Spiritualité

Les mangues : une profonde leçon de spiritualité

Mangues-fruit
L’épanouissement spirituel, à l’instar du mûrissement des fruits, exige du temps.

Cet article est basé sur un sermon prononcé par le deuxième Calife de la communauté, Hazrat Mirza Bashir-Ud-Din Mahmud Ahmad (ra), dans lequel il utilise l’analogie des mangues et de leurs différents degrés de maturité et de douceur pour démontrer qu’il existe des individus de différents rangs et degrés dans les communautés des prophètes. Ce sont toutefois les meilleurs des meilleurs qui sont les véritables exemples pour autrui parmi eux. [1]

Nous sommes à notre période préférée de l’année : celles des mangues. Si vous êtes comme moi, votre cuisine est remplie de caisses de ce fruit délicieux et juteux. Or, tout amateur de mangues sait pertinemment bien qu’elles ne sont pas toutes identiques. Il est une vérité universelle que les objets appartenant à la même catégorie ou espèce ne sont jamais similaires. Prenons, par exemple, une caisse de mangues, le délectable fruit national du Pakistan. Nous les aimons tous, surtout lorsqu’elles sont sucrées et mûres. Cependant, il est possible que parmi un lot de mangues savoureuses, nous en trouvions certaines qui sont amères ou encore vertes. Cette situation malencontreuse ne nous incite pas à jeter la boîte entière ou à considérer toutes les mangues comme désagréables ou pourries. [2]

De même, nous croisons au cours de notre existence des individus dont le degré de maturité spirituelle varie. Parfois, nous rencontrons certains qui ne sont pas mûrs spirituellement et qui possèdent des faiblesses apparentes et sont coupables d’écarts moraux. Parfois, nous rencontrons des individus au sommet de leur épanouissement spirituel et dégageant un parfum agréable de foi et de félicité.

Évoquant cette disparité spirituelle, le Messie Promis (as) déclare : « Je conseille aux membres de ma Jama’at [communauté] de faire preuve de compassion envers ceux d’entre eux qui sont faibles et qui n’ont pas encore atteint la maturité dans la foi. Ils doivent tenter d’éliminer leur faiblesse. Ils ne doivent pas être durs et impolis envers eux. Ils doivent plutôt tenter de leur expliquer ce qu’ils ignorent. »[3]

Malheureusement, certains des nôtres portent injustement des jugements basés sur la conduite de ceux qui ne sont pas arrivés à maturité spirituelle. Le deuxième calife de la communauté Ahmadiyya, Hazrat Mirza Bashir Ud Din Mahmud Ahmad (ra), attire notre attention sur un critère injuste utilisé par les opposants de l’Ahmadiyya ou même par certains des nôtres. Il déclare : « Parfois, certains membres de notre communauté, lorsqu’ils sont témoins d’une déficience ou d’une faiblesse chez autrui, s’empressent de supposer que la communauté toute entière est corrompue. » [4]

Toutes les mangues ne sont pas pareilles, ni uniformément agréables et savoureuses : de même tout le monde n’est pas identique dans ses connaissances et sa spiritualité. À titre d’exemple, il existait, à l’époque du Saint Prophète (sa), des individus à l’instar d’Abou Bakr (ra),  qui démontraient une loyauté sans pareille envers l’Islam. À l’autre extrémité se trouvait le chef des hypocrites, Abdoullah bin Ubayy bin Saloul.[5]  Or malgré l’hypocrisie et la mauvaise nature de ce dernier, le Saint Prophète (sa) fit preuve de bonté et de tendresse envers les hypocrites. Tant était grande la compassion du Saint Prophète (sa) qu’il offrit sa chemise en guise de linceul pour recouvrir le cadavre d’Abdoullah bin Ubayy bin Saloul.[6]

Ainsi les communautés de tous les prophètes comprennent des individus aux aptitudes diverses. Il serait insensé d’isoler les personnes faibles et non-épanouies spirituellement et d’en faire les représentants du prophète. Nous devons faire preuve d’affection et de douceur à l’égard des faibles dans la foi. En réalité la spiritualité est un voyage : l’un des plus grands objectifs de la foi et de la religion est d’aider autrui à l’entreprendre et à y exceller. Ainsi, en constatant la faiblesse de l’autre, évitons de le juger ou de le ridiculiser : utilisons au contraire, ce moment comme une leçon afin d’aider chacun à progresser dans sa spiritualité et à atteindre notre objectif ultime : la proximité de Dieu.

Le mûrissement des fruits est un processus graduel, il en va de même pour la spiritualité. Le Messie Promis (as) l’explique si bien : « Tout dans le monde progresse par étapes. L’avancement spirituel n’est pas différent et rien ne se produit sans lutte : on doit aussi la mener dans la voie de Dieu. » [7]

Nous vivons à une époque où nous sommes constamment bombardés par l’immoralité et la décadence. À chaque clic, chaque message et chaque changement de chaîne, nous sommes engagés dans une bataille contre notre Nafs (moi) et Satan. De nombreuses personnes sont plongées dans des distractions sataniques et luttent pour se maintenir à flot. À chaque instant, nous tentons de nous affranchir de l’emprise de Satan. Commentant sur l’état désastreux de l’époque actuelle, Hazrat Mirza Bashir Ud Din Mahmud Ahmad (ra) déclare : « À l’époque du Saint Prophète (sa), il n’y avait pas autant d’immoralité et de corruption qu’aujourd’hui. » [8]

Pourquoi juger celui qui lutte dans son cheminement spirituel ? Si nous pouvons laisser nos mangues mûrir, pourquoi ne pas s’offrir du temps mutuellement pour mûrir spirituellement ?

تلخ ہوتا ہے ثمر جب تک کہ ہو وہ ناتمام

اس طرح ایماں بھی ہے جب تک نہ ہو کامل پیار

Le fruit demeure amer tant qu’il n’est pas mûr.

Il en va de même pour la foi, jusqu’à ce que l’amour soit parfait.[9]  


[1] Khutbat-e-Mahmud, vol. 10 p. 52

[2] Ibid.

[3] Malfuzat, vol.2 pp. 219 [Edition 1984]

[4] Khutbat-e-Mahmud, vol. 10, p. 57

[5] Khutbat-e-Mahmud, vol. 10, p. 56

[6] Malfuzat vol. 2, p. 219-220 [Edition 1984]

[7] Malfuzat, vol. 2, p. 224 [Traduction anglaise]

[8] Khutbat-e-Mahmud, vol. 10, p. 59

[9] Durr-e-Sameen, p. 83 [Edition 2002 ]