Récemment, le célèbre podcast PBD a organisé un débat entre des chrétiens et des musulmans afin qu’ils puissent échanger leurs points de vue et discuter des différentes perspectives de leurs religions respectives.
Au cours de cet échange qui a duré plus de deux heures, la partie chrétienne a formulé de nombreuses accusations et allégations infondées à l’encontre de l’Islam. Il est intéressant de noter que nombre de ces accusations semblaient tirer leur origine, non pas du corpus islamique, mais de l’interprétation erronée des préceptes de l’Islam par certains musulmans.
Il est navrant de constater que ces interprétations erronées ont été ouvertement exposées lors de ce même podcast.
L’un des premiers sujets abordés concernait l’apostasie et la question de savoir si l’Islam cautionne la peine de mort pour ce motif. Si un chrétien peut soulever une telle allégation en raison de sa méconnaissance profonde de l’Islam, il fut véritablement affligeant de voir les intervenants censés représenter la religion musulmane camper sur leurs positions, affirmant que la loi islamique prévoit bel et bien la peine capitale pour l’apostasie. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité.
Autant dire que le véritable Islam n’était pas représenté lors de ce podcast.
Quelle est la véritable loi islamique concernant l’apostasie ?
Si ce n’est pas la peine de mort, quel est donc le châtiment prévu par l’Islam pour l’apostasie ?
Cela pourrait en choquer certains… mais il n’existe aucun châtiment terrestre pour l’apostasie en Islam. Comment pourrait-il en être autrement, alors que le Saint Coran établit très clairement le principe suivant : « Point de contrainte en religion ». (Le Saint Coran, 2:257). En fait, la contrainte en matière de religion est attribuée dans le Coran aux ennemis de la religion, à l’instar de Pharaon menaçant de tuer ceux qui suivaient la religion de Moïse (as) plutôt que lui. (Le Saint Coran, 20:72).
Comment quiconque pourrait-il être contraint dans sa foi, alors que Dieu Lui-même n’a contraint personne, comme Il le déclare : « Et dis : “Et dis : « C’est la vérité de la part de votre Seigneur ; ainsi, que croie celui qui le veut.” » (Le Saint Coran, 18:30).
Il serait tout à fait absurde d’offrir la possibilité de ne pas croire si on le souhaite, pour ensuite appliquer un châtiment à celui qui quitte la foi.
Certains avancent l’allégation — comme l’a fait Robert Spencer lors du podcast — que le verset suivant du Saint Coran ordonne le meurtre des apostats :
« Ils voudraient que vous deveniez mécréants comme eux afin que vous deveniez tous pareils. Alors ne prenez pas d’amis parmi eux jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le chemin d’Allāh. Et s’ils tournent le dos, alors saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez, et ne prenez parmi eux ni ami ni aide. » (Le Saint Coran, 4:90).
Ce verset traite des hypocrites qui, en apparence, professaient la foi mais fraternisaient avec les ennemis de la religion. Cependant, comme le Saint Coran lui-même l’étaye au chapitre 2, verset 62, compte tenu du contexte, le terme arabe اقْتُلُوْھُمْ, qui a été traduit par « tuez-les », peut également signifier « boycottez-les ». Cela est rendu évident par les mots qui suivent : « et ne prenez parmi eux ni ami ni protecteur ». Comment pourrait-on prendre pour ami ou protecteur des personnes prétendument déjà tuées ?
En outre, Dieu déclare que tout comme on a la liberté de quitter la foi, on est également libre d’y revenir :
« Ceux qui croient et qui ensuite perdent la foi, puis croient de nouveau et reperdent la foi et dont la mécréance augmente, Allāh n’est pas Tel qu’Il leur pardonnera, et Il ne les guidera pas non plus sur le droit chemin. » (Le Saint Coran, 4:138)
Comment la loi islamique pourrait-elle dicter qu’un apostat doit être tué, alors que Dieu, la source même de la loi islamique, a clairement établi qu’il est possible pour une personne de revenir à la foi après être devenue apostate ?
Le verset ci-dessus, ainsi que de nombreux autres dans le Saint Coran, abordent clairement la question de l’apostasie ; pourtant aucun ne mentionne la peine de mort comme conséquence. Tous indiquent au contraire qu’il s’agit d’une affaire dont Dieu Lui-même se chargera dans l’au-delà (par ex. le Saint Coran, 16:107-110, 47:26).
Étant donné que la source de l’Islam réfute clairement toute forme de châtiment terrestre pour l’apostasie, sans parler de la peine de mort, il n’y a aucun fondement à prétendre que la loi islamique la sanctionne par la mort.
Cela est en outre démontré par l’exemple du fondateur de l’Islam, et de l’ultime défenseur de la loi islamique, le Saint Prophète (sa). Ce même Saint Prophète (sa) dont le devoir ne fut jamais de contraindre les gens à accepter l’Islam ; Dieu lui avait plutôt confié la mission de transmettre le message. (Le Saint Coran 10:109).
L’imam Tabari rapporte qu’après le voyage nocturne spirituel du Saint Prophète (sa) de La Mecque à Jérusalem, certains refusèrent de le croire et l’abandonnèrent, lui ainsi que la foi. Pourtant, aucune mesure ne fut prise à leur encontre. [1]
Il y eut également le traité de Hudaibiyyah, un accord conclu entre le Saint Prophète (sa) et les Quraysh de La Mecque, stipulant que si un musulman venait à quitter les siens pour rejoindre les polythéistes, il ne serait pas restitué. Si le châtiment de l’apostasie avait été la mort, le Saint Prophète (sa) n’aurait jamais accepté cette condition.
Ensuite, un Bédouin tomba malade après avoir embrassé l’Islam. Convaincu que sa conversion en était la cause, il décida d’abandonner la foi et de quitter Médine. Or, le Saint Prophète (sa) ne prit aucune mesure contre lui. [2]
Certains invoquent une tradition du Saint Prophète (sa) prescrivant de tuer les apostats pour étayer leur thèse selon laquelle l’Islam imposerait la peine de mort pour l’apostasie. Ils doivent toutefois garder à l’esprit que le contexte est fondamental.
Avant tout, lors de l’étude des traditions et des paroles du Saint Prophète (sa), le Saint Coran constitue la pierre de touche absolue pour en saisir le sens. La signification des traditions authentiques ne saurait en aucun cas contredire le Saint Coran.
Par conséquent, aucune mesure répressive n’a jamais été prise à l’encontre d’un individu au seul motif de son apostasie. En réalité, le Saint Prophète (sa) a prononcé ces paroles en temps de guerre, alors que certains individus ne se contentaient pas d’apostasier, mais se rebellaient ouvertement et s’efforçaient de tuer des musulmans. Ce n’est que dans le cadre de ces guerres défensives, menées principalement pour sauvegarder la liberté de religion, que de telles mesures furent appliquées. Il est indéniable que nul ne peut reprocher à quiconque de se défendre contre ceux qui s’en prenaient violemment, non seulement aux musulmans, mais à la religion elle-même.
Ainsi, aux chrétiens, aux musulmans et à tous ceux qui se bercent d’illusions en croyant que l’Islam justifie la peine de mort pour l’apostasie, sachez que le Saint Coran, la pratique du Saint Prophète (sa) ainsi que ses paroles prouvent tous sans équivoque que l’Islam ne prévoit aucune peine capitale pour l’apostasie.
À propos de l’auteur : Sarmad Naveed est un imam de la communauté musulmane Ahmadiyya, diplômé de l’Institut Ahmadiyya des Langues et de la Théologie au Canada. Il officie en tant que rédacteur en chef web et siège au comité de rédaction du magazine The Review of Religions. Il coordonne également la rubrique Facts from Fiction. Il est par ailleurs intervenu comme panéliste et animateur d’émissions sur la chaîne Muslim Television Ahmadiyya (MTA), à l’instar de « Ahmadiyyat: Roots to Branches ».








Commentaires récents