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Malgré les leçons poignantes de l’histoire, nous vivons dans un monde de plus en plus injuste

Face à l'échec des traités internationaux, le génocide continue de ravager notre monde. Jusqu'où irons-nous ?

Longtemps avant que l’Holocauste ne révèle toute son horreur, une politique de persécution systématique contre les Juifs commença à se mettre en place dès l’accession d’Adolf Hitler à la chancellerie allemande en 1933. Exclus de la vie publique, frappés par des licenciements et des campagnes de boycott, les Juifs furent ensuite déchus de leur citoyenneté et de leurs droits civiques par les lois de Nuremberg en 1935. En 1938 éclata une violence assumée, marquée par la destruction de synagogues et des arrestations massives, ouvrant la voie à la « phase génocidaire » qui s’amorça avec l’invasion nazie de l’Union soviétique en 1941.

Contemporain de ces crimes de masse, l’avocat judéo-polonais Raphaël Lemkin allait perdre la majeure partie de sa famille dans l’Holocauste. Dès les premières persécutions orchestrées par l’État nazi dans les années 1930, il se lança dans un combat acharné pour faire interdire ces atrocités et plaida, lors de la Conférence de Madrid en 1933, pour la pénalisation des « crimes de barbarie » et des « crimes de vandalisme ». Ses propositions furent balayées à l’époque, mais l’escalade de cette barbarie révoltante ne fit que renforcer sa détermination à inventer un terme qui, selon lui, servirait d’« indice de civilisation ».

En 1944, Lemkin forgea le néologisme « génocide », fruit d’un croisement étymologique gréco-latin : le grec genos (race, tribu ou peuple) et le latin cide (le meurtre). Le juriste tenait cependant à souligner que ce mot ne se résumait pas aux seuls massacres physiques ; il le concevait comme un concept multidimensionnel incluant l’anéantissement culturel — notamment par l’effacement de la langue et de la religion —, l’asphyxie économique ainsi que l’entrave aux naissances.

Le combat acharné de Lemkin aboutit finalement, en 1948, à l’adoption de la Convention sur le génocide, saluée comme un instrument juridique international sans précédent pour la prévention et la répression de ces crimes à l’avenir. Pourtant, près de quatre-vingts ans plus tard, le spectre du génocide continue d’entacher l’histoire de multiples régions du globe — Bosnie, Rwanda, Srebrenica, Soudan… — et fait encore rage de nos jours, en dépit de la prolifération des traités internationaux de défense des droits humains.

Ce que les écrits de Lemkin ne laissaient pas présager, c’est le conflit qui allait opposer ses ambitions juridiques à la volonté politique d’instaurer une justice structurelle. Aujourd’hui, la reconnaissance de la justice, tout comme celle du génocide, relève de l’utopie ; toutes deux ont été reléguées au rang d’exercices de style juridiques et politiques. Dans ce contexte, le Chef de la Communauté musulmane Ahmadiyya mondiale, Hazrat Mirza Masroor Ahmad (aba), a maintes fois souligné l’urgence d’une justice absolue à l’échelle globale, exhortant les dirigeants du monde à en devenir les modèles. Il n’a également cessé de mettre en garde contre la menace d’une Troisième Guerre mondiale aux conséquences dévastatrices.

Pour prévenir les atrocités de masse contre l’humanité, le monde a besoin d’un sursaut moral. Pour conjurer des horreurs telles que le génocide, le remède coranique consiste à privilégier une réforme éthique intérieure : l’individu mène un combat contre sa propre âme, préparant ainsi un terreau moral où pourront germer les graines de la justice. Le Saint Coran offre le plan d’action pour y parvenir en enjoignant de faire le bien « comme envers ses proches ». Ce stade est décrit comme le degré suprême du développement moral humain, c’est-à-dire lorsqu’une personne agit par une impulsion naturelle, semblable aux instincts dictés par l’amour maternel. Il y est ainsi déclaré :

« En vérité, Allah enjoint la justice et la bienfaisance envers autrui, et de donner pour Sa cause comme on le fait à des parents proches ; et interdit l’indécence, et le mal manifeste et la transgression. Il vous admoneste afin que vous preniez garde. » (Le Saint Coran, 16:91)

Seul un engagement sincère en faveur de la justice permettra de dépasser les réalités juridiques et politiques qui entourent les « horreurs de l’humanité » auxquelles le monde est aujourd’hui confronté.

À propos de l’auteure : Ayesha Mahmood Malik est responsable de la rubrique Droit et Droits humains du magazine Review of Religions. Ses travaux portent sur le droit et la religion, plus particulièrement sur l’Islam et les droits de l’homme, le rôle des médias dans la couverture des crises, le droit international des droits de l’homme, ainsi que sur l’influence de la religion dans les processus de radicalisation. Elle intervient régulièrement sur ces questions dans les médias nationaux et au sein de diverses universités britanniques, notamment à l’Université d’Oxford et à la London School of Economics. Elle est diplômée de la faculté de droit de Harvard.

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