Ramadan

Les enfants doivent-ils jeûner pendant le Ramadan ?

A partir de quel âge les enfants doivent-ils jeûner ? Cette question est récurrente pendant le mois de Ramadan et fait l'objet de nombreux débats. Le deuxième Calife (ra) de la Communauté Ahmadiyya a répondu très clairement à cette question.

Par Sarmad Naveed, Canada

Durant les jours du mois béni de Ramadan, les musulmans adultes s’abstiennent de toute nourriture et boisson, de l’aube jusqu’au crépuscule. Cependant, il arrive parfois que de jeunes enfants soient contraints d’observer ce jeûne.

Priver délibérément un enfant de nourriture et d’eau tout au long de la journée relèverait d’une véritable cruauté. Cela soulève dès lors une interrogation légitime : l’injonction de jeûner s’applique-t-elle aux enfants ? Quel est l’âge approprié pour commencer à jeûner ?

Hazrat Mirza Bashiruddin Mahmud Ahmad (r.a.), le deuxième Calife de la communauté musulmane Ahmadiyya déclare à ce propos :

« Il ne faut pas oublier que la charia [loi islamique] interdit aux jeunes enfants d’observer le jeûne. » [1]

Cette déclaration univoque établit clairement qu’en aucun cas les enfants en bas âge ne doivent jeûner. Le deuxième Calife (r.a.) affirme d’ailleurs :

« À mon avis, obliger un enfant à jeûner avant l’âge de douze ans constitue un crime ; et l’y contraindre entre douze et quinze ans relève de l’erreur. » [2]

À quel âge, par conséquent, cette prescription entre-t-elle en vigueur ? Le deuxième Calife (r.a.) l’explicite ainsi :

« D’aucuns contraignent les enfants à jeûner. Or, chaque précepte et chaque commandement possèdent leur propre cadre et leur temps d’application révolu. Selon moi, certains commandements entrent en vigueur dès l’âge de quatre ans. D’autres s’appliquent entre sept et douze ans, et d’autres encore entre quinze et dix-huit ans. En ce qui me concerne, l’injonction du jeûne s’applique aux jeunes entre quinze et dix-huit ans, car c’est à cette période que l’on atteint l’âge de la maturité. L’habitude du jeûne doit être inculquée à partir de quinze ans, pour ensuite être considérée comme obligatoire dès dix-huit ans. Je me souviens que, dans notre jeunesse, nous étions nous aussi animés par un grand enthousiasme à l’idée de jeûner. Cependant, le Messie Promis (a.s.) ne nous en accorda point la permission ; plutôt que de nous enjoindre à jeûner [à cet âge], il nous en fit comprendre l’essence et l’importance. Par conséquent, afin de préserver la santé des enfants et de favoriser leur développement physique, l’autorisation de jeûner ne devrait pas leur être accordée. Ensuite, lorsqu’ils atteignent l’âge où ils acquièrent la force physique requise — soit aux alentours de quinze ans —, il leur est permis de jeûner, bien que de manière progressive. Quel que soit le nombre de [jours de jeûne observés] la première année, ils devraient l’augmenter l’année suivante, et davantage encore l’année d’après. C’est de cette manière que l’habitude du jeûne doit leur être inculquée, avec progressivité. » [3]

Il en ressort que le moment propice pour s’initier au jeûne survient lorsque l’enfant acquiert la vigueur physique requise et atteint l’âge de la maturité. Ainsi que l’a souligné le deuxième Calife (r.a.), il est toléré, aux alentours de quinze ans, de commencer à observer quelques jours de jeûne durant le mois de Ramadan. Néanmoins, ce n’est qu’après avoir atteint la pleine maturité qu’il incombe de jeûner de façon ininterrompue tout au long du mois. Si le deuxième Calife (r.a.) situe l’âge général de la maturité à dix-huit ans, il convient de noter que la constitution physique varie d’un individu à l’autre et que le rythme de croissance diffère pour chaque enfant. À ce propos, il précise :

« Par ailleurs, certains enfants sont de constitution frêle. Des parents me présentent parfois des adolescents de quinze ans qui en paraissent sept ou huit. J’estime que de tels enfants n’atteindront la maturité requise pour jeûner que vers l’âge de vingt-et-un ans. À l’inverse, un jeune de quinze ans robuste et jouissant d’une excellente santé peut fort bien en paraître dix-huit. Si cet adolescent prenait prétexte de ma déclaration fixant l’âge de la maturité à dix-huit ans [pour se soustraire au jeûne], il ne ferait preuve de cruauté ni envers moi, ni envers Dieu l’Exalté, mais bien envers sa propre personne. De même, si des individus fustigent un enfant en bas âge au motif qu’il n’observe pas le jeûne quotidiennement, c’est à eux-mêmes qu’ils porteront préjudice. » [4]

L’âge de la maturité requis pour l’observance du jeûne est donc variable selon les individus. Si, en règle générale, il s’établit autour de dix-huit ans, il demeure assujetti au développement physiologique de chaque enfant.

En conclusion, la réponse est dénuée de toute ambiguïté : les enfants ne sauraient en aucun cas être astreints au jeûne ; ce n’est qu’au seuil de leur maturité qu’ils sont appelés à s’y consacrer.


À propos de l’auteur : Sarmad Naveed est un imam de la communauté musulmane Ahmadiyya diplômé de l’Institut Ahmadiyya pour les langues et la théologie au Canada. Il siège au comité de rédaction de The Review of Religions et coordonne la section Facts from Fiction. Il est également apparu en tant que panéliste et animateur de programmes sur la télévision musulmane Ahmadiyya (MTA).


Article traduit par Aneeqa Rehman.


[1] Tafsir-e-Kabir vol. 2 p. 385

[2] Al Fazal 11 avril 1925

[3] Ibid.

[4] Tafsir-e-Kabir vol. p. 385

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