Education

« Enfants microbes » ou la délinquance juvénile en Côte d’Ivoire

Le fléau des « enfants microbes » sévit depuis plusieurs années en Côte d'Ivoire, et sème la terreur. Quelles solutions l'islam propose-t-il pour l'endiguer ?

Depuis quelques années, la Côte d’Ivoire, notamment la ville d’Abidjan est confrontée à un phénomène surnommé « les enfants microbes ». Cette appellation renvoie à la délinquance juvénile aggravée à laquelle s’adonnent des jeunes et des adolescents dont l’âge se situe entre 10 et 25 ans et qui sèment la terreur dans certaines communes de la Côte d’Ivoire.[1]

Pourtant on trouve dans les enseignements islamiques des solutions pour remédier à ce fléau social. En effet l’islam établit les principes fondamentaux d’une éducation familiale parfaite qui est d’ailleurs la clé de voûte d’une société paisible.

La jeunesse constitue un partenaire incontournable dans le développement durable de toute nation. Depuis plusieurs années, les organismes internationaux et les gouvernants se mobilisent de plus en plus pour faire progresser le niveau d’éducation et l’encadrement de la jeunesse, et contribuent ainsi à un mieux-être social. La famille qui est la première entité en relation directe avec cette jeunesse est l’acteur principal de cette éducation. Tous ces efforts ne donnent malheureusement pas le  résultat escompté.

Nous savons tous que les dirigeants, les leaders et les managers de demain se trouvent dans la   jeunesse d’aujourd’hui. Ce comportement répréhensible de certains jeunes, comme la délinquance juvénile qui sévit en Côte d’Ivoire et qui peut aller jusqu’à ôter la vie d’autrui, nous amène à réfléchir sur l’origine de ce dérapage : est-ce la famille ou la société qui a failli à son devoir  ?

L’éducation dun point de vue général en Côte dIvoire

Comme le disait souvent l’écrivain malien Amadou Hampaté Ba, s’il existe bien des traits généraux de la culture africaine, il n’y a pas « un homme africain », ni une tradition africaine valable pour toutes les régions et toutes les ethnies du continent.[2]

De façon générale, en Afrique de l’Ouest, et notamment en Côte d’Ivoire, l’éducation revêt un caractère collectif et social et l’enfant peut être éduqué, « redressé » par n’importe quel membre de la communauté. Aussi, il faut savoir que l’éducation se fait généralement par l’emploi de la force.

Ajoutons à cela que l’éducation commence au sein de la cellule familiale de façon générale. Les raisons de la faillite éducationnelle sont multiples dans notre région géographique, comme les relations hors-mariage qui conduisent souvent au rejet des enfants nés hors d’une union, la monoparentalité où souvent les femmes doivent faire l’éducation de leurs enfants en étant seules, les pratiques communautaires discriminatoires à l’égard de certains enfants sur fond de divergences de croyances etc.

De plus, l’ouverture au monde et l’accès facilité à la connaissance et à l’information font que l’éducation des enfants évolue, celle-ci ne relève plus exclusivement de l’éducation parentale, car au-delà de la sphère privée, elle se fait davantage dans la sphère publique. L’Etat, joue donc également un rôle prépondérant, et doit mettre en œuvre des moyens pour créer un cadre favorable à l’évolution des jeunes.

Dans un documentaire en immersion dans la vie de ces « enfants microbes », un jeune fut interrogé par un journaliste sur les raisons de ses actes condamnables. L’enfant répondit sous couvert d’anonymat : : « Je suis fâché contre lEtat. Nos parents ne travaillent pas. Nos grands-frères ne travaillent pas non plus. Quand je les vois, cela me révolte. Je minterroge donc sur ce que le gouvernement fait pour le pays. »[3]

L’éducation de la jeunesse relève d’une responsabilité partagée entre les parents (au sein du domicile familial) et l’Etat (à travers un système éducatif de qualité). Comme l’avait mentionné le quatrième Calife de la Communauté musulmane Ahmadiyya, Hadhrat Mirza Tahir Ahmadra, dans son ouvrage intitulé Problèmes des Temps Modernes : les Solutions de lIslam : « L’éducation des membres de la société n’est pas une responsabilité confiée au gouvernement ; elle incombe de façon collective, aux gens eux-mêmes qui doivent faire le bien et s’abstenir du mal. »[4]

L’éducation du point de vue islamique

Le Saint Coran aborde le sujet de l’éducation avec beaucoup d’intérêt en prenant comme socle la cellule familiale, car celle-ci a un impact sur la vie du quartier, qui a elle-même un impact sur la vie de la commune et qui à son tour impacte le pays tout entier. Ainsi donc, la cellule familiale est le point focal de l’éducation au sein de la  société. 

Nous présentons, à ce sujet, quelques conseils tirés d’un discours de Feu Hadhrat Mirza Bashir-ud-Din  Mahmoud Ahmadra, deuxième Calife du Messie Promisas prononcé lors de la Jalsa Salana (convention annuelle) de Qadian en 1925[5] :

  • Dès que l’enfant nait, la première étape vers son éducation est de prononcer l’Adhan (appel à la prière) dans ses oreilles.
  • Il faut prendre soin de l’enfant, et correctement le nettoyer après les selles. Certains d’entre vous peuvent penser que cette tâche revient à la mère. C’est vrai ; mais il est également vrai que la mère le fera correctement, si et seulement si, le père est convaincu de l’importance de ces pratiques.
  • Un enfant doit être nourri à des heures fixes. Cela lui inculquera la maîtrise de soi, et le sauvera d’un certain nombre de maux. Le manque de sang-froid peut le conduire à commettre des délits tels que le vol, etc. Un enfant nourri à des heures non-régulières aura du mal à résister à la tentation. 
  • Un enfant doit être entraîné à faire ses besoins naturels régulièrement dès qu’il en ressent le besoin. 
  • Les portions qui sont servis aux enfants lors des repas doivent être raisonnables. Cela apprendra à l’enfant le contentement et il évitera de manger par simple gourmandise.
  • L’enfant doit avoir une alimentation variée (viande, légumes, fruits) car l’alimentation a une influence sur la personnalité. La consommation de viande, par exemple, a un effet excitant, au cours de l’enfance il faut donc veiller à donner une alimentation riche en légumes aux enfants, et de la viande de façon modérée.
  • Lorsque l’enfant grandit, il doit participer aux tâches domestiques, et il faut lui assigner également des tâches qui correspondent à son âge pour l’aider à acquérir le sens de la responsabilités, mais il faut également veiller à ce qu’il ait du temps pour se divertir.
  • On doit apprendre aux enfants comment acquérir de la confiance en soi
  • Un enfant ne doit pas être gâté à l’excès car il pourrait devenir capricieux.
  • Complimentez vos enfants, et ne les maudissez pas, car à ce sujet Le Saint Prophètesa a dit : « Ne maudissez pas un enfant car lorsque vous le maudissez, les anges ajoutent : « Qu’il en soit ainsi.» et il en sera ainsi. » Faites-leur des compliments, enseignez-leur d’être bon. Adressez-vous à l’enfant poliment et avec courtoisie car l’enfant apprend par mimétisme.  Si vous ne lui parlez pas dans un langage correct, il en fera de même.
  • Protégez vos enfants des substances nuisibles, tels que les intoxicants.
  • Apprenez la pudeur aux enfants, et ne leur permettez pas de se montrer dévêtus devant les autres
  • L’enfant doit recevoir de l’argent de poche. Ceci lui inculquera certaines vertus :
    • La charité
    • La modération
    • L’assistance aux parents  

Par exemple, s’il reçoit 3 pièces de monnaie laissez-lui l’autonomie d’utiliser une pièce pour acheter des sucreries qu’il partagera avec d’autres enfants ; une autre pièce pour s’acheter un jouet et une dernière pièce pour faire la charité.

  • Les enfants doivent être encouragés à pratiquer de l’exercice physique. Le fait de se dépenser physiquement contribue au bien-être moral et physique de la personne. 

A la lumière de ces conseils, seul un enfant qui possède les qualités suivantes peut être digne d’une bonne éducation morale :

  1. Il doit posséder des qualités morales qui auront une bonne influence sur son entourage.
  2. Il doit avoir un comportement qui reflète les enseignements de notre communauté.
  3. Il doit avoir un amour sincère pour Dieu, et cet amour doit primer sur l’amour qu’il pourrait porter à toute autre chose.

Le Saint Coran  affirme à  ce sujet : « Et souviens-toi quand Luqman dit à son fils tandis qu’il lui donnait des conseils : O mon cher fils, n’attribue pas d’associés à Allah. Assurément, c’est une grande injustice que d’attribuer des associés à Allah. »[6]

Dans d’autres versets du Saint Coran, Luqmanas conseille son enfant en lui disant :

« O mon cher fils ! Observe la prière, et enjoins le bien, et interdis le mal, et supporte avec patience tout ce qui pourra te survenir. Assurément, ceci est parmi les choses découlant d’une ferme détermination. Et ne détourne pas ton visage des hommes avec orgueil et ne marche pas non plus hautainement sur la terre ; assurément Allah n’aime point tout arrogant vaniteux. Et marche à allure modérée, et baisse ta voix ; en vérité, la plus désagréable des voix est celle de l’âne. »[7]

A travers ces versets le Saint Coran illustre à quel point l’éducation au sein de la cellule familiale a un impact sur notre société. Mais l’Etat a également un rôle crucial et doit contribuer à l’instauration d’un cadre favorable permettant aux jeunes d’appliquer les enseignements qu’ils reçoivent au sein de la cellule familiale.


A propos de l’auteur : Guitenapeya Koné est Chef de département dans un cabinet de sécurité incendie et industrielle (hygiène, sécurité et environnement). Il est également Secrétaire général adjoint de la Majlis Khouddam-ul-Ahmadiyya de la Côte d’Ivoire.


Références

[1] Les groupes de « microbes » à Abidjan, p 3

[2] Pierre Erny, Essais sur l’éducation en Afrique noire

[3] Raïssa Yao, Phénomène des microbes : l’Etat ivoirien mis en cause

[4] Problème des Temps Modernes : les Solutions de l’Islam, p 93

[5] Revue des religions, Côte d’Ivoire, Janvier 2003

[6] Saint Coran, chapitre 31, verset 14

[7] Saint Coran, chapitre 31, versets 18-20

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