Femme

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de prophétesse dans l’histoire des religions ?

Pourquoi aucune femme prophète ? La tradition révèle une complémentarité spirituelle où maternité et transmission de la foi jouent un rôle fondamental.

L’histoire des religions met en lumière un fait surprenant : parmi tous les prophètes mentionnés dans les grandes traditions monothéistes, aucun n’a été une femme. Cette réalité intrigue particulièrement à notre époque, où l’égalité morale et spirituelle entre hommes et femmes est de plus en plus valorisée. Pourquoi ce choix ? En explorant attentivement les textes sacrés et le rôle des prophètes, on découvre une sagesse profonde et subtile, qui dépasse les apparences et invite à une réflexion plus profonde sur la mission prophétique et sur la place de chacun dans le plan divin.

La maternité, une fonction prophétique en soi

Dieu n’a pas choisi de femmes comme prophètes, mais Il leur a confié une fonction qui dépasse, en importance spirituelle et morale, bien des missions: celle de la maternité des prophètes. Dans le Saint Coran comme dans la Bible, les mères de prophètes — Sarah, Hajar, Marie ou encore Amina — occupent une place éminente. Elles furent les éducatrices, les premières formatrices et les modèles d’intégrité des envoyés de Dieu. Leur rôle ne se limitait pas à une dimension biologique ; il était avant tout spirituel. C’est à travers elles que les futurs prophètes ont appris la patience, la compassion et la foi inébranlable. Ainsi, si la révélation directe fut confiée à des hommes, sa transmission morale et spirituelle s’est nourrie du cœur et de la sagesse féminine.

Les exigences de la mission prophétique

La fonction prophétique ne se limitait pas à recevoir un message divin. Elle impliquait également la direction de peuples, l’affrontement de la persécution, parfois le combat physique contre l’injustice, ainsi que l’endurance face à de lourdes épreuves publiques. Dans les sociétés anciennes, ces responsabilités de commandement et de guerre étaient presque exclusivement assumées par les hommes. La charge de la maternité et la préservation de la lignée humaine, confiées à la femme, rendaient ces missions difficilement conciliables. Cela ne traduit en rien une infériorité spirituelle, mais plutôt une répartition des rôles conforme à la sagesse divine : « {…}  Et le garçon qu’elle attendait n’était pas comme la fille qu’elle avait mise au monde {…}. »[1]

Ce verset coranique découle de la réponse divine à Hannah, la mère de Maryam (a.s.). Animée d’un ardent désir d’avoir un enfant vertueux, elle fit le vœu de consacrer son enfant au service de la foi, espérant la naissance d’un garçon, conformément à la tradition de l’époque, où seuls les garçons étaient dédiés au service religieux. Cependant, Allah, dans Sa sagesse infinie et selon Son dessein parfait, savait ce qui était le mieux destiné. Hannah donna naissance à une fille, Maryam (a.s.), qui vint au monde investie d’une mission unique et d’un rôle exceptionnel : devenir la mère d’un Prophète.

Les femmes, gardiennes du savoir prophétique

L’absence de femmes parmi les prophètes n’a nullement empêché celles-ci de devenir des sources majeures de la connaissance religieuse. Dans la foi islamique, les épouses du Prophète Mohammad (s.a.w.), et en particulier Aïcha (r.a.), ont joué un rôle déterminant dans la transmission du savoir, des ahadith et dans l’approfondissement de la compréhension de la foi. Aïcha (r.a.) occupe une place tout à fait singulière dans l’histoire de l’Islam, car c’est en grande partie grâce à ses récits qu’une part essentielle de la tradition et de l’histoire islamiques a pu être préservée et transmise.

Chaudhry Zafrullah Khan (r.a.) résume avec justesse l’ampleur de son excellence intellectuelle et éducative :

« L’intelligence et la mémoire d’Aïcha (r.a.) étaient exceptionnelles. Sous la supervision, l’enseignement et la formation du Saint Prophète (s.a.w.), ses facultés se développèrent avec une rapidité remarquable. Elle observa avec une extrême minutie la vie de son époux et n’oublia jamais un seul mot qu’elle entendit de lui. Elle rendit à la foi un service inégalé en assurant l’instruction et la formation des femmes musulmanes dans tous les domaines de l’enseignement de l’Islam. Après le décès du Saint Prophète (s.a.w.), les plus éminents compagnons lui témoignèrent la plus haute estime, en raison de l’étendue de son savoir et de la profondeur de sa compréhension de la foi. »[2]

Une sagesse divine et une complémentarité spirituelle

La question : « Pourquoi Dieu n’a-t-Il pas choisi de femme comme prophète ? » relève, en définitive, du domaine du mystère divin. Les croyants ne peuvent que reconnaître que, dans Sa sagesse infinie, Dieu a attribué à chacun un rôle particulier dans le dessein spirituel de l’humanité.
Les prophètes furent les messagers, mais les femmes furent les mères, les premières éducatrices et les transmettrices de la lumière prophétique. C’est dans cette complémentarité que se manifeste la perfection de l’ordre divin. L’histoire religieuse ne doit pas être lue comme une hiérarchie entre les sexes, mais comme une symphonie de rôles harmonieux. Si les femmes n’ont pas été prophètes, elles ont été et restent les gardiennes de la foi, les éducatrices des générations et les premières écoles de la spiritualité.


À propos de l’auteure : Saimah Manahel Sharif, passionnée de la biologie médicale, travaille comme technologiste médicale (T.M.) au laboratoire de microbiologie de l’hôpital de sa ville. Elle occupe également le rôle de coordinatrice régionale des réseaux sociaux pour la Lajna Ima’illah de Québec. En parallèle, elle est coordinatrice de la section féminine de La Revue des Religions.


[1] Le Saint Coran, chapitre 3 verset 37

[2] Muhammad: Seal of the Prophets, p. 129

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