Discours du Calife

L’état critique du monde: quel plan d’action en faveur de la paix?

Le conflit entre l'Ukraine et la Russie est dans sa deuxième année. La guerre entre Israël et le Hamas a causé des souffrances d'une ampleur inédite. La guerre nucléaire est désormais évoquée comme une possibilité. Une solution différente s'impose pour favoriser une paix durable.

À tous nos distingués invités : Assalamo-Alaikoum Wa Rahmatoullahi Wa Barakatouhou ! Que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur vous tous !

Aujourd’hui, une fois de plus, nous sommes réunis pour cet événement organisé par la communauté musulmane Ahmadiyya afin de réfléchir sur la manière dont nous pourrons surmonter les divisions au sein de la société et instaurer une paix véritable dans le monde.

Durant plus de deux décennies, j’ai exhorté les gouvernements, les politiciens et l’ensemble de la population à jouer leur rôle pour garantir la cohésion sociale au sein de nos sociétés individuelles ainsi que la paix et l’harmonie universelles. J’ai exprimé mes opinions sur la manière dont nous pourrons mettre fin à toutes les formes de guerre, qu’il s’agisse de conflits menés erronément au nom de la religion ou de ceux qui sont ouvertement géopolitiques. Je n’ai pas seulement parlé de la nécessité urgente de mettre fin aux guerres entre nations, mais aussi de s’attaquer aux frustrations qui existent localement au sein des communautés et de lutter pour la paix dans les nations où éclatent des guerres civiles ou des conflits internes. L’histoire nous enseigne que les luttes internes peuvent dégénérer en guerres régionales, souvent alimentées par l’ingérence et l’influence de puissances extérieures et par la fomentation de l’instabilité et de la division dans d’autres pays pour servir leurs intérêts.

Au cours des dernières décennies, nous avons été les témoins des conséquences désastreuses de telles ingérences dans des pays comme le Koweït, l’Irak, la Syrie et le Soudan. Plus important encore, j’ai à maintes reprises mis en garde contre les politiques injustes des grandes puissances et les systèmes politiques, juridiques et économiques iniques qui prévalent dans une grande partie du monde. Ces derniers provoquent une montée en flèche des inégalités, qui à son tour alimente une instabilité et une insécurité globales.

Au fil des ans, des politiciens, des intellectuels et des citoyens ont invariablement souscrit à mon affirmation selon laquelle la paix est un objectif primordial. Cependant, nombre d’entre eux ont également exprimé, directement ou indirectement, leur désaccord quant à l’éventualité d’une escalade des conflits existants en une guerre globale pouvant conduire à l’usage d’armes nucléaires. Beaucoup ont considéré cette perspective comme excessivement pessimiste. Pendant une longue période, même ceux étroitement impliqués dans les affaires internationales, tels que les politiciens, les journalistes spécialisés en politique étrangère ou les analystes, n’ont pas partagé mon point de vue. Cela s’explique peut-être par leur idéalisme et leur inclination à envisager le monde avec optimisme ou par une incapacité à tirer des leçons de l’histoire. Ils semblent avoir fait fi des fractures croissantes qui se sont creusées au cours des dernières décennies dans les relations internationales. Peut-être ont-ils simplement refusé d’accepter la réalité qui s’imposait à eux. Comme le dit le proverbe, « l’ignorance est source de bonheur ».

Pourtant, aujourd’hui, tandis que des guerres font rage ici même en Europe, au Moyen-Orient et dans d’autres régions, nombre de ces mêmes individus tirent maintenant la sonnette d’alarme, mettant en garde contre une guerre mondiale où les armes nucléaires pourraient être utilisées, causant des ravages inimaginables à l’échelle planétaire. Malgré cette prise de conscience, beaucoup semblent toujours réticents à envisager les actions nécessaires pour mettre fin à ces conflits et sont peu enclins à écouter les voix sincères s’élevant en faveur de la paix dans le monde.

Dans ce contexte, je me suis interrogé sur la pertinence de l’événement de ce soir. Quel était l’intérêt de se rassembler à nouveau pour parler de paix et de justice si ceux qui détiennent le pouvoir et la capacité d’influencer le changement étaient déterminés à ne pas nous entendre ? La dure réalité est que même les institutions fondées avec pour objectif premier le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde perdent progressivement de leur pertinence.

Le droit de veto : un obstacle à la paix

Par exemple, les Nations Unies sont devenues un organe faible et quasi impuissant, où quelques nations dominantes exercent un pouvoir absolu et outrepassent aisément les positions de la majorité. Au lieu de statuer sur chaque question en fonction de ses faits et de ses fondements, les nations forment des alliances et votent en faveur de leurs propres intérêts. En définitive, les décisions cruciales sont prises par un petit nombre de nations privilégiées détenant le droit de veto.

Au lieu de servir fidèlement la cause de la paix et de la justice, ces nations brandissent leur droit de veto tel un atout ultime chaque fois que leurs intérêts étroits sont menacés, et ce, sans tenir compte du fait que leur décision puisse briser la paix et la prospérité d’autres nations et conduire à la mort et à la destruction de populations innocentes. Qu’il soit clair : la balance de la justice ne sera jamais équitable là où existe un droit de veto.

Malgré ces réserves, j’ai pris conscience de la nécessité de saisir cette opportunité pour m’exprimer. En effet, l’Islam enseigne aux musulmans de ne jamais faiblir dans la quête de la paix. Il nous enjoint de dire la vérité afin qu’au moment de rendre des comptes devant Allah un croyant puisse affirmer en toute sincérité avoir fait de son mieux pour sauver Sa création de la destruction.

Notre combat pour la paix

En outre, le Saint Prophète de l’Islamsa a déclaré que la forme la plus élevée du jihad – un terme mal compris et dénaturé – consiste à dire courageusement la vérité à ses dirigeants, en particulier ceux qui sont durs, injustes et cruels. Si des nations ou des individus plus faibles, comme moi-même, dépourvus d’affiliation politique, tentent de se faire entendre, leurs efforts sont rarement appréciés, et ceux qui le font peuvent rencontrer des difficultés ou risquer des sanctions.

Malgré ces obstacles, la communauté musulmane Ahmadiyya, fidèle aux valeurs de l’Islam, continue et continuera toujours à œuvrer avec ardeur pour la paix. Elle se fait la championne des droits des démunies et des victimes d’injustice. Par la grâce de Dieu, usant de tous les moyens à notre disposition, nous nous efforcerons d’influencer, dans la mesure du possible, les acteurs politiques, les décideurs, les intellectuels et d’autres personnes pour promouvoir la paix dans le monde. Certains parmi vous sont peut-être au courant des efforts constants que notre communauté déploie pour promouvoir la paix et soulager les souffrances de ceux confrontés à une détresse physique ou émotionnelle grave. Après cette introduction, je voudrais maintenant partager avec vous mes réflexions sur la façon d’établir la paix dans le monde.

Toutes les religions prônent l’harmonie

Aucun des fondateurs des grandes religions, tels que le Prophète Jésusas, le Prophète Moïseas, ou tout autre prophète de Dieu, y compris le fondateur de l’Islam, le Saint Prophète Mohammadsa, n’a jamais enseigné à ses disciples de violer la paix sociale, ni de recourir à l’injustice ou à l’agression. Bien qu’il soit vrai que dans certaines circonstances extrêmes, ils ont autorisé l’usage limité de la force, celle-ci était toujours exercée dans le seul but de mettre fin à la guerre et à l’oppression.

En ce qui concerne l’Islam, son nom lui-même signifie littéralement « paix ». Tous les aspects de ses enseignements reflètent cette essence. En guise d’exemple, au chapitre 42, verset 41 du Saint Coran, Allah, le Tout-Puissant, ordonne aux personnes et aux nations lésées de ne jamais répondre de manière disproportionnée ou de céder à la vengeance. De plus, Allah affirme qu’il est préférable de pardonner si cela peut conduire à la réforme. Le verset 10 du chapitre 49 du Saint Coran, stipule que si deux nations sont en guerre, des acteurs neutres doivent jouer un rôle de médiateur et s’efforcer d’établir la paix fondée sur les principes de la justice et de l’équité. Si, après réconciliation, l’une des parties venait à enfreindre les conditions de l’accord et à reprendre la guerre, les autres nations doivent alors s’unir et faire usage de la force de manière collective pour contrer l’agresseur jusqu’à ce qu’il mette fin à son comportement hostile. Dès lors que celui-ci cesse ses agissements, les autres nations doivent également mettre un terme à l’usage de la force.

La justice : socle de l’entente

L’objectif doit toujours être de construire une paix durable fondée sur la justice. Un tiers ne doit pas profiter de la vulnérabilité des belligérants pour usurper leurs droits à son propre compte. Si ce principe était respecté aux Nations Unies et dans d’autres instances pertinentes, les conflits seraient réglés de manière beaucoup plus amiable et rapide. Cependant, il s’avérera impossible d’instaurer une paix véritable tant que les nations, directement ou par l’intermédiaire de leurs puissants alliés, pourront exercer un droit de veto.

Malheureusement, en raison de son manque intrinsèque de justice, le destin des Nations Unies semble refléter celui de son prédécesseur voué à l’échec, la Société des Nations. Et si le système de droit international, aussi fragile soit-il, s’effondre complètement, l’anarchie et la destruction qui en résulteront dépasseront notre entendement. Si une multitude de conflits secouent le monde entier, les plus urgents et les plus dangereux sont ceux qui se déroulent entre Israël et le Hamas, ainsi que la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Certaines personnes peuvent croire, ou avoir été amenées à penser, que le conflit israélo-palestinien est une guerre de religion. En réalité, il s’agit d’un conflit géopolitique et territorial. Quant à la guerre en Ukraine, il s’agit de toute évidence d’une guerre géopolitique menée pour des motifs territoriaux.

L’Islam prône une équité exemplaire

Je suis fermement convaincu qu’il n’existe qu’un seul moyen de mettre fin à ces conflits : garantir que la justice triomphe et que tout règlement se fonde sur l’équité, et non sur ce qui sert le mieux les intérêts des puissances extérieures. Au cas contraire, les Nations Unies et le droit international perdront toute pertinence, et le « droit du plus fort » sera la seule règle en vigueur. Dans le cas de la guerre en Ukraine, la Russie dispose d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, tandis que l’Ukraine en possède également un, de facto, en raison de son alliance avec les nations occidentales membres permanents du Conseil de sécurité. Comment parvenir à un accord de paix si les deux parties peuvent exercer un veto de manière effective ? Pourquoi l’une ou l’autre partie fera-t-elle la moindre concession sachant qu’elle peut mettre son veto à tout accord qui ne lui est pas entièrement favorable ? En ce qui concerne la situation à Gaza, bien qu’Israéliens et Palestiniens aient leurs partisans respectifs, le droit de veto n’a été utilisé qu’en faveur d’Israël depuis le début du conflit plusieurs mois de cela. Par exemple, en février 2024, treize des quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont voté en faveur d’un cessez-le-feu immédiat à Gaza, mais les États-Unis ont exercé leur droit de veto et la résolution a été rejetée. Comment instaurer la paix lorsque l’avis de la majorité est si facilement écarté ? Cela ne relève pas de la justice, mais plutôt d’un rejet de la démocratie et du principe d’égalité.

À l’opposé de ces lois humaines, les enseignements de l’Islam mettent l’accent sur la justice à un tel point que le verset 9 du chapitre 5 du Saint Coran stipule que l’inimitié d’une nation ou d’un peuple ne doit jamais inciter quiconque à s’écarter du chemin de la justice et de l’équité. Manifester une telle intégrité est plus proche de la droiture. Même ceux qui ne suivent aucune religion reconnaîtront sûrement la sagesse et l’intérêt d’adopter ce principe de justice primordial.

Parallèlement, vous vous demandez peut-être pourquoi, si les enseignements de l’Islam sont tels que je les décris, on prétend souvent qu’il s’agit d’une religion extrémiste. En effet, ce débat a refait surface ces derniers jours en raison des propos incendiaires et erronés de certains politiciens. À cet égard, il convient de préciser catégoriquement que les guerres et les batailles menées par le Saint Prophète Mohammadsa et ses successeurs bien guidés étaient entièrement défensives. Le Saint Coran n’a autorisé les musulmans à riposter qu’en dernier recours, après avoir été attaqués sans pitié par les adversaires de l’Islam et avoir subi de longues persécutions pendant des années. Ce droit de riposte est consacré par le verset 40 du chapitre 22 du Saint Coran qui stipule que ceux à qui la guerre est imposée injustement ont le droit de se défendre car ils ont été lésés et sont victimes d’oppression et de persécution.

Règles de guerre : l’exemple de l’Islam

De plus, le Saint Coran précise que la permission de riposter a été accordée non seulement pour défendre l’Islam, mais également toutes les religions ainsi que les principes de la liberté de conscience et de culte.

Dans le verset 41 du chapitre 22, Allah déclare que s’Il ne mettait pas un terme aux agissements des transgresseurs par l’intermédiaire d’autres individus, les églises, les synagogues, les temples, les mosquées et tous les autres lieux de culte où le nom de Dieu est fréquemment invoqué seraient détruits. Par conséquent, les musulmans sont tenus de défendre et de protéger toutes les religions et tous les lieux de culte, loin d’y porter préjudice. De plus, lorsque les conditions de guerres défensives étaient réunies, les armées musulmanes étaient régies par des règles d’engagement strictes édictées par le Saint Prophète de l’Islamsa. En premier lieu, il a proclamé que les guerres ne doivent jamais être menées pour satisfaire des intérêts personnels ou acquis, pour conquérir des terres ou pour établir une suprématie sur les autres. Les musulmans sont autorisés à combattre que si la guerre leur est imposée. En cas de conflit, les autres nations doivent s’unir pour stopper l’agresseur. Dès que celui-ci cesse de recourir à la violence, les autres nations doivent mettre immédiatement fin à la guerre et s’efforcer d’établir une paix durable.

Le Saint Prophète Mohammadsa a rigoureusement interdit de prendre les civils pour cible, une pratique hélas trop courante dans les guerres du monde moderne. De plus, il a enjoint aux musulmans de limiter autant que possible l’étendue du conflit. Toute forme d’escalade ou d’expansion de la guerre, tant sur le plan territorial que sur le plan des moyens employés, doit être évitée.

L’Islam enseigne également que, sauf si l’adversaire utilise un lieu de culte comme base militaire, il est interdit de violer la sainteté d’un tel endroit en combattant à l’intérieur ou même à proximité. Il est strictement défendu de détruire ou de profaner les lieux de culte de ses adversaires. De plus, le Prophète Mohammadsa a interdit la pratique naguère courante de mutiler les dépouilles des soldats ennemis et a ordonné qu’ils soient traités avec soin et respect.

En outre, il a proscrit toute forme de duperie dans la guerre. Comme souligné plus haut, les femmes, les enfants, les personnes âgées et les civils innocents ne doivent jamais être pris pour cible. De même, les prêtres, les rabbins ou tout autre dirigeant religieux ne doivent pas être blessés ni empêchés d’accomplir leurs devoirs religieux.

Protection des civils

Le Saint Prophète de l’Islamsa a également interdit aux soldats musulmans de semer la terreur ou la peur au sein de la population civile pendant les conflits armés. En effet, tous les non-combattants et les civils doivent être traités avec bonté, et aucune injustice ne doit être perpétrée à leur encontre. De plus, il a ordonné aux armées musulmanes de ne pas établir de bases ou de camps dans des villes ou des zones où elles risqueraient de causer de l’anxiété ou du désagrément aux civils ordinaires.

Il a déclaré que pendant la bataille, les soldats ne doivent pas frapper leurs adversaires au visage et doivent leur infliger le moins de mal et de souffrance possible. En cas de capture de prisonniers de guerre, ceux-ci ne doivent pas être séparés de leurs parents si ces derniers sont également emprisonnés. De plus, tous les efforts doivent être déployés pour assurer le confort des prisonniers de guerre, au point que leur bien-être et leurs besoins doivent primer sur ceux de leurs geôliers. Si un musulman est coupable de cruauté envers un prisonnier de guerre, il doit le libérer immédiatement pour réparer ses torts.

Une autre instruction du Saint Prophète Mohammadsa stipule que les représentants ou les émissaires d’autres nations doivent être tenus en haute estime, et toute erreur ou inconvenance de leur part doit être ignorée dans l’intérêt de la paix et de l’harmonie.

En résumé, tels sont les principes islamiques fondamentaux de la guerre. Le Saint Prophètesa déclare que le musulman qui viole ces règles démontre qu’il ne combat pas pour la justice mais pour infliger des souffrances et par intérêt personnel. Sans nul doute toute nation et tout gouvernement musulman doivent se conformer à ces enseignements islamiques. En laissant de côté la religion, je pense que si les nations non musulmanes adoptent ces principes, les guerres, même si elles éclatent, ne généreront pas des inimitiés profondes se perpétuant sur plusieurs générations.

Ainsi, toutes les nations impliquées dans des conflits armés – qu’il s’agisse des pays occidentaux, de ceux qui nourrissent de l’hostilité envers le monde islamique ou des pays musulmans eux-mêmes – doivent reconnaître que la paix ne peut être instaurée que si elles agissent conformément à ces principes de guerre et de résolution des conflits. Dans le cas contraire, nous nous trouvons au bord d’une guerre mondiale catastrophique qui conduira inévitablement à un niveau de destruction et de carnage inimaginable.

Conclusions des penseurs occidentaux

De nombreuses personnes tirent la même conclusion sur les propos tenus précédemment. Par exemple, le professeur Jeffrey Sachs, économiste très respecté de l’Université de Columbia, écrit ceci : « Le monde est au bord d’une catastrophe nucléaire, en grande partie en raison de l’incapacité des dirigeants politiques occidentaux à être francs sur les causes de l’escalade des conflits mondiaux. » Il poursuit en affirmant que « le récit occidental constant selon lequel l’Occident est noble, tandis que la Russie et la Chine sont diaboliques, est simpliste et très dangereux. Ceci est une tentative de manipulation de l’opinion publique visant à détourner l’attention de la nécessité urgente d’un dialogue diplomatique constructif. Par-dessus tout, insiste-t-il, en cette période de danger extrême, les dirigeants européens doivent s’attacher à la véritable source de la sécurité européenne, non pas aux fonds spéculatifs américains, mais à des accords de sécurité européens respectant les intérêts légitimes de toutes les nations européennes. Cela inclut certainement l’Ukraine, mais aussi la Russie, qui continue de s’opposer à l’élargissement de l’OTAN en mer Noire. À ce stade, la diplomatie, et non l’escalade militaire, est la véritable voie vers la sécurité européenne et mondiale. »[1]

En outre, la guerre en cours entre Israël et le Hamas, ainsi que la grave situation humanitaire à Gaza qui se détériore de jour en jour, ont fait l’objet de nombreux écrits et discours. Par exemple, lors d’une récente interview, le sénateur américain Bernie Sanders, lui-même juif, a fermement condamné les actions du gouvernement israélien. Il a déclaré : « Ce que Netanyahou et son gouvernement de droite font actuellement au peuple palestinien de Gaza est indescriptible et innommable. Nous constatons la mort de 25 à 26 mille personnes déjà (ce chiffre était d’actualité lors de son interview, il est maintenant supérieur), dont les deux tiers sont des femmes et des enfants. 65 000 personnes ont été blessées. 70 % des logements à Gaza ont été endommagés ou détruits. 1,8 million de personnes ont été expulsées de leurs foyers, et Dieu seul sait où elles sont parties. »

Le sénateur Sanders ajoute : « À l’heure actuelle, et j’espère que tout le monde m’entend, nous risquons de voir mourir de faim des centaines de milliers d’enfants. Et nous, aux États-Unis, par notre soutien financier à Israël, sommes complices à cette situation. Je ne donnerai pas un centime de plus au gouvernement Netanyahou pour qu’il continue cette guerre contre le peuple palestinien. » [2]

Interrogé sur la possibilité et la manière de parvenir à un règlement au Moyen-Orient, le sénateur Sanders a répondu : « L’histoire de la région est terrible. Elle concerne l’holocauste, 6 millions de Juifs. Elle concerne le déplacement de centaines de milliers de Palestiniens de leurs demeures, mais en fin de compte, le peuple palestinien a droit à une patrie qui lui est propre. Nous parlons donc d’une solution à deux États. »

Agissons avant qu’il ne soit trop tard

Outre les deux personnes que j’ai citées, de nombreux autres commentateurs arrivent aujourd’hui à la même conclusion quant à l’état critique du monde que je dénonce depuis longtemps. Je n’en tire aucune satisfaction ; au contraire, j’espère et je prie de tout mon cœur que le monde reprenne ses esprits et mette un terme aux brutalités et aux guerres qui se déroulent dans le monde avant qu’il ne soit trop tard.

Je suis d’avis qu’il doit y avoir un cessez-le-feu général entre Israël et le Hamas ou la Palestine, ainsi que dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Par la suite, au lieu d’inciter leurs alliés respectifs à poursuivre la guerre, tous les membres de la communauté internationale doivent en priorité veiller à ce que les efforts d’assistance soient intensifiés pour aider ceux qui en ont désespérément besoin et se concentrer sur l’obtention d’un règlement durable et pacifique.

Si, au contraire, nous restons les bras croisés et laissons ces guerres s’intensifier, d’innombrables autres vies innocentes seront perdues et, à coup sûr, l’histoire nous jugera avec mépris comme l’auteur de notre propre destruction et de notre propre misère. Si nous voulons protéger nos générations futures contre les effets néfastes des radiations causées par la guerre nucléaire, si nous souhaitons les protéger de la privation et du désespoir et si nous souhaitons nous prémunir de leurs malédictions et de leurs lamentations, nous devons agir avec urgence et sagesse. Les dirigeants politiques et ceux qui ont accès aux décideurs doivent avoir une vision à long terme de ce qui est dans le meilleur intérêt de l’humanité au lieu d’être aveuglés par un désir égoïste d’affirmer leur supériorité sur les autres.

Nous devons tous nous rassembler, en mettant de côté les intérêts nationaux, politiques et autres pour le plus grand bien de l’humanité et pour garantir que nous laisserons un monde prospère à nos générations futures. Nous devons concentrer toute notre énergie et nos efforts sur l’instauration d’une paix véritable afin de vivre dans un monde d’espoir et de prospérité plutôt que dans un monde défini par l’inégalité, la haine et les effusions de sang.

Avec ces mots, je remercie sincèrement tous nos invités de leur présence ce soir et d’avoir écouté mes propos. Je m’excuse d’avoir parlé longuement, mais j’ai estimé qu’il était nécessaire de le faire, compte tenu de l’état précaire du monde. Une fois de plus, je vous exprime ma sincère gratitude. Merci beaucoup.


[1] https://www.jeffsachs.org/newspaper-articles/h29g9k7l7fymxp39yhzwxc5f72ancr

[2] https://twitter.com/BernieSanders/status/1754921738880593967?lang=en