« Retour à l’âge de pierre. »
Cette récente provocation, lancée sous forme de message sur les réseaux sociaux par le secrétaire à la Défense des États-Unis — rebaptisé secrétaire à la Guerre — visait l’Iran. Sous-entendu : son armée détruirait cette nation, la ramenant à un état précivilisé, protégeant ainsi les Juifs d’Israël de toute nouvelle attaque.
Pourtant, il gagnerait à méditer sur l’histoire de l’Iran, dont l’un des anciens souverains demeure un sauveur vénéré dans le judaïsme et a influencé les idéaux civilisateurs qui inspirèrent la fondation même des États-Unis.
Il y a environ 2 600 ans, un roi perse du territoire de l’Iran actuel protégeait les Juifs de la persécution et du déplacement, leur accordant le droit de rentrer d’exil à Jérusalem.
L’histoire de Cyrus le Grand est gravée dans ce morceau d’argile d’apparence bien banale, en forme de ballon de rugby, exposé au British Museum de Londres. Il n’est pas exagéré d’affirmer que cet objet, redécouvert en 1879, a inspiré des transformations à travers le monde — de sa mention dans la Bible à la Déclaration d’indépendance de Thomas Jefferson, en passant par une copie permanente exposée au siège des Nations Unies à New York.
Le Cylindre de Cyrus est rédigé en caractères cunéiformes et relate la victoire de Cyrus le Grand sur la Babylonie. Cyrus régna sur l’Empire perse achéménide au VIe siècle avant Jésus-Christ. Il porta l’empire à son apogée territoriale — du Pakistan actuel à l’est jusqu’aux côtes grecques à l’ouest. C’était le plus grand empire que le monde eût jamais connu.
C’était également un empire fondé sur la tolérance et la justice. Le cylindre fait office de texte fondateur, ou de première « Déclaration des droits », comme on l’a communément surnommé. Il énonce les libertés religieuses, permettant aux communautés placées sous son autorité de continuer à pratiquer leur foi. La culture perse ne fut pas imposée aux populations ; les coutumes et les langues locales étaient au contraire protégées.
Fait capital, le cylindre accorde aux peuples précédemment exilés le droit de regagner leur patrie. Quelque cinquante ans avant sa rédaction, le souverain babylonien Nabuchodonosor II avait détruit Jérusalem et incendié le Temple de Salomon en réponse à une rébellion juive contre son autorité. Les Juifs furent déportés et dispersés de force. C’est Cyrus qui les libéra de leur exil, ainsi qu’en témoignent plusieurs passages de la Bible, notamment Ésaïe 45 : 13 :
« C’est moi qui ai suscité Cyrus dans ma justice, Et j’aplanirai toutes ses voies; Il rebâtira ma ville, et libérera mes captifs, Sans rançon ni présents, Dit l’Éternel des armées. »
Le cylindre pérennisa son modèle de gouvernance, inspirant hommes d’État et philosophes pendant des millénaires. Vers 370 av. J.-C., l’historien grec Xénophon — un contemporain de Socrate — rédigea un ouvrage intitulé la Cyropédie, consacré à Cyrus et le présentant comme un souverain idéal et juste.
L’ouvrage décrit les fondements d’un empire multiethnique et multiconfessionnel dirigé par Cyrus, qui instaura de nouvelles formes d’écriture, favorisa la coexistence religieuse et développa les arts et la culture.
Plus de 2 100 ans plus tard, Thomas Jefferson fut profondément touché par la Cyropédie et s’interrogea sur la possibilité d’appliquer le modèle de gouvernance de Cyrus à son époque. Dans une lettre à son petit-fils Francis Wayles Eppes, il écrivit : « […] en grec, commence par lire la Cyropédie […]. » Le concept d’un État fondé sur la diversité des cultures fut repris peu après dans la Déclaration d’indépendance.
Cyrus demeure une figure d’origine perse célébrée à travers les cultures, y compris chez les musulmans. La perception selon laquelle musulmans et Juifs seraient des ennemis naturels est une construction profondément fausse, entretenue par des puissances étrangères pour semer la division et justifier l’occupation. Le deuxième Calife de la communauté musulmane Ahmadiyya est l’un des quelques dirigeants musulmans ayant reconnu et célébré Cyrus comme un souverain qui protégea et sauva les Juifs, plutôt que d’attiser l’hostilité à leur égard :
« À cet égard, l’histoire confirme également le Coran et la Bible. Elle présente Cyrus comme un grand conquérant et un souverain profondément humain, qui traita les peuples qu’il conquit avec une générosité exemplaire et reçut en retour leur plus entière allégeance. » (Commentaire en cinq volumes du Saint Coran, 18 : 84)
Le Cylindre de Cyrus témoigne de la longue histoire des relations entre Perses et Juifs, qui transcende les conflits actuels. Il démontre en outre l’importance des objets historiques : un modeste morceau d’argile peut, à lui seul, inspirer le monde entier.
À propos de l’auteur : Rizwan Safir est rédacteur de la rubrique Archéologie et responsable du bureau de recherche de The Review of Religions. Il a travaillé pendant plus de quinze ans sur des projets d’archéologie et de patrimoine culturel au Moyen-Orient, pour des institutions telles que le British Museum, l’Université Humboldt de Berlin et l’Université de Copenhague.











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