Islam

L’islam, une religion qui fait fi du bien-être animal ?

A l'approche de l'Aid el Kabir, le débat du bien-être animal en Islam ressurgit. L'Islam accorde-t-il une importance quelconque aux animaux ?

Par Ata-ul-Aleem

Dans cet exposé, nous essaierons de voir comment l’Islam traite le sujet des animaux : de leur lien avec les humains et de leur bien-être. Pour ce faire nous nous intéresseront à des versets coraniques, des paroles du Saint Fondateur ﷺ de l’Islam et également ses conseils à ce sujet.

Nous constatons que six des 114 chapitres coraniques portent des noms des animaux. Nous trouvons la mention d’environ trente-cinq animaux dans le texte coranique. Il y a deux cents versets qui contiennent ces mentions.

Allah l’Exalté déclare dans le chapitre Al-Anam au verset 39 :

وَمَا مِنۡ دَآبَّۃٍ فِی الۡاَرۡضِ وَلَا طٰٓئِرٍ یَّطِیۡرُ بِجَنَاحَیۡہِ اِلَّاۤ اُمَمٌ اَمۡثَالُکُمۡ

« Il n’y a aucune créature rampant ou marchant sur la terre, ni oiseau volant avec deux ailes, qui ne forment des communautés comme vous. »

Le mot اُمَمٌ peut avoir plusieurs significations dont communauté, nation, espèce, règne, classe, espèce, etc. Ainsi, le Saint Coran nous indique que les humains et les animaux sont reliés par des liens de création et pourraient être classifiés dans les mêmes catégories.  Pour rappel le travail scientifique illustrant ce propos divin peut être visualisé de façon suivante.

Cela appelle tous les humains à faire preuve d’humilité et de responsabilité envers la création de Dieu. Nous ne sommes qu’un maillon d’une grande chaîne.

Dans le monde religieux, le statut le plus élevé confère le privilège à l’homme de recevoir la révélation ou l’inspiration divine. Ce privilège est également attribué à un animal. Dans le chapitre An-Nahal aux versets 69 et 70. Allah l’Exalté déclare :

وَأَوْحَی رَبُّکَ إِلَی النَّحْلِ أَنِ اتَّخِذِیْ مِنَ الْجِبَالِ بُیُوتاً وَمِنَ الشَّجَرِ وَمِمَّا یَعْرِشُون oثُمَّ کُلِیْ مِن کُلِّ الثَّمَرَاتِ فَاسْلُکِیْ سُبُلَ رَبِّکِ ذُلُلاً یَخْرُجُ مِن بُطُونِہَا شَرَابٌ مُّخْتَلِفٌ أَلْوَانُہُ فِیْہِ شِفَاء  لِلنَّاسِ إِنَّ فِیْ ذَلِکَ لآیَۃً لِّقَوْمٍ یَتَفَکَّرُون o

Ces versets se traduisent comme suit : « Et ton  Seigneur inspira l’abeille, en lui disant : « Fais des maisons dans les collines et dans les arbres et dans les treillis qu’ils construisent. Puis mange de toute espèce de fruits, et ensuite suis docilement les voies prescrites par ton Seigneur. » Il sort de leur ventre une boisson de nuances variées. Il s’y trouve de la guérison pour les hommes. Assurément, il y a là un Signe pour des gens qui réfléchissent.»

En poursuivant notre étude et l’approfondissant davantage, nous lisons le verset 9 du chapitre Al-Anam.

وَالۡاَنۡعَامَ خَلَقَہَا ۚ لَکُمۡ فِیۡہَا دِفۡءٌ وَّمَنَافِعُ وَمِنۡہَا تَاۡکُلُوۡنَ oوَلَکُمۡ فِیۡہَا جَمَالٌ حِیۡنَ تُرِیۡحُوۡنَ وَحِیۡنَ تَسۡرَحُوۡنَo وَتَحۡمِلُ اَثۡقَالَکُمۡ اِلٰی بَلَدٍ لَّمۡ تَکُوۡنُوۡا بٰلِغِیۡہِ اِلَّا بِشِقِّ الۡاَنۡفُسِ ؕ اِنَّ رَبَّکُمۡ لَرَءُوۡفٌ رَّحِیۡمٌo وَّالۡخَیۡلَ وَالۡبِغَالَ وَالۡحَمِیۡرَ لِتَرۡکَبُوۡہَا وَزِیۡنَۃً ؕ وَیَخۡلُقُ مَا لَا تَعۡلَمُوۡنَo

Dans ce verset Allah l’Exalté nous montre l’utilité des animaux et les bénéfices que nous pouvons en tirer. Il déclare : « Et les bestiaux aussi, Il les a créés ; vous trouvez en eux de la chaleur et beaucoup d’autres avantages ; et vous en mangez certains. Et en eux il y a de la beauté pour vous, lorsque vous les ramenez le soir au bercail, et quand vous les menez paître le matin. Et ils transportent vos fardeaux vers un pays où vous n’auriez autrement pu parvenir qu’avec de grandes fatigues pour vous-mêmes. Assurément, votre Seigneur est Compatissant, Miséricordieux. Et Il a créé les chevaux et les mulets et les ânes pour que vous les montiez et comme une source de beauté. Et Il créera ce que vous ne savez pas encore. »

La domestication ou l’exploitation des animaux sauvages, toutes espèces confondues, a depuis toujours constitué une étape cruciale dans l’évolution de l’humanité. Ainsi, l’observation minutieuse des habitudes de ces espèces animales a fourni à la civilisation humaine l’occasion de se développer, de découvrir d’autres moyens de fonctionnement, de communication et de s’enrichir tout simplement.

Dans ce passage Allah a explicitement mentionné les chevaux, les mulets et les ânes. Avant l’invention des moteurs, le cheval était le moyen de locomotion le plus rapide. Il fut donc pendant des milliers d’année, monté ou attelé, utilisé pour le transport, la guerre et le travail. Le cheval a également été un allié au cours d’innombrables guerres d’où le terme de « la cavalerie ».

Venons-en maintenant au traitement réservé à ces amis de l’homme par le Saint Prophète ﷺ.  

Allah en s’adressant au prophète de l’Islam, déclare dans le Saint Coran, dans le chapitre Al-Anbiya au verset 108   وَمَاۤ اَرۡسَلۡنٰکَ اِلَّا رَحۡمَۃً لِّلۡعٰلَمِیۡنَ : traduction : « Nous ne t’avons envoyé que comme une miséricorde pour tous les peuples. »

Le mot alamine englobe plusieurs sens. L’un de ses sens est « les mondes ». En lien avec notre sujet, le mot alamine englobe le monde humain, le monde animal, le monde végétal, le monde minéral, etc. C’est ainsi que nous retrouvons des enseignements détaillés concernant le traitement et le bien-être des animaux dans les livres de hadiths. Nous en donnerons quelques exemples et prendrons quelques exemples pour illustrer nos propos.

Rappelons-nous que pour un croyant, quelle que soit sa religion, cette vie est la période des actions tandis la vie de l’au-delà résultera des récompenses des actions posées dans ce monde. C’est pourquoi tous les enseignements religieux raisonnent en termes de récompenses dans ce monde et de l’au-delà. Un accent tout particulier est mis sur le caractère éternel du paradis que tout croyant doit rechercher en posant des actes en accord avec la loi divine.

Tournons-nous vers les incidents de la vie du Saint Prophète ﷺ en relation avec le traitement devant être réservé aux animaux.

Hadhrat AbouHourayrah (رضي الله عنه) relate : « Pendant qu’un homme parcourait un chemin, il eut une grande soif. Il trouva un puits et y descendit pour se désaltérer. Ensuite, il remonta et c’est alors qu’il vit un chien haleter en léchant le sable humide à cause de sa soif intense. L’homme s’est alors dit :  » Ce chien a aussi soif que moi !  » Il redescendit donc dans le puits, remplit sa chaussure d’eau, la saisit entre ses dents, puis donna à boire au chien. Allah lui en sut gré et lui pardonna ses péchés. Les Compagnons demandèrent :  » Ô Messager d’Allah ! Serons-nous rétribués pour les bienfaits dispensés aux animaux ?  » Alors, le Prophète ﷺ leur répondit :  » Oui ! Tout bienfait dispensé à un être vivant sera récompensé.  » » Dans une autre version : « Allah lui en sut gré, Il lui pardonna ses péchés et ensuite Il le fit entrer au Paradis. » Et dans une autre version encore : « Un chien qui était sur le point de mourir de soif tournait autour d’un point d’eau. C’est alors que l’une des prostituées du peuple des enfants d’Israël le vit, elle décida de prendre son chausson afin de le remplir d’eau puis elle l’abreuva. Allah lui pardonna ses péchés grâce à son geste. » (Rapporté par sahih Al-Boukhari).

Nous voyons que le paradis fut accordé pour le simple fait d’avoir abreuvé la soif d’un chien. Par ailleurs le Saint Prophète ﷺ affirme que tout bienfait dispensé à un être vivant sera récompensé.

Abdour-Rahman Ibn Abdoullah rapporte que son père a dit : « Alors que nous étions avec le Messager d’Allah ﷺ au cours d’un voyage, il se retira pour faire ses besoins ; c’est alors que nous vîmes un guêpier accompagné de deux petits. Nous primes ses deux petits et le guêpier vint vers nous et se mit à agiter et étendre ses ailes. C’est alors que le Prophète ﷺ revint et dit : « Qui a affligé celle-ci en prenant ses petits ? Remettez-lui ses oiselets. ». Une autre fois, il aperçut que certaines personnes avaient brûlé une fourmilière, il leur reprocha leur acte (rapportés par Abou Da-oud).

Cette attitude bienveillante et respectueuse ne se limitait pas aux animaux sauvages mais également ceux domestiqués.

En passant devant un chameau très amaigri (littéralement « dont le ventre était collé au dos»), le Saint Prophète ﷺ exprima sa désapprobation envers cette attitude de négligence envers l’animal, une attitude qui vient troubler l’harmonie voulue par Dieu sur Terre : « Craignez Dieu dans le traitement de ces bêtes qui ne peuvent s’exprimer ! Montez-les avec bienveillance et mangez-les avec vertu !» (rapporté par Abou Da-oud).

 Dans un autre hadith, nous apprenons qu’en voyant le Prophète ﷺ, un chameau se mit à blatérer et des larmes coulèrent de ses yeux. Il s’approcha alors de lui et caressa sa bosse et cela apaisa le chameau. Le Saint Prophète ﷺ ne manqua pas par la suite, de réprimander le propriétaire du chameau (un jeune médinois) pour qu’il cesse cette maltraitance, en lui disant que l’animal s’était plaint à lui d’être affamé et épuisé (hadith cité dans l’ouvrage Le Jardin des vertueux n° 967).

Le Saint Prophète ﷺ vit une fois un âne marqué sur la tête. Il désapprouva cette chose et déclara : « Que Dieu maudisse celui qui l’a marqué ! ».Dans un autre hadith il déclare : « « Maudit soit celui qui mutile les animaux. » (Rapportés par sahih Mouslim).

Venons-en maintenant à la consommation de la chair animale par l’homme. Selon le Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles, la consommation de viande a représenté un avantage évolutif pour l’Homo Erectus. Les protéines ont représenté jusqu’à 35% de l’apport énergétique total de la ration alimentaire. La consommation de viande aurait favorisé le développement du cerveau d’Homo erectus : elle est riche en protéines, vitamine B12, B3, B6, fer, sélénium, … Parallèlement, Il y a un million d’années, un autre groupe d’hominidés, les Paranthropes, végétarien, s’éteignait. (Birlouez E (2012) La viande dans les cultures alimentaires : du désir au tabou, Médecine et Nutrition ; 48(1):36-39).

L’enseignement islamique autorise donc tout naturellement la consommation de la viande sauf pour certaines catégories. En même temps, l’abattage et la chasse des animaux sont très réglementés et encadrés. Ainsi pour le sacrifice, il est impératif que l’animal ait atteint un âge et replisse certaines autres conditions.

Le Saint prophète ﷺ déclare à ce sujet : « Il n’y a pas un être humain qui tue sans droit un oiseau, ou un animal plus gros, qui ne sera pas questionné par Allah au jour du Jugement. » On lui demanda : « Et quel est le droit de l’animal, ô Messager d’Allah ? » Il répondit : « C’est qu’il l’égorge et en consomme la chair, et non pas qu’il lui coupe la tête tout en jetant le reste. » (Rapporté par An-Nassaï)

Une fois, le Prophète ﷺ est passé près d’un chameau très émacié. Il dit : « Craignez Allah à propos de ces animaux qui ne peuvent s’exprimer. Si vous les montez, faites-le de façon convenable [en les mettant en forme pour qu’ils puissent le faire aisément] et si vous les mangez, faites-le de façon convenable [en les nourrissant bien pour leur assurer une bonne santé]. » (Rapporté par Abou Daoud)

Concernant l’abattage, certaines éthiques existent également. Le Prophète ﷺ a insisté sur la manière d’abattre les bêtes, et a déclaré qu’elle doit être la moins douloureuse possible pour elles. Il a recommandé de bien aiguiser la lame de l’instrument servant à égorger, d’éviter de le faire devant la bête que l’on désire égorger, d’éviter d’égorger cette dernière devant une autre et a interdit de briser son cou, ou de la dépouiller avant qu’elle ne soit complètement morte. Il a dit dans ce sens : « Allah prescrit la bienfaisance en toute chose. Ainsi si vous tuez, tuez convenablement et si vous égorgez faites-le avec soin : aiguisez bien la lame de votre couteau et épargnez à la bête des souffrances. » (Rapporté par sahih Mouslim)

Le Prophète ﷺ vit un homme entrain d’aiguiser la lame de son couteau devant une bête et lui fît la remarque suivante : « Tu aurais dû le faire avant de l’amener à l’abattoir ! Veux-tu la tuer deux fois ? » (Rapporté par At-Tabarani)

Tout ce que nous venons de voir se passait au VIIème siècle. Remarquons également qu’aucune espèce animale n’a disparu ou serait en danger d’extinction à cause des valeurs prônées par l’Islam.

Les enseignements islamiques montrent que les animaux, comme les humains, ont des droits : les aimer et les protéger (entre autres). Ces droits qui doivent être respectés afin que toutes les créatures de la terre puissent bénéficier de la justice et de la miséricorde de l’Islam. Ces enseignements, qui émanent d’Allah L’Omniscient, exige que les animaux soient traités avec bonté et affirment que la cruauté envers eux constitue une raison suffisante pour qu’une personne soit jetée dans le feu de l’Enfer et que toute bonté envers eux est largement récompensée par Le Miséricordieux et Le Gracieux!


A propose de l’auteur : Ata-ul-Aleem est Président de la communauté musulmane Ahmadiyya de la région lyonnaise. Il aide par ailleurs les gens dans leurs démarches de demande d’asile et d’intégration.

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