Histoire

La nuit où le Prophète Mohammad (s.a.w.) faillit être arrêté

Comment le courage et une foi inébranlable en Dieu précipitèrent la chute du puissant Empereur perse.

En l’an 6 de l’Hégire, soit six ans après que le Prophète Mohammad (s.a.w.) eut quitté La Mecque pour Médine, quelque chose de remarquable se produisit. Dans les années précédant cet événement, la jeune communauté musulmane avait été soumise aux attaques incessantes des Mecquois, livrant plusieurs guerres pour sa survie. Tout cela allait prendre fin grâce à un traité de paix nouvellement conclu, connu sous le nom de « Traité de Houdaybiyyah ».[1] Ce traité marqua un tournant dans l’histoire de l’Islam : pour la première fois depuis leur arrivée à Médine, les musulmans pouvaient prêcher le message de l’Islam en toute quiétude, sans craindre de représailles de la part de leur ennemi le plus redoutable et le plus ancien. Le Prophète Mohammad (s.a.w.) saisit cette période de paix comme une opportunité inespérée et envoya ses ambassadeurs aux rois des territoires voisins, les invitant à accepter le message de l’Islam. Conformément aux protocoles de communication officielle en vigueur à l’époque, un sceau spécial fut confectionné pour cacheter ces lettres, sur lequel était gravée l’inscription :

مُحَمَّدٌ رَسُولُ اللَّهِ

« Mohammad, le Messager d’Allah »[2]

L’une de ces lettres fut adressée à Khusrow Parveiz, roi de l’Empire perse — une superpuissance de l’époque. Abdullah bin Hudhafah al-Sahmi (r.a.), éminent et noble compagnon, fut chargé de porter ce message à l’Empereur perse.[3] Selon la coutume de l’époque, la lettre passa d’abord par un certain Badhan, gouverneur du Yémen, qui était alors le dirigeant vassal de Khusrow dans la région.[4] Lorsque Abdullah bin Hudhafah parvint enfin à la cour royale de Khusrow et lui remit la lettre, celui-ci demanda à son traducteur de la lire à voix haute. En entendant le contenu de la lettre, Khusrow entra dans une rage folle et s’écria : « Il est mon serviteur et il s’adresse à moi de cette manière ! » Sur ces mots, il déchira la lettre en morceaux.[5]

Mais cela ne suffit pas à apaiser sa colère. Il écrivit à Badhan : « Envoie deux de tes hommes robustes pour retrouver cet homme dans le Hedjaz, et assure-toi qu’ils me le ramènent. »[6] C’était un ordre direct du roi, auquel on ne pouvait désobéir. Badhan envoya donc son secrétaire personnel, Babaweih — également comptable et scribe — accompagné d’un autre homme du nom de Khurrakhusrah.[7] Ils se rendirent d’abord à Taïf, où ils apprirent que le Prophète Mohammad (s.a.w.) résidait à Médine.

Lorsque les deux hommes parvinrent à Médine, Babaweih s’adressa au Prophète Mohammad (s.a.w.) en ces termes :

« Le roi des rois, le grand Chosroès, a écrit à notre gouverneur Badhan, lui ordonnant d’envoyer quelqu’un pour vous conduire auprès de lui. J’ai été dépêché sur ordre de Badhan ; vous devez donc me suivre. Si vous acceptez, Badhan intercédera en votre faveur auprès du roi des rois. Si vous refusez, vous savez bien de quoi le Chosroès est capable ! Il vous anéantira, ainsi que votre peuple, et ravagera vos terres. »[8]

Le Prophète Mohammad (s.a.w.) sourit et les invita à accepter l’Islam. Il leur dit ensuite : « Passez la nuit ici. Si Dieu le veut, je vous donnerai ma réponse demain. »

Le lendemain matin, le Prophète Mohammad (s.a.w.) convoqua les deux hommes et leur dit :

« Allez dire à votre maître [le gouverneur du Yémen] que cette nuit, mon Seigneur a tué son seigneur [le Chosroès]. »[9]

Stupéfait, Babaweih s’exclama : « Vous rendez-vous compte de ce que vous dites ? Nous avons été envoyés pour vous arrêter pour des motifs bien moindres. Est-ce là la réponse que nous devons rapporter au roi ? »

Le Prophète (s.a.w.) répondit : « Oui ! Allez lui rapporter ces paroles de ma part et informez-le que ma foi et mon autorité s’étendront jusqu’aux confins du royaume du Chosroès… »

Babaweih et Khurrakhusrah retournèrent donc auprès de Badhan et lui relatèrent l’ensemble de l’incident. Badhan déclara : « Par Dieu, cet homme ne parle pas comme un roi. Je le tiens pour un prophète, ainsi qu’il le prétend. Attendons de voir ce qui se produira. Si ce qu’il a dit se réalise, alors il est bien un Prophète de Dieu. Dans le cas contraire, nous aviserons. »[10]

Quelque temps après cet incident, Badhan reçut une lettre du roi perse, mais il ne reconnut pas le sceau royal apposé sur la lettre. Lorsqu’il l’ouvrit, il y lut :

« Dans l’intérêt du pays, j’ai tué mon père, Khusrow Parveiz, dont la conduite cruelle et le mépris de la vie des nobles de ce pays ne connaissaient aucune limite. Dès réception de ma lettre, fais immédiatement prêter serment d’allégeance en mon nom aux habitants de ta région. J’ai également appris que mon père avait émis un ordre concernant un homme en Arabie. Considère-le comme révoqué et attends mes prochaines instructions. »[11]

Cet ordre avait été envoyé à Badhan par Sheiraweih, fils de Khusrow Parveiz, qui avait fomenté un coup d’État contre son père et l’avait tué. Le Prophète Mohammad (s.a.w.) vivait à Médine, tandis que Khusrow résidait dans le grand palais de Ctésiphon, à environ 35 kilomètres au sud-est de Bagdad. La distance entre les deux villes est de plus de 1 000 kilomètres. En l’absence de tout moyen de communication ou de transport rapide, le Prophète Mohammad (s.a.w.) n’aurait pu avoir connaissance de la mort de l’Empereur perse que si Dieu l’en avait informé. Dans le cas contraire, il n’existe tout simplement aucune explication logique ou plausible permettant de rendre compte d’une telle connaissance. C’est pourquoi les récits historiques rapportent que Badhan reconnut immédiatement en le Prophète Mohammad (s.a.w.) un Messager de Dieu et lui écrivit pour lui prêter allégeance.[12]


À propos de l’auteur : Zafir Malik est rédacteur associé de The Review of Religions. Diplômé de la Jamia Ahmadiyya UK — Institut des langues modernes et de la théologie, il est également imam de la communauté musulmane Ahmadiyya et intervient régulièrement en tant que panéliste sur MTA International et la station de radio Voice of Islam pour répondre aux questions sur l’Islam.


[1] Sahih al-Bukhari, Kitab al-Shurut, hadiths n° 2731 et 2732.

[2] Sahih al-Bukhari, Kitab al-Ilm, hadith n° 65.

[3] Ja’far Muhammad ibn Jarir al-Tabari, Tarikh al-Umam wa al-Muluk, (Riyad, Arabie saoudite : Bait al-Afkar al-Duwaliyyah), p. 415. Voir également : https://www.iranicaonline.org/articles/khosrow-ii

[4] Sahih al-Bukhari, Kitab al-Ilm, hadith n° 64.

[5] Al-Tabari, op. cit., p. 419.

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Musa ibn Rashid al-Azmi, Al-Lu’lu’ al-Maknun fi Sirat al-Nabi al-Ma’mun, vol. 3 (Koweït : Maktabah al-Amiriyyah, 2011), p. 369 ; Al-Tabari, op. cit., p. 419 ; Mirza Bashir Ahmad, La vie et le caractère du Sceau des Prophètes, vol. 3 (Tilford, Royaume-Uni : Islam International Publications Ltd., 2017), p. 203-204.

[10] Al-Tabari, op. cit., p. 419.

[11] Ibid.

[12] Mirza Bashir Ahmad, op. cit., p. 204 ; Al-Tabari, op. cit., p. 419.