Histoire

Qui seront les héritiers de la Terre Sainte ?

Qui mérite de vivre en Palestine? Le dôme du Rocher et le mur des Lamentations à Jérusalem.
Le dôme du Rocher et le mur des Lamentations à Jérusalem.
Juifs, chrétiens ou musulmans : Qui sont ceux qui sont destinés à vivre en Terre Sainte ? Pourquoi cette terre a-t-elle été tant meurtrie depuis des siècles ?

Par Tayyeba Batool Inder

« Et déjà Nous avons écrit dans les Psaumes de David, après l’exhortation, que Mes serviteurs justes hériteront de la terre. »

Saint Coran, 21 : 106

L’attaque du 7 mai 2021 perpétrée par les forces israéliennes contre des musulmans palestiniens en train de prier à la mosquée Al-Aqsa lors du dernier vendredi du mois sacré du Ramadan, donne le coup d’envoi d’un nouveau conflit armé israélo-palestinien, le plus meurtrier depuis 2014. Cette attaque est la culmination de tensions accrues suite à la résistance des Palestiniens contre leur éviction de leurs foyers dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est pour faire place à des colonisateurs israéliens.

Ceci n’est que le dernier affrontement en date d’une très longue série de violences dont a été victime cette terre. À quand la paix en Terre Sainte ? Dans le Saint Coran, la Palestine, jadis Canaan, est décrite comme « la terre que Nous avions bénie pour les peuples »[i] au moment où elle sert de refuge à Abraham et Lot suite à leur exil d’Ur, en Mésopotamie. Il est indéniable que cette terre est le berceau des trois plus grandes religions monothéistes, le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Pour une terre bénie par Dieu Lui-Même, elle a paradoxalement été témoin de rixes sanglantes au fil de l’Histoire.

Qu’est-ce qui explique cet acharnement pour la quête de l’hégémonie sur la Palestine ? Certains se demandent où est Dieu alors même que les peuples s’entre-déchirent en Son nom sur cette terre. Il est question ici d’analyser quelques moments marquants de la domination de ce territoire au fil du temps à la lumière du Saint Coran, et les promesses faites par Dieu, ainsi que leurs réalisations, à ce sujet.

Dans le chapitre 17 du Saint Coran, il est fait mention du peuple juif qui, à deux occasions distinctes, a ouvertement fait preuve de désobéissance, défiant donc deux grands prophètes d’Allah – David et Jésus.

« Et Nous avons communiqué aux Enfants d’Israël dans le Livre : ‘Vous causerez sûrement du désordre à deux reprises dans le pays, et vous deviendrez assurément par trop arrogants.’ »

Saint Coran, 17 : 5

« Il parait, selon la Bible, que les juifs sont devenus une nation très puissante après Moïse et qu’au temps de David, ils ont fondé un royaume florissant. Après la mort de David, les juifs commencent à faire fi des commandements divins et c’est le début de leur premier déclin. Les attaques et invasions se multiplient (assyriens en 733 avant J.-C., pharaon Nékao en 608 avant J.-C.). Toutefois, la perte de leur pouvoir temporel, ainsi que leur destruction et leur désolation ne les poussent pas à la réforme, et ce malgré les avertissements de Jérémie (Jérémie 4 :14). Attirant ainsi la colère de Dieu, les juifs voient leurs terres envahies par Nabuchodonosor de Babylone. Les bâtiments emblématiques sont brûlés, la famille royale déposée, les chefs religieux exécutés et beaucoup de juifs sont pris en captivité.

En exile à Babylone, les juifs se ressaisissent ; ils renouent avec leur foi et leur dévotion religieuse. De nouveau respectueux des commandements divins, ils progressent rapidement et occupent pour beaucoup d’entre eux des positions d’influence. En 545 avant J.-C., ils concluent un accord secret avec Cyrus, roi de Perse, fondateur de ce qui va devenir l’empire achéménide. En échange de leur aide pour conquérir Babylone, Cyrus accorde aux juifs le droit de retour en Palestine et les aide à reconstruire le Temple. »[ii]

La deuxième fois que les juifs se verront chassés de la Palestine, comme prédit par le verset cité plus haut, c’est au moment où ils refusent d’accepter le Messie qu’Allah leur a envoyé. En conséquence de leur persécution de Jésus et de leur tentative de le tuer sur la croix, ils subissent l’invasion de Titus, empereur romain, en 70 après J.-C.. Jérusalem est détruite dans des circonstances horribles et le Temple de Salomon est brulé. Il est intéressant de noter ici qu’au moment des faits, Jésus est toujours vivant et réside dans la région du Cachemire.

Il y a dans cette référence explicite de la double destruction des juifs, un avertissement pour les musulmans qu’en cas de désobéissance et de transgression, ils seront également chassés de leurs terres.

Suite à la conversion de l’empereur romain Constantin au Christianisme, et par voie de conséquence, la conversion de l’empire, la Palestine passe sous administration chrétienne jusqu’à sa conquête par les musulmans sous le califat d’Omar (r.a). Ainsi, ceux qui ont accepté le Messie de Moïse, Jésus, se voient détenteurs du pouvoir en Terre Sainte jusqu’à l’arrivée de l’Islam et la conquête sous Omar. Il doit être souligné que les chrétiens ont abandonné leurs enseignements d’origine en établissant la trinité et associant leur prophète à Dieu Lui-Même ; au moment de l’avènement de l’Islam donc, ils ne peuvent plus être qualifiés de « serviteurs justes ».

Contrairement à Nabuchodonosor et Titus, Omar a, à l’égard des habitants de la Palestine, un traitement de grande bonté et, à l’égard du Temple de Salomon, un respect et une révérence sans pareil dans toutes les annales des conquêtes étrangères. Nous retrouvons donc la réalisation de la promesse selon laquelle les « serviteurs justes hériteront de la terre » ; en faveur des chrétiens dans un premier temps, et des musulmans éventuellement.

La Palestine reste une possession musulmane pendant environ 1350 ans, à l’exception d’une période de 92 ans durant les Croisades. Cette période d’environ un siècle coïncide historiquement avec le fractionnement du pouvoir musulman. En effet, il n’y a plus d’unité de leadership ; on se retrouve avec trois califes (abbasside, omeyyade et fatimide) avant que Saladin ne refasse la conquête de ce monde musulman et reprenne la Terre Sainte. Et tout comme les juifs, les musulmans sont chassés de cette terre à une deuxième reprise quand ils refusent le Messie qu’Allah leur a envoyé. Là encore, le rejet du Messie, Hazrat Mirza Ghulam Ahmad (a.s) par les musulmans, fait saigner la Palestine par l’établissement de l’Etat d’Israël en son sein à travers la vague de décolonisations après la deuxième guerre mondiale.

Il convient de mettre en lumière que ce retour des juifs en Palestine au moment de l’avènement du Messie Promis est également une prophétie coranique :

« Et après lui, Nous avons dit aux Enfants d’Israël : ‘Demeurez dans le pays ; et quand viendra l’heure de la promesse des Derniers Jours, Nous vous rassemblerons encore une fois.’ »

Saint Coran, 17 : 105

Les juifs s’y sont de nouveau réunis après avoir erré pendant environ 2000 ans ; le verset cité souligne bien qu’Allah avait déjà prévenu les musulmans de ce rassemblement à l’époque de l’arrivée du Messie. Quel avenir alors pour la Palestine ? Assurément, Allah ne manquera pas à sa promesse : la Terre Promise ira aux « serviteurs justes », véritables Enfants d’Israël qui, peu importe leur origine, auront accepté indistinctement tous les prophètes d’Allah, y compris le Messie. Soit les Palestiniens acceptent le Messie – mettant un terme à leur problème de leadership qui leur a coûté la Terre Sainte à deux reprises – et reprennent la Palestine ; soit les juifs acceptent le Saint Prophète (sa) et le Messie, héritant de la Palestine à tout jamais. Ce dernier cas de figure n’est pas forcément uniquement utopique car lors de l’ascension spirituelle du Saint Prophète (sa), les prophètes juifs ont prié derrière lui. Ceci est une indication plus que précise que les disciples de ces prophètes pourront un jour embrasser l’Islam.


À propos de l’auteure : Tayyeba Batool Inder est une Mauricienne de confession musulmane. Elle détient une double licence en Droit mention Sciences Politiques et en Histoire, Civilisations et Enjeux Internationaux de l’Université Paris-Sorbonne à Abu Dhabi. Elle participe activement à la rédaction de contenu et production pour la chaîne MTA International.


Toutes les références et analyses, y compris les références historiques, sont puisées des commentaires de Hazrat Mirza Bashir Ud Din Mahmud Ahmad sous le chapitre 17 et sous le verset 106 du chapitre 21 du Coran.


[i] Le Saint Coran, chapitre 21, verset 72

[ii] The Holy Qur’an, English translation and commentary, 1988, Islam International Publications Ltd., volume 3, chapitre 17, versets 6 et 7

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