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La notion de race au sein de l’Islam à l’épreuve des pratiques coutumières ou législatives des pays musulmans

Le racisme existe-t-il dans les pays musulmans?
"Mettez fin au racisme systémique !" se lit sur la pancarte | Image : pixabay.com
Aux lendemains douloureux des émeutes qui ont traversé les États-Unis avec l’affaire Floyd traduisant une forme de systématisation du racisme à l’égard des noirs vivant aux États-Unis, beaucoup de musulmans s’interrogent quant à eux, sur une forme de racisme présent dans les pays musulmans qu’il convient également de prendre en considération à l’aune des enseignements qui ont été légués par l’islam.

Il y a, en ce moment, beaucoup d’interrogations sur les droits fondamentaux. Qu’il s’agisse de la lutte contre le racisme parfois institutionnalisé, de l’agacement de certaines opinions publiques européennes à l’endroit des femmes portant le voile, les questions de discriminations sont partout et, bon gré mal gré, de plus en plus visibles. L’affaire Floyd aux États-Unis, empruntant le nom de cet Afro-Américain qui s’est fait tuer lors d’une arrestation au cours de laquelle un officier de police lui a pressé le cou pendant 9 longues minutes avec son genou, est révélatrice du besoin de changer notre vision du monde.

Peu enclins à donner des leçons au monde, les pays musulmans ont également institué des formes de racisme à différents échelons – coutumier ou législatif. Il conviendra de les analyser à la lumière des enseignements légués par le Coran et le Prophète de l’islam.

État des lieux des pays musulmans et application aux enseignements islamiques

Les pays musulmans n’ont pas réellement – et il s’agit d’un destin malheureux – de leçons à donner aux autres pays du monde. Les droits des femmes y sont les plus reculés du monde mais également ceux des travailleurs étrangers qui sont soumis, selon les études des récentes organisations des droits de l’homme, à un régime d’esclavage moderne. Il n’existe en effet aucune forme de prise en considération de la pénibilité du travail ou encore la reconnaissance de droits sociaux élémentaires.

La création d’une société dans certains pays du Moyen-Orient passe par l’obligation de bénéficier d’une caution « morale » de nationalité locale. Sans avoir cette caution, aucune industrie ne peut s’implanter durablement dans le pays. Toutes ces législations traduisent en réalité d’un travestissement de toutes les normes établies par l’Islam. Plus particulièrement, le Prophète de l’Islam rappelle que le salaire d’un employé doit être alloué à ce dernier avant même que sa sueur ne s’assèche. Cet enseignement est pourtant impératif dans la foi d’un musulman et souvent bien ignorer par des monarchies qui traitent la main-d’œuvre étrangère comme une catégorie d’individus n’ayant pas autant de droits que les locaux.

Cette législation de défiance vis-à-vis de la main-d’œuvre étrangère se fonde sur les enjeux « stratégiques et géopolitiques récents ». Or, le Prophète de l’Islam n’avait émis aucune exception lorsqu’il affirma lors de son sermon d’adieu que « Ô peuple ! Toute l’humanité descend d’Adam et d’Ève. Un Arabe n’est point supérieur à un non-Arabe, pas plus que celui-ci ne l’est envers un Arabe ; les Blancs ne sont point supérieurs aux Noirs, autant ces derniers ne le sont vis-à-vis des Blancs. Aucune personne n’est supérieure à une autre, si ce n’est en piété et en bonnes actions. Vous savez que chaque musulman est le frère de tous les autres musulmans. Vous êtes tous égaux. Vous n’avez aucun droit sur les biens appartenant à l’un de vos frères, à moins qu’on ne vous en ait fait don librement et de plein gré. Par conséquent, ne soyez pas injustes les uns envers les autres. »

Les pays musulmans contemporains semblent ainsi très loin des enseignements laissés par l’Islam. En conséquence, l’affaire qui remue actuellement les États-Unis devrait être une leçon efficace pour les pays du monde musulman qui devrait s’efforcer de prendre en considération ce cri scandé par les manifestants « pas de justice, pas de paix ». Car si, aujourd’hui, la situation est sous contrôle, il n’en demeure pas moins que les années et les mois à venir peuvent s’avérer être tumultueux tant les pays musulmans sont remués par des crises internes mais également des crises économiques sans précédent accompagnées de crises sociales graves (on pense, notamment mais pas seulement, au printemps arabe).

Ahmadiyya et discrimination : nouvelle résurgence d’une forme de hiérarchisation des Islams

À l’aune de l’enseignement laissé par le Prophète de l’Islam, la situation des Ahmadis du Pakistan est également démonstrative d’une hiérarchisation des islams avec « un bon islam », accepté par le gouvernement, et un « mauvais Islam » ou un « Islam déviant » qui n’est même pas reconnu comme tel par les autorités. Il en résulte une violation claire des règles énoncées par le Prophète de l’Islam qu’il a par ailleurs léguées à ceux qui viendraient après lui.

L’Algérie également, en érigeant un rite unique (malikite) comme rituel de référence, contribue à plonger les musulmans à une violation des enseignements du Prophète de l’Islam lorsqu’elle persécute les musulmans Ahmadis présents en Algérie. Ce triste constat ne fait que mettre en avant une situation bien trop problématique dans les pays du monde musulman traversés par une crise fondamentale.

Pour venir à bout de cette dernière, les évolutions législatives des pays musulmans devront adopter une tout autre trajectoire. D’abord, intégrer le concept de séparation des mosquées et de l’État semble être un objectif essentiel pour apaiser les tensions. On sait que la séparation entre le spirituel et le temporel contribue à améliorer la reconnaissance des mouvements religieux et à freiner les discriminations liées à l’appartenance religieuse (bien que de nombreux pays occidentaux connaissent également une crise d’un modèle laïque souvent accaparé par des tentatives de radicalisation par des mouvements athées intégristes).

Le second élément de lecture, afin de pacifier les tensions dans le monde musulman et avancer vers avenir musulman commun, serait de reconnaître comme principe constitutionnel la lutte contre les injustices, puisque la justice absolue est un critère fondamental établi par le Coran. Cet établissement d’une norme à valeur constitutionnelle passerait également par la mise en place d’un organe juridique chargé de vérifier si les lois votées sont constitutionnelles. Nécessairement, pour les lois déjà passées et qui enregistrent des injustices, elles devront être abrogées.

Ce travail législatif mérite une volonté politique forte que peu de dirigeants du monde musulman peuvent faire sienne. Il en résultera un maintien du système injuste en place voire une exacerbation de ce dernier. Triste est toutefois le sort des sociétés qui se maintiennent dans un système injuste : la promesse divine étant la destruction d’une telle civilisation.

Que Dieu nous en préserve.


Par Asif Arif @AsifArifMa

Avocat au Barreau de Paris, auteur spécialiste des questions de religions et laïcité.

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1 Commentaire

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  • Un article très enrichissant . Le monde musulman, malheureusement vit encore dans le temps mediéval . Ils ne sont même prêt à reconnaître les droits dont le monde moderne parle . D’embleé ils doivent séparer les mosquées de l’Etat comme vous l’avez dit et par la suite etablir un système de justice absolue reconnaissant tous les droits fondamentaux de l’homme . Sinon comme vous avez dit « pas de justice ,pas de paix  » leur attend .