Chaque 24 janvier, la Journée internationale de l’éducation invite le monde à se rappeler d’une vérité essentielle : l’éducation est un droit fondamental, accessible à tous, à tout âge et en tout lieu. Elle constitue le socle du développement humain, de l’émancipation intellectuelle et de la transmission des valeurs. Aujourd’hui, l’accès des filles à l’éducation est largement reconnu comme une nécessité incontournable, tant sur le plan social que moral. Il est désormais admis qu’aucune société ne peut progresser durablement en privant la moitié de son humanité de l’accès savoir. Pourtant, cette évidence aujourd’hui largement partagée, est le fruit d’un long cheminement historique. Pendant des siècles, l’éducation des filles fut contestée, restreinte ou reléguée au second plan, perçue comme superflue, voire contraire aux normes établies.
Une fondation sans précédent dans l’histoire de l’éducation
Bien avant l’émergence d’initiatives éducatives destinées aux femmes en Europe ou ailleurs, une femme musulmane posa un acte décisif dans l’histoire du savoir. En 859, à Fès, au Maroc, Fatima al-Fihri fonda ce qui est aujourd’hui reconnu comme la plus ancienne université encore en activité au monde : l’Université Al-Quaraouiyine.
Issue d’une famille aisée originaire de Kairouan, en Tunisie, Fatima grandit dans un environnement où la foi et la quête du savoir étaient intimement liées. À la mort de son père, un riche marchand, elle hérita d’une fortune considérable. Plutôt que de rechercher le confort ou le prestige, elle fit un choix remarquable : consacrer l’intégralité de cet héritage à un projet au service de la communauté.
Animée par la conviction que le savoir est une forme de dévotion, elle entreprit la construction d’une mosquée accompagnée d’un centre d’enseignement. Elle acquit un terrain au cœur de Fès, près du Souk Attarine. Le premier jour du mois de Ramadan de l’an 859, elle posa, avec sa sœur, Maryam[1], les fondations. Elle lui donna le nom d’Al-Quaraouiyine, en hommage à sa ville natale, Kairouan, dont le nom signifie « appartenant au peuple de Kairouan ». Cette réalisation marqua durablement l’histoire de l’éducation à l’échelle mondiale.
Le savoir au cœur du message coranique
La fondation d’Al-Quaraouiyine s’inscrit pleinement dans l’esprit du message coranique, lequel place la connaissance au centre de la relation entre l’être humain et Dieu. Le Saint Coran interroge : « Ceux qui savent peuvent-ils être égaux à ceux qui ne savent pas ? »[2] Par son initiative, Fatima al-Fihri donna une traduction concrète à cet enseignement, faisant de l’éducation un instrument de justice sociale et d’élévation morale au service du bien commun.
Un centre intellectuel au rayonnement universel
Au fil des siècles, l’Université Al-Quaraouiyine s’imposa comme un haut lieu du savoir. L’enseignement ne se limita pas aux sciences religieuses : on y étudiait également le droit, la grammaire, la philosophie, les mathématiques et l’astronomie.
Des savants issus d’horizons culturels et religieux variés y étudièrent ou y enseignèrent, contribuant durablement à l’histoire intellectuelle du monde musulman ainsi qu’à la transmission du savoir vers l’Europe. Parmi eux figure Al-Biruni, dont les travaux en mathématiques, astronomie et en géographie marquèrent profondément l’histoire des sciences. Al-Idrissi, célèbre cartographe, réalisa des cartes d’une précision remarquable, qui furent étudiées par les savants de la Renaissance européenne. Ibn Tufayl, philosophe et écrivain, explora avec finesse la relation entre la raison et la révélation. L’université accueillit également Ibn Rushd, connu en Europe sous le nom d’Averroès. Ses commentaires des œuvres d’Aristote exercèrent une influence majeure sur la pensée occidentale médiévale, notamment dans les domaines de la philosophie, de la théologie et du raisonnement scientifique.[3]
Les femmes et la transmission du savoir en Islam
Le parcours de Fatima al-Fihri rappelle avec force que les femmes musulmanes n’ont pas seulement été bénéficiaires du savoir, mais qu’elles ont également joué un rôle fondamental dans sa transmission et dans la fondation d’institutions éducatives. Le Prophète Mohammad (s.a.w.) a enseigné que la quête du savoir est une obligation pour chaque musulman et chaque musulmane[4]. Il encouragea en outre les croyants à poursuivre la connaissance tout au long de leur vie, sans restriction de temps ni de lieu. Le Saint Coran exprime cette même aspiration à travers une prière à la fois simple et profonde :
« Ô mon Seigneur, fais-moi croître en connaissance ! »[5]
Comme l’a rappelé Sa Sainteté, Mirza Masroor Ahmad (a.b.a.), cinquième Calife de la communauté musulmane Ahmadiyya, lors de son discours au siège de l’UNESCO à Paris[6], l’accès universel à l’éducation constitue une nécessité fondamentale et plus encore pour les femmes :
« Il est essentiel que chacun ait accès à l’éducation, et en particulier les femmes. Pourquoi dis-je “en particulier les femmes” ? La réponse est simple. Les femmes constituent indéniablement l’épine dorsale de la société. Lorsqu’une femme est éduquée et instruite, ses enfants le sont également. Et lorsque les enfants sont éduqués, l’avenir de la société s’en trouve éclairé. Il s’agit d’un cycle naturel et évident. »
Cette vérité universelle a été magnifiquement résumée par le poète américain d’origine écossaise William Ross Wallace, lorsqu’il écrivait : « La main qui fait osciller le berceau gouverne le monde. »
À une époque où l’Islam est parfois présenté comme une religion ayant marginalisé les femmes sur le plan intellectuel, l’exemple de Fatima al-Fihri apporte un éclairage décisif. Son parcours démontre que l’éducation des femmes en Islam ne relève ni d’une concession moderne ni d’une influence extérieure, mais s’enracine dans un principe fondamental présent dès les origines de la foi musulmane.
En fondant une institution entièrement consacrée au savoir, Fatima al-Fihri a donné une expression concrète à une valeur centrale du message coranique, selon laquelle la connaissance est considérée comme une grâce divine. Le Saint Coran affirme en effet :
« Il accorde la sagesse à qui Il veut, et quiconque se voit accorder la sagesse a certes obtenu beaucoup de bien. »[7]
Son initiative rappelle ainsi qu’en Islam, l’éducation ne se limite pas à l’acquisition du savoir, mais constitue un chemin vers le bien, une responsabilité morale et un engagement durable au service de la société.
À propos de l’auteure : Saimah Manahel Sharif, passionnée de la biologie médicale, travaille comme technologiste médicale (T.M.) au laboratoire de microbiologie de l’hôpital de sa ville. Elle occupe également le rôle de coordinatrice régionale des réseaux sociaux pour la Lajna Ima’illah de Québec. En parallèle, elle est coordinatrice de la section féminine de La Revue des Religions.
[1] https://www.lecourrierdelatlas.com/notre-histoire-fatima-al-fihriya-fondatrice-de-l-universite-al-quaraouiyine-21890/
[2] Le Saint Coran, 39 :10
[3] https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2662/fatima-al-fihriya-et-luniversite-al-quaraouiyine/
[4] Sunan Ibn Majah, Hadith 224
[5] Le Saint Coran, 20 :115
[6] https://www.alhakam.org/pursuit-of-knowledge-in-islam-international-day-of-education-2023/
[7] Le Saint Coran, 2 :270










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