Tasleem Sooltangos-Napaul, Île Maurice
« Et à Allah Seul appartiennent tous les attributs parfaits. Invoquez-Le donc par ceux-là. »
(Le Saint Coran, 7 : 181)
Le Livre Sacré des musulmans, le Saint Coran, commande d’invoquer Allah par Ses plus beaux noms, ce qui exige d’abord de les connaître et d’en comprendre le sens. Ainsi, s’ils supplient Allah de leur accorder le pardon, ils L’invoqueraient par Son nom le Très Pardonnant (Al-Ghafoor). Loin de n’être qu’une simple formule orale, ce commandement coranique est également une invitation à la mise en pratique. Nous devons avoir la certitude inébranlable qu’Allah possède tous ces attributs de manière parfaite. En conséquence, après L’avoir invoqué, la dernière étape est de s’imprégner de ces qualités dans la mesure des capacités humaines, afin de se rapprocher de la perfection divine. Par exemple, si Allah est le Miséricordieux (Ar-Rahman), il faut s’efforcer d’être miséricordieux envers autrui.
Le deuxième Calife de la communauté musulmane Ahmadiyya, Mirza Bashir-ud-Din Mahmud Ahmad (r.a.) a fermement établi l’adoption des attributs d’Allah comme la méthode essentielle pour atteindre la connaissance divine et purifier l’âme, un concept central détaillé dans son œuvre majeure, « Irfan-i-Ilahi : connaître le Divin par la purification de l’âme ». À l’origine un discours de 1919, cet ouvrage expose que pour réaliser la vraie intimité avec Allah, le croyant doit d’abord connaître les attributs divins, puis les cultiver en lui-même par l’application pratique. Il insiste sur un processus rigoureux comprenant la réflexion sur leur signification, la répétition constante, et surtout la constance dans leur mise en pratique, affirmant que ce chemin est l’unique moyen de réaliser le but de la vie humaine : établir un lien pur et vivant avec le Créateur.
De tous Ses noms sublimes, nous nous attarderons aujourd’hui sur un attribut d’une importance capitale à notre époque : celui d’As-Sattar – un attribut divin fondamental, signifiant « Celui qui couvre les péchés ». Cet attribut exprime la Miséricorde illimitée d’Allah, qui, par Sa Grâce, dissimule les péchés, les faiblesses et les manquements de Ses serviteurs à la vue des autres. Le Saint Prophète (s.a.w.) a déclaré à ce sujet :
« Allah éprouve une grande pudeur, Il est d’une grande générosité, Il est très gracieux. Il éprouve de la honte de retourner vides les mains que Son serviteur tend dans Sa direction. »
(Sunan an-Nasai, no. 406)
Cet attribut souligne que Dieu n’humilie pas Ses serviteurs et ne divulgue pas instantanément leurs erreurs. Au contraire, Il leur offre un voile protecteur et de multiples opportunités de repentance sans subir l’embarras public. D’ailleurs, le Saint Coran met en garde contre la propagation des scandales :
« Ceux qui aiment que l’immoralité se répande parmi les croyants, auront un châtiment douloureux dans ce monde ainsi que dans l’au-delà. Et Allah sait, et vous ne savez pas. »
(Le Saint Coran, 24 : 20)
Imaginons pour un instant, si Allah nous enlevait cette faveur, si tous nos manquements devenaient apparents aux autres, comment nous sentirions-nous ? Et pourtant, c’est exactement le sort que nous infligeons à autrui, car il est devenu monnaie courante de juger, de médire et de mettre à nu les faiblesses et les péchés d’autrui ; nous sommes tous devenus avides de ragots, aimant traîner les autres dans la boue. Tandis que nous peinons à reconnaître et à mettre en évidence les qualités morales d’autrui, nous ne perdons pas une seule seconde dès qu’il s’agit de les critiquer. Il semble que nous ayons besoin de cette critique pour nous sentir meilleurs, pour nous percevoir comme supérieurs à eux. Or, c’est précisément là que l’Islam nous enseigne l’exact opposé, nous encourageant à l’adoption de la miséricorde divine, comme le rappelle le Saint Prophète (s.a.w.) :
« Allah l’Exalté subviendra aux besoins de celui qui soutient son frère. Au Jour de la Résurrection, Allah soulagera un des malheurs qui accable celui qui a allégé la souffrance d’un musulman. Et en ce jour, Allah l’Exalté dissimulera les fautes de celui qui couvre les faiblesses d’un musulman. »
(Sahih Muslim, no. 2699)
Alors, comment se défaire de cette habitude honteuse de l’exposition des fautes ? Il faut tout simplement réfléchir à la manière dont As-Sattar se manifeste dans notre vie et s’en inspirer.
1) Espoir, repentir et discrétion
L’aspect le plus réconfortant de cet attribut réside dans la Miséricorde divine. Sachant qu’Allah est As-Sattar, on ne désespère jamais de Son Pardon. Malgré les péchés qu’on a commit, Allah ne les étale pas au grand jour, préservant ainsi notre honneur dans ce monde. Par conséquent, lorsque nous commetons une faute, il est encouragé à se repentir sincèrement en secret et à ne pas la divulguer. Puisqu’Allah aime la discrétion et la modestie, il est également encouragé à être pudique dans son comportement, sa parole et son apparence, en évitant toute forme d’ostentation. Ce principe est rappelé par la mise en garde prophétique :
« La totalité de ma communauté est pardonnée, à l’exception de ceux qui exposent leurs péchés. Tel est le cas d’un homme qui commet un acte répréhensible durant la nuit, et alors qu’Allah a préservé son secret, il raconte au matin : ‘Ô untel, regarde ce que j’ai fait hier soir !’ Il a passé la nuit sous la protection de son Seigneur, puis il ôte lui-même le voile qu’Allah avait placé sur lui. »
(Sahih Bukhari, no. 6069)
2) Le comportement envers les autres
Si Allah, le Créateur, couvre les imperfections, on a le devoir éthique de faire de même pour autrui. Il est écrit dans le Saint Coran :
« Ô vous qui croyez ! Evitez de vous adonner à trop de soupçons ; car dans certains cas le soupçon est réellement un péché. Et n’espionnez pas, et ne médisez pas non plus les uns des autres. »
(Le Saint Coran, 49 : 13)
Cela implique de s’abstenir de la médisance, de la calomnie et de l’espionnage pour exposer les faiblesses des autres. La règle est de conseiller en privé, de prier si le conseil est ignoré, et surtout, de ne pas chercher à scandaliser. Il est essentiel de noter que ce devoir de Satr (couverture) ne s’applique pas aux cas où le péché est commis ouvertement ou lorsque le fait de le dissimuler mettrait en péril la sécurité, l’honneur ou le bien-être général de la communauté. À l’inverse, le Saint Prophète (s.a.w.) a mis en garde :
« Celui qui cherche les défauts cachés de son frère musulman, Allah cherchera les siens, et celui dont Allah cherche les défauts, Il l’expose même au fond de sa propre maison. »
(Sunan Abu Dawud, no. 4880)
3) La relation avec Allah
Comprendre ce qu’est As-Sattar renforce le lien personnel avec Allah. D’une part, le croyant invoque Allah pour demander Sa Protection contre l’humiliation dans cette vie et l’au-delà. D’autre part, il vit avec la certitude d’être sous la protection constante de « Celui qui couvre les défauts ». Même s’il trébuche, il sait que la porte du pardon est ouverte tant qu’il se tourne vers son Seigneur en toute sincérité.
En fin de compte, l’invocation d’As-Sattar n’est pas un simple refuge ; c’est un engagement. C’est le pacte du croyant de traiter l’honneur d’autrui avec la même miséricorde et la même discrétion qu’il implore pour le sien. C’est en devenant le « couvreur » des défauts d’autrui que l’on se place réellement sous le voile infini du Couvreur des Fautes. Nous vous quittons avec ces paroles fortes du Saint Prophète (s.a.w.) :
« Allah est au service du serviteur tant que celui-ci est au service de son frère. »
(Sahih Muslim, no. 2699)








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