Education

Principes islamiques sur l’éducation et le service de l’humanité

Résumé du discours du chef mondial de la communauté musulmane Ahmadiyya au siège de l’UNESCO à Paris.

Le chef mondial de la communauté musulmane Ahmadiyya, le cinquième Calife, Sa Sainteté, Hazrat Mirza Masroor Ahmad (aba) a prononcé un discours historique le 8 octobre 2019 au siège de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) à Paris.

Hazrat Mirza Masroor Ahmad a déclaré :

« Bismillahir Rahmanir Rahim. Au nom d’Allah, le Gracieux, le Miséricordieux.

A tous nos honorables invités : As-salamou ‘alaykoum warahmatoullahi wabarakatouh ! Que la paix ainsi que les bénédictions d’Allah soient sur vous tous !

Tout d’abord, je voudrais saisir cette occasion pour remercier l’administration de l’UNESCO de nous avoir gracieusement permis d’organiser cet événement aujourd’hui. Je voudrais également exprimer ma sincère gratitude à tous les invités qui ont accepté notre invitation pour venir écouter quelqu’un qui n’est ni politicien – ou dirigeant politique – ni scientifique mais qui est le chef d’une communauté religieuse, à savoir la communauté Ahmadiyya.

Les objectifs fondamentaux de l’UNESCO sont excellents et dignes de louanges. Parmi ses objectifs figurent la promotion de la paix et du respect, la promotion de l’État de droit, des droits de l’homme et de l’éducation dans le monde entier. […]

Vous serez peut-être surpris d’apprendre que les enseignements islamiques exigent des musulmans qu’ils travaillent à la réalisation de ces mêmes objectifs et qu’ils s’efforcent constamment pour le progrès de l’humanité. Un tel service est fondé sur le tout premier chapitre du Saint Coran, qui affirme qu’Allah est le « Seigneur de tous les mondes ».

Ce verset est au cœur de la foi islamique : il enseigne aux musulmans que Dieu Tout-Puissant n’est pas seulement leur Seigneur et leur Pourvoyeur, mais aussi Celui de toute l’humanité. Il est le Gracieux et le Miséricordieux ; et ainsi, indépendamment de la race, de la croyance ou de la couleur, Dieu,, répond aux besoins de Sa création. Dans ce contexte, les vrais musulmans croient fermement que tous les humains naissent égaux et que, quelles que soient les différences de croyance, les valeurs de respect mutuel et de tolérance doivent être fermement ancrées dans la société.

Un beau principe islamique énoncé au chapitre 2, verset 139 du Saint Coran, est que les musulmans doivent chercher à suivre les voies d’Allah et à adopter Ses attributs. Comme mentionné, la grâce d’Allah est universelle et Il est le Pourvoyeur et le Soutien de tous les hommes, y compris ceux qui nient Son existence. Sa grâce et Sa miséricorde demeurent même avec ceux qui ne cessent de dire du mal de Lui ou qui commettent des cruautés dans le monde.

[…]

À la lumière de ce qui précède, les musulmans ont l’obligation religieuse de satisfaire les besoins d’autrui, indépendamment de leur religion, de leur culture ou de leur appartenance ethnique, et de toujours faire preuve de bonté et d’empathie à l’égard des émotions et des besoins des autres.

En outre, le Saint Coran a déclaré que le Saint Prophète de l’islam (s.a.w.) avait été envoyé au monde par Dieu comme une source de miséricorde et de bienveillance sans précédent pour toute l’humanité. Il était la manifestation pratique des enseignements compatissants de l’Islam. Après avoir fondé l’islam, le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) et ses partisans ont été soumis à un traitement brutal et inhumain par les non-musulmans de La Mecque, un traitement qu’ils ont enduré avec patience et retenue.

Finalement, après des années de persécution sans relâche, ils ont émigré vers la ville de Médine, où le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a conclu un pacte de paix entre les migrants musulmans, le peuple juif et les autres membres de la société. Selon ses termes, les différents groupes se sont engagés à vivre en paix, à honorer les droits des uns et des autres et à promouvoir un esprit de sympathie, de tolérance et de coopération mutuelles.

Le Saint Prophète Muhammad (s.a.w.) a été élu chef d’État et, sous sa direction, le pacte s’est révélé être une magnifique charte des droits de l’homme et de gouvernance et a assuré la paix entre les différentes communautés. Il a établi un système judiciaire impartial pour la résolution des conflits. Il a clairement indiqué qu’il n’y aurait qu’une seule loi pour les riches et les puissants et pour les pauvres et les faibles et que tous les gens seraient traités de manière égale selon la loi du pays. […]

En outre, il a mis en place un excellent système éducatif, grâce auquel les normes intellectuelles de cette société ont été élevées. Les personnes alphabétisées et instruites ont été chargées d’enseigner aux analphabètes. Des mesures spéciales ont été mises en place pour fournir une éducation aux orphelins et aux autres membres vulnérables de la société. Tout cela a été fait pour que les faibles et les impuissants puissent se tenir sur leurs pieds et progresser.

[…]

Ainsi, au cours du 7e siècle, sous son gouvernement, des progrès étonnants ont été réalisés à Médine pour faire avancer la cause des droits individuels et collectifs. En effet, une société ordonnée et civilisée a été établie pour la toute première fois parmi les Arabes.

À bien des égards, il s’agissait d’une société modèle, en termes d’infrastructures, de services et, surtout, d’unité et de tolérance dans une société multiculturelle. Les musulmans étaient des immigrants, mais ils se sont intégrés sans heurts dans la société locale et ont contribué à son succès et à son développement.

La réalité est que le prophète de l’Islam (s.a.w.) a passé chaque instant de sa vie à défendre les droits de tous et, à travers les enseignements de l’Islam, il a établi une charte incomparable et intemporelle des droits de l’homme. Par exemple, il a enseigné que les gens devaient respecter les croyances et les sentiments des autres. Ils doivent s’abstenir de critiquer ce que d’autres considèrent comme sacré..

[…]

Même les fondateurs des religions ne sont plus épargnés par la moquerie et le mépris, et cela même si cette dérision cause angoisse et douleur à des millions de leurs suivants à travers le monde. D’autre part, le Saint Coran va jusqu’à dire que les musulmans ne doivent même pas dire du mal des idoles des autres, car cela les affligerait et, à leur tour, ils pourraient dire du mal de Dieu et, par conséquent, la paix et l’unité de la société en souffriraient.

En ce qui concerne le respect des droits des faibles et des pauvres, il a mis en place divers programmes et projets pour élever leur niveau de vie et s’assurer qu’ils ne sont pas privés de leur dignité. Il a déclaré que si la plupart des gens accordaient un statut élevé à ceux qui étaient riches et puissants, le pauvre imbu de moralité et attentionnée avait beaucoup plus de valeur que le riche qui ignore les sentiments d’autrui.

Même dans les petites choses, il accordait une grande attention à la protection des sentiments des personnes défavorisées. Par exemple, il a demandé aux musulmans de toujours inviter les pauvres et les nécessiteux à leurs dîners ou à leurs réunions sociales. Si des personnes moins fortunées étaient exploitées par des riches ou des puissants, il demandait à ses disciples d’aider les faibles à obtenir justice.

Le Saint Prophète (s.a.w.) a encouragé ses disciples à affranchir les esclaves et leur a dit que s’il ne leur était pas possible de les libérer immédiatement, le minimum était de les nourrir et de les vêtir de la même manière dont ils se nourrissaient et s’habillaient eux-mêmes.

On prétend souvent que l’Islam nie les droits de la femme. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité ! Au contraire, l’Islam a établi les droits des femmes et des filles pour la première fois. À une époque où elles étaient victimes de discrimination et souvent méprisées, il a demandé à ses disciples de veiller à ce que les filles soient éduquées et respectées.

Celui qui avait trois filles, qu’il éduquait et guidait de la meilleure façon, méritera le paradis, avait-il déclaré. Cela va à l’encontre de l’affirmation des extrémistes selon lequel le Jihad violent et le massacre des non-musulmans mènent au paradis. Le Prophète de l’Islam (s.a.w.) a enseigné que le moyen d’entrer au paradis était d’éduquer et d’inculquer des valeurs morales aux filles.

Sur la base de ces enseignements, les filles musulmanes ahmadies du monde entier sont éduquées et excellent dans divers domaines. Elles deviennent médecins, enseignantes, architectes et exercent d’autres professions qui leur permettent de servir l’humanité. Nous veillons à ce que les filles aient le même accès à l’éducation que les garçons. Ainsi, le taux d’alphabétisation des filles musulmanes ahmadies dans le monde en développement est d’au moins 99 %. Outre l’éducation, l’Islam est la première religion à donner aux femmes le droit d’hériter, le droit de divorcer et de nombreux autres droits de l’homme.

[…]

Je viens de parler de la façon dont le Saint Prophète de l’Islam (s.a.w.) s’est beaucoup concentré sur l’importance de l’éducation. Cela s’est reflété dans les suites de la première bataille de l’histoire de l’Islam. Malgré le fait qu’ils étaient extrêmement mal équipés, ils ont pu vaincre l’armée des Mecquois, beaucoup plus forte, avec l’aide d’Allah.

Par la suite, il a proposé de libérer les prisonniers de guerre qui savaient lire et écrire, à condition qu’ils enseignent d’abord à lire et à écrire aux membres illettrés de la société. De cette façon, plusieurs siècles de cela, il a pu établir un modèle de réhabilitation et de réintégration des prisonniers dans la société.

On prétend souvent que l’Islam est une religion prônant la violence : mais la vérité est que, comme l’indique le Coran, la permission de se défendre a été accordée pour établir et préserver les principes de liberté de croyance et de conscience pour toute l’humanité. Le Coran affirme que si les musulmans ne se défendaient pas contre l’armée mecquoise, aucune église, synagogue, temple, mosquée ou tout autre lieu de culte ne serait en sécurité, car les adversaires de l’islam étaient déterminés à éliminer toute religion.

En réalité, si les premiers musulmans se sont engagés dans la guerre, ils l’ont toujours fait de manière défensive, dans le but d’établir une paix durable et de protéger le droit de tous les peuples à vivre en liberté.

[…]

Le Saint Coran affirme très clairement qu’il ne doit y avoir aucune contrainte en matière de foi. L’islam interdit l’agression aux musulmans. Le Prophète de l’islam (s.a.w.) et ses quatre Califes bien guidés n’ont jamais cherché la guerre ou la violence et ont toujours recherché la paix et la réconciliation, consentant à des sacrifices sans fin pour sa cause.

Une autre allégation lancée contre l’Islam par certains détracteurs est qu’il s’agit d’une religion arriérée et archaïque ou d’une religion qui ne favorise pas le progrès intellectuel. Il s’agit d’un stéréotype paresseux qui repose sur la fiction plutôt que sur les faits. Il s’agit d’une allégation sans fondement. Le Saint Coran lui-même a signifié l’importance de l’éducation en enseignant la prière : « Ô mon Seigneur, augmente-moi en connaissance. »

Si cette prière est une source de grande aide pour les musulmans, elle les incite également à apprendre et à faire progresser la cause du savoir humain.

La vérité est que le Saint Coran et les enseignements du Saint Prophète de l’Islam (s.a.w.) ont inspiré les travaux de générations d’intellectuels, de philosophes et d’inventeurs musulmans au Moyen Âge. En effet, si nous regardons plus d’un millénaire en arrière, nous constatons que les scientifiques et les inventeurs musulmans ont joué un rôle fondamental dans l’avancement des connaissances et le développement de technologies qui ont transformé le monde et sont toujours utilisées aujourd’hui.

Par exemple, le tout premier appareil photo a été mis au point par Ibn Haytham et son travail révolutionnaire a été reconnu par l’UNESCO, qui l’a déclaré « pionnier de l’optique moderne ». Il est également intéressant de noter que le mot « appareil photo » est dérivé du mot arabe « qamara ».

Au 12e siècle, un cartographe musulman a produit ce qui est considéré comme la carte du monde la plus complète et la plus précise de l’époque médiévale, qui a été utilisée pendant des siècles par les voyageurs.

En outre, dans le domaine de la médecine, de nombreux médecins et scientifiques musulmans ont fait de grandes découvertes et ont été à l’origine de nombreuses inventions qui sont encore utilisées aujourd’hui. De nombreux instruments chirurgicaux ont été mis au point par le médecin musulman Al-Zahrawi au 10e siècle.

Au 17e siècle, un médecin anglais, William Harvey, a mené des recherches considérées comme révolutionnaires sur la circulation sanguine et le fonctionnement du cœur. Cependant, on a découvert plus tard que plus de 400 ans avant les recherches de Harvey, Ibn Nafees, un médecin arabe, avait déjà détaillé les bases de la circulation pulmonaire dans un manuel arabe.

Au 9e siècle, Jabir ibn Hayyan a révolutionné le domaine de la chimie. Il a inventé bon nombre des procédés et appareils de base encore utilisés aujourd’hui.

Les principes de l’algèbre ont été développés pour la première fois par un musulman, tout comme une grande partie de la théorie de la trigonométrie.

Dans le monde moderne, les algorithmes, qui constituent la base de la technologie informatique moderne, ont également été développés par des musulmans.

La contribution des musulmans à l’éveil intellectuel est toujours reconnue.

Par exemple, un article du New York Times, publié par leur journaliste scientifique, Dennis Overbye, mentionne le rôle du polymathe musulman Al-Tusi. L’auteur déclare :

« Al-Tusi a publié de nombreux ouvrages sur l’astronomie, l’éthique, les mathématiques et la philosophie, ce qui fait de lui un des grands intellectuels de son époque […] Les musulmans ont créé une société qui, au Moyen Âge, était le centre scientifique du monde. La langue arabe a été synonyme d’apprentissage et de science pendant 500 ans… Un âge d’or qui peut compter parmi ses accomplissements les précurseurs des universités modernes… »

Ainsi, dès le début, l’islam a souligné l’immense valeur de l’apprentissage en repoussant les frontières des connaissances humaines.

Depuis sa fondation en 1889, la communauté musulmane Ahmadiyya a toujours encouragé l’éducation de ses membres. Avec la grâce d’Allah, le tout premier lauréat musulman du prix Nobel était un musulman ahmadi, le professeur Dr Abdus Salam, un éminent physicien qui a remporté le prix Nobel de physique en 1979. Tout au long de sa vie, le professeur Salam a expliqué que l’Islam, et le Saint Coran en particulier, était l’inspiration et le guide de son travail. En fait, il avait l’habitude de dire qu’il y avait environ 750 versets dans le Saint Coran directement liés à la science et qui amélioraient notre compréhension de la nature et de l’univers.

En outre, le troisième Calife de notre communauté souhaitait l’émergence d’une nouvelle ère de grands scientifiques et universitaires musulmans et c’est pourquoi, au sein de notre communauté, il a instauré une tradition de remise de médailles d’or pour l’excellence académique. Chaque année, des centaines de garçons et de filles ou d’hommes et de femmes musulmans ahmadis en reçoivent.

Nous sommes convaincus que l’accès à l’éducation est essentiel pour briser le cycle de la pauvreté qui frappe les pays économiquement faibles depuis des générations. C’est ce que nous apprend le Saint Prophète de l’Islam qui a exhorté les musulmans à financer l’éducation des membres vulnérables de la société, dont les orphelins.

Il enseignait que l’avancement spirituel était intrinsèquement lié au service de l’humanité et qu’un musulman ne pouvait donc pas atteindre l’amour de Dieu uniquement par l’adoration et la prière, mais que l’amour de Dieu exigeait des musulmans qu’ils servent l’humanité. Ainsi, au chapitre 90, versets 15 à 17 du Saint Coran, les musulmans sont invités à œuvrer à l’éradication de la faim et de la pauvreté, à répondre aux besoins des orphelins et à éduquer les enfants vulnérables et pauvres, afin de leur offrir des opportunités de développement.

Dans toutes les régions du monde, la Communauté musulmane Ahmadiyya applique ces nobles enseignements au mieux de ses capacités. Nous croyons que l’Islam est une religion d’amour et de compassion et nous servons donc l’humanité sans faire de distinction basée sur la religion ou l’ethnie de ceux que nous aidons.

Par conséquent, dans les régions reculées et frappées par la pauvreté en Afrique, nous avons créé des écoles primaires et secondaires et nous avons également ouvert des hôpitaux et des cliniques. Nous fournissons de l’eau courante propre dans des villages reculés, ce qui signifie que les enfants sont libres d’aller à l’école, au lieu de passer leurs journées à parcourir des kilomètres à la recherche de l’eau d’un étang pour l’usage domestique de leur famille.

Nous avons également mis en place un projet de construction de villages modèles, qui comprennent des salles communautaires, un accès à l’eau potable, des infrastructures d’énergie solaire et diverses autres installations. Tous ces services sont fournis aux populations locales, indépendamment de leur origine ou de leurs croyances, et sont entièrement motivés par notre religion.

Si, par sympathie humaine, nous cherchons à éradiquer la pauvreté et la misère, nous considérons également que c’est la clé du développement d’une paix durable dans le monde. Ce n’est que si les gens ont de la nourriture à manger, de l’eau à boire, un abri, une scolarité pour leurs enfants et des soins de santé qu’ils pourront vivre en paix et échapper aux griffes mortelles de la frustration et du ressentiment qui conduisent les gens vers l’extrémisme.

Il s’agit là de droits humains fondamentaux et tant que nous n’aiderons pas les gens à fuir la pauvreté et le dénuement, nous ne verrons pas de paix véritable dans le monde.

Enfin, je prie de tout mon cœur pour que l’humanité renonce à la cupidité et à la poursuite d’intérêts personnels et qu’elle s’attache plutôt à soulager la douleur et l’angoisse de ceux qui souffrent dans le monde.

Avec ces mots, je voudrais vous remercier une fois de plus de vous être joints à nous ce soir.

Merci beaucoup.