États-Unis se sentiront-ils quand ils deviendront à leur tour des cibles ? Les États-Unis ne sont que les instruments d’un agenda qui sert Israël. Aujourd’hui, ils se disent vos amis, mais demain, ils pourraient vous détruire. L’Iran, de son côté, montre la même fermeté qu’auparavant. Peut-on réellement lui reprocher de viser les bases américaines installées chez ses voisins pour se défendre ? L’Iran ne s’attaque pas aux pays du golfe Persique, mais à la présence militaire étrangère sur leur sol, qui n’est pas des moindres ; les États-Unis stationnent actuellement entre 40 000 et 50 000 soldats sur au moins 19 sites à travers la région.
Enfin, malgré cette obscurité, l’espoir demeure. En tant que musulmans ahmadis, nous prions nuit et jour pour que tous les musulmans acceptent enfin le Messie de l’époque et s’unissent sous la bannière du Califat. Ce jour-là, quand l’Oumma sera réellement unie derrière son imam, qui osera encore nous provoquer ? Très certainement, ces conflits sont atroces, mais ils forceront nos frères et sœurs à la réflexion. La vérité finira par s’imposer dans les cœurs. En attendant ce jour, nous gardons en mémoire cette parole de notre bien-aimé Prophète (s.a.w.) :
« Vous voyez les croyants dans leur miséricorde mutuelle, l’amour qu’ils se portent et leur gentillesse, ressembler à un seul corps ; si une partie du corps ne va pas bien, alors tout le corps partage avec elle l’insomnie et la fièvre. »
(Sahih Bukhari, n° 6011)
Nous n’oublions pas que si un seul membre de l’Oumma souffre, c’est tout le corps qui doit ressentir la douleur. Puisse Allah apporter la paix, la clairvoyance et l’unité à l’Islam. Amine.
À propos de l’auteure : Tasleem Sooltangos-Napaul, titulaire d’une maîtrise en gestion environnementale, chargée de publication pour la Lajna Ima’illah de Maurice et volontaire au sein des studios de la MTA Maurice.











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