La section féminine – La Revue des Religions
Le 1er février, la Journée mondiale du hijab ouvre un espace de réflexion sur la signification profonde du hijab et, plus largement, sur la notion de modestie. Lancée en 2013 par Nazma Khan, cette initiative internationale encourage les femmes, de toutes origines et croyances, à porter le hijab le temps d’une journée comme une véritable expérience sociale. Bien au-delà du geste, cette démarche vise à déconstruire les préjugés et à favoriser une meilleure compréhension d’une pratique religieuse qui continue de susciter interrogations et débats.
À l’occasion de cette journée, La Revue des Religions a choisi de donner la parole à des femmes musulmanes issues des quatre coins du monde. À travers leurs témoignages, elles partagent un choix libre, conscient et profondément personnel : celui de porter le hijab, conformément aux enseignements coraniques et en accord avec leur identité.
Dans le cadre de ce projet, de nombreux témoignages de femmes musulmanes ont été recueillis: des parcours de conversion, des récits personnels et professionnels, ainsi que des expériences profondément marquantes, parfois vécues comme de véritables miracles. Étant donné le grand nombre de témoignages reçus, ce projet a été structuré en trois parties, afin de permettre à chaque voix d’être entendue avec l’attention et le respect qu’elle mérite.
Ces témoignages sont présentés ici afin d’ouvrir le dialogue et de mieux comprendre la signification du hijab :
Patricia Jangeerkhan, Irlandaise convertie à l’Islam Ahmadiyya en 1976, Femme au foyer – Islamabad, Angleterre
« Porter la burqa à partir de quarante et un ans a transformé ma vie. Cette décision m’a apporté une grande joie et a renforcé ma piété. Je me suis sentie protégée et perçue avec davantage de respect. Si l’adaptation sociale a pris du temps et suscité quelques remarques négatives, cela rendait les femmes ahmadies clairement reconnaissables, ce qui inspirait considération. Aujourd’hui encore, je demeure fidèle à la pudeur islamique, Alhamdoulillah. »
Basharat Taujoo, Enseignante – Rose-Hill, Île Maurice
« À dix-huit ans, je n’avais aucune intention de porter le voile, malgré les encouragements de ma mère. Un soir, à la suite d’une légère prise de bec à ce sujet, je fis un rêve marquant : un grand lac me séparait de trois Califes de l’Ahmadiyya et, derrière eux, se tenaient des femmes que je savais très belles, entièrement voilées de noir. Tous lançaient des slogans joyeux. De mon côté de la rive, je n’entendais rien et ne ressentais rien. À mon réveil, j’ai compris que je ne voulais pas rester à l’écart des joies de la communauté. Je demandai alors à ma mère de me coudre une burqa, d’une toute petite voix humble. Aujourd’hui âgée de soixante ans, Alhamdoulillah, je la porte toujours et je prie de rester fidèle à la pudeur islamique jusqu’à la fin de mes jours. »
Dr. Sobia Laghari, Médecin – Rotterdam, Pays-Bas
« Avant tout, ce qui fait de moi ce que je suis — médecin ayant grandi aux Pays-Bas —, je suis fière d’être une femme musulmane ahmadie et de porter le hijab. J’ai choisi de le porter parce qu’il m’a guidée vers la noblesse et le raffinement spirituel que je recherchais. À travers les cultures et l’histoire, le voile a toujours symbolisé la dignité et le respect de la féminité. En Islam, le hijab est un acte de dévotion quotidien, ancré dans la spiritualité et la pudeur. Pour moi, il représente également une libération face aux idéaux de beauté occidentaux oppressifs qui pèsent sur les femmes, nourrissent l’insécurité et contribuent aux troubles de la santé mentale, souvent amplifiés par les réseaux sociaux. À travers le hijab, ma beauté s’exprime avec élégance, estime de soi et intégrité. »
Margaret Tan vee, Femme au foyer – Cascade Jean Louis, Île Rodrigues
« Dans les années quatre-vingt, en embrassant l’Ahmadiyya, je vivais à Rodrigues en tant que femme issue d’un milieu rodriguais aux racines africaines, au sein d’une société majoritairement créole. J’élevais mes trois enfants dans un environnement marqué par l’incompréhension et les moqueries. Souvent isolés, nous avons trouvé force et dignité au sein de la communauté. C’est lorsque je suis devenue Sadr Lajna que j’ai commencé à porter la burqa, conformément aux directives du Calife (a.b.a.). Ce choix, vécu comme un acte de foi et d’obéissance au Calife, est devenu pour moi un symbole visible de mon identité religieuse, de ma persévérance et de mon attachement profond à l’Islam Ahmadiyya. Aujourd’hui encore, à soixante-dix ans, je porte toujours le voile islamique, Alhamdoulillah. »
Rehana Areej, Étudiante en génie logiciel – Fada N’gourma, Burkina Faso
« J’étais au collège en République démocratique du Congo lorsque, un jour, le directeur m’annonça que je ne pouvais plus porter le voile à l’école. À ce moment-là, mon père se trouvait à Londres et eut l’occasion d’en parler à notre Calife, Mirza Masroor Ahmad (a.b.a.). Sa sainteté conseilla que, si la situation devenait trop difficile, je pouvais retirer le hijab à l’intérieur de la classe, d’autant plus qu’il s’agissait d’un collège de filles. Il pria également pour moi. Malgré les difficultés, je suis restée ferme dans ma décision et j’ai beaucoup prié. En milieu d’année, aucune autre école ne voulait m’accepter. Par la grâce d’Allah et grâce aux prières de notre Calife (a.b.a.), le directeur de l’établissement a finalement cédé et ne m’a plus jamais demandé d’enlever mon hijab. J’étais alors la seule musulmane et la seule voilée parmi plus de deux mille élèves. »
Atia Choudhry, Pharmacienne – Vancouver, Canada
« J’ai commencé à porter le hijab à l’adolescence, sans en saisir toute la sagesse. Avec le temps et une meilleure compréhension de la foi, ce choix est devenu conscient et apaisant. Le hijab n’est pas qu’un symbole extérieur ; il est une discipline intérieure, un éveil constant à la conscience de Dieu. Je le perçois comme une présence protectrice sur le chemin de la vie, surtout en ces temps de Dajjal où les repères spirituels s’affaiblissent. Aujourd’hui, le hijab fait partie intégrante de mon identité de femme musulmane, reconnaissante d’appartenir à la communauté du Messie Promis (a.s.) et de cheminer selon les enseignements du Saint Coran. »
Ridhi Ramrekha, Responsable du marketing – Vacoas, Île Maurice
« Je me suis convertie à l’Islam en septembre 2017, puis j’ai embrassé l’Ahmadiyya en février 2025. J’ai commencé à porter le hijab lorsque je suis partie en Australie pour mes études supérieures. Là-bas, j’ai profondément ressenti que le hijab représentait l’honneur et l’identité de la femme musulmane. Il y était porté avec conviction et respect. Mon nom et mon hijab suscitent parfois des interrogations. Certaines personnes pensent que les femmes voilées sont opprimées ou contraintes, sans réaliser que, pour beaucoup d’entre nous, le hijab est un choix personnel, libre et assumé, fondé sur la conviction et la foi. Dans mon environnement professionnel, ce choix m’a permis de renforcer mon assurance, mon professionnalisme et ma confiance en moi. Expliquer que le hijab n’est ni imposé ni subi aide souvent à déconstruire les préjugés. Sur le plan social, le hijab attire l’attention, mais il ouvre également la voie à des échanges riches et constructifs. Au-delà de l’apparence, il représente pour moi une source de paix intérieure, de dignité et de fierté. À travers ce projet, je souhaite informer, inspirer et sensibiliser, déconstruire l’idée d’oppression, et encourager celles qui hésitent à porter le hijab à le faire par conviction et en toute liberté. »
Duriah Malik, Architecte d’intérieur & designer – Le Raincy, France
« Je porte le hijab en France depuis un jeune âge, par conviction spirituelle et par amour pour Allah. Architecte d’intérieur et designer, je constate parfois que mon voile suscite des réticences lors de mes démarches professionnelles. Pourtant, il n’a jamais freiné ni ma créativité ni mon professionnalisme. La surprise, et parfois le silence, apparaissent souvent lorsque l’on découvre qu’une femme voilée est à l’origine de ces réalisations. Le hijab accompagne mon parcours professionnel comme un rappel constant de mes valeurs, de mon engagement et de ma dignité, tout en soutenant ma passion et ma créativité. »
Gharaza Basharat, Étudiante en médecine – Saint-Denis, Île de la Réunion
« J’ai vingt-quatre ans et je suis en sixième année de médecine. J’ai commencé à porter le voile à l’âge de onze ans et, aujourd’hui, je travaille à l’hôpital, où les femmes voilées demeurent encore minoritaires. Dans le milieu médical, je fais parfois face à des regards curieux ou sceptiques. Pourtant, mon voile n’a jamais été un obstacle. Au contraire, il m’apporte un profond sentiment de sérénité, de fierté et de confort. Il est le reflet de mon identité et, même dans un environnement parfois peu tolérant, il ne m’empêche pas de m’épanouir pleinement en tant que professionnelle. »
Saimah Manahel Sharif, Technologiste médicale – Laval, Canada
« Le hijab est bien plus qu’un simple morceau de tissu : il fait partie intégrante de mon identité et représente une protection qui m’accompagne dans chaque aspect de ma vie. Il est avec moi dans mon laboratoire lorsque j’analyse des spécimens, sur le terrain de volleyball, au parc avec ma fille ou encore lors de mes courses quotidiennes. Partout, il me rappelle qui je suis et me donne la force d’avancer avec confiance. Le porter au Québec peut être un défi, surtout lorsqu’on s’éloigne du Grand Montréal et que les regards se posent sur le hijab. À cela s’ajoute la Loi sur la laïcité de l’État, la Loi 21, qui interdit le port de signes religieux visibles dans certains secteurs et qui va à l’encontre de la Charte des droits et libertés du Canada. Pourtant, mon parcours témoigne qu’une femme musulmane voilée peut aussi atteindre les sommets. En restant ferme dans la raison pour laquelle j’ai choisi de porter le hijab, je transforme ces épreuves en force, en résilience et en fierté. Le hijab n’a rien à voir avec l’oppression ; au contraire, il m’accompagne dans mon épanouissement et renforce ma confiance, jour après jour. J’ai hâte de poursuivre ce chemin et de voir jusqu’où cette force et cette conviction pourront me mener. »
Marie Andrea Augustin Cupidon, Pêcheuse – Baladirou, Île Rodrigues
« En 1990, lorsque j’ai embrassé l’Islam Ahmadiyya, toute ma famille a cessé de nous parler. À cette époque, je me rendais à la mosquée la tête baissée, traitée de folle et souvent humiliée, mais je suis restée ferme dans ma foi. À l’âge de quarante-cinq ans, encouragée par Madame Tan Wee, j’ai commencé à porter la burqa après avoir été guidée par Allah. Depuis, je la porte avec constance. Mon hijab m’a apporté respect et considération, transformant ma manière de parler et de vivre. Aujourd’hui, je suis fière d’être musulmane, mère de quatre enfants, grand-mère de douze petits-enfants, dont l’un étudie actuellement au Ghana afin de devenir missionnaire, et arrière-grand-mère, profondément reconnaissante envers Allah pour toutes Ses bénédictions. »
Bassima Hoolash, Étudiante en Sciences de la communication avec spécialisation en Journalisme – Rose-Hill, Île Maurice
« Par la grâce d’Allah, je n’ai jamais ressenti de difficulté à porter le voile ; cela m’est venu naturellement, grâce à l’éducation que j’ai reçue de mes parents. Je me suis sentie privilégiée de pouvoir pratiquer ma foi librement au sein de mon établissement scolaire. Ma mère, quant à elle, n’a pas eu cette opportunité, ayant étudié dans le système français où la laïcité prévalait. Pour moi, le voile est une immense faveur divine car il me permet de me sentir libre, tout en étant protégée et respectée. Je prie afin que toutes mes sœurs de foi puissent connaître cette félicité spirituelle, Insha’Allah. »
Wardah Rahman, Auxiliaire de pharmacie – Libreville, Gabon
« Je porte le hijab depuis l’enfance. Au début, ce n’était qu’un simple tissu posé sur ma tête, mais avec le temps, il est devenu une part de moi, une source de paix et de force. En grandissant, j’ai choisi de le porter chaque jour, non par obligation, mais par amour pour ma foi et par fidélité à mes valeurs. Ce choix n’a jamais été facile. Très jeune, j’ai dû affronter les regards, les moqueries et les humiliations. On me disait que je me compliquais la vie, que je pourrais enlever mon voile pour mieux réussir ou mieux m’intégrer. Mais, au fond de moi, une certitude demeurait : je ne pouvais pas me trahir. La foi ne se vit pas à moitié ; elle se vit dans la constance. Arrivée au Gabon, un pays à quatre-vingt-cinq pour cent chrétien, les épreuves se sont intensifiées. J’y ai subi des humiliations, du harcèlement, des silences lourds et des paroles blessantes. J’ai également refusé des opportunités professionnelles, car on me demandait de retirer mon hijab. À chaque refus, le cœur tremblait, mais la conviction restait intacte : ma foi n’est pas négociable. Il ne s’agissait jamais de refuser le travail, mais de refuser de renoncer à ce qui me définit. Aujourd’hui, le hijab m’a appris à tenir debout lorsque tout pousse à plier. Il m’a transmis patience, force et dignité. Même dans la douleur, cette couronne a été préservée, le cœur attaché à Allah, répétant sans cesse : Hasbi Allah wa ni‘mal Wakîl (Allah nous suffit, Il est le Meilleur Protecteur). »











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