Livre du Mousleh Maoud

L’importance et la signification de l’irfān-i-ilāhī

La Revue des Religions a le plaisir de vous présenter des extraits du livre Irfān-i-ilāhī, écrit par le Mousleh Maoud (ra), qui vient d'être très récemment traduit en langue française par le Bureau Francophone.

L’importance de l’irfān-i-ilāhī

L’irfān-i-ilāhī est crucial et indispensable pour tout croyant. Beaucoup se plaignent qu’ils ne jouissent pas de la joie et de l’allégresse qui sont les fruits de la foi. Ils affirment : « Nous accomplissons la salāt, jeûnons, faisons le pèlerinage, payons la zakat, distribuons des aumônes, supplions Dieu, sans pour autant tirer aucun plaisir, aucune joie de toutes ces œuvres. » Pareilles gens me demandent de leur enseigner une « astuce » permettant de connaître Dieu. Sans nul doute ceci est le but même de la création de l’homme : l’acquisition de l’irfān est ce qui le distingue des autres créatures. S’il n’obtient pas cette connaissance, il est pire que les animaux, car ces derniers, étant privés de cette aptitude, ne peuvent l’acquérir. L’être humain sombre au plus bas des bas s’il n’use pas de ses facultés. L’irfān-i-ilāhī est essentielle pour chaque croyant : sans l’acquérir il ou elle ne pourra jamais atteindre la perfection.

Les membres de notre communauté souhaitent ardemment insuffler en leurs cœurs l’amour de Dieu et faire pénétrer Sa manifestation dans chaque particule de leurs êtres. Or, malgré cette aspiration sincère, ils n’atteignent pas ce but et s’en plaignent à tout moment. Beaucoup se réveillent la nuit, versent des larmes à foison et se brisent l’échine pendant de longues heures durant la journée afin de connaître Dieu. Or ils n’atteignent pas leur objectif et ne rencontrent pas leur Bien-aimé. La porte de la gnose ne s’ouvre pas à eux : un mur ne cesse de les séparer de l’Être aimé.

Comment ôter les obstacles et atteindre l’objectif ? Beaucoup, n’ayant pas trouvé Dieu après d’énormes efforts, désespèrent complètement et croient qu’Il n’existe pas. Certains souhaitent ardemment Le rencontrer et s’évertuent en ce sens ; d’autres nient catégoriquement Son existence ! Ils déclarent : « On peut rencontrer Dieu en suivant l’Islam, nous a-t-on dit. Nous avons remué ciel et terre, nous nous sommes échinés jour et nuit, mais nous ne L’avons pas trouvé ! Il n’existe même pas, car s’Il existait nous L’aurions certainement découvert ! »

En somme, beaucoup souhaitent acquérir la ma‘rifah[1]d’Allah. Ils veillent la nuit en prières, les yeux en larmes, le cœur en émoi. Durant la journée ils ressemblent à cette mère ayant perdu son unique enfant. Se sentant sur des braises, ils n’arrivent pourtant pas à saisir la ma‘rifah. Au vu de tous ces efforts, et des résultats infructueux, deux conclusions sont à tirer : Dieu n’existe pas, ou s’Il existe bel et bien, il est impossible de L’atteindre. Or ces deux déductions sont fausses. Il existe des méthodes spécifiques pour atteindre tout objectif et sans y avoir recours tout effort sera vain.

Que signifie l’irfān-i-ilāhī

Avant de présenter les méthodes permettant de vivre en intimité avec Dieu, j’explique ici les sens des locutions ‘irfān-i-ilāhī ou ma‘rifat-i-ilāhī. Nombreux sont-ils à avouer qu’ils n’arrivent pas à l’obtenir. Mais connaissent-ils au moins le sens de la ma‘rifat-i-ilāhī ? Ils l’ont peut-être entendu de leurs parents ou grands-parents mais ignorent son sens réel.

Les termes ‘irfān et ma‘rifah possèdent presque les mêmes sens qu’ilm[2] en arabe avec quelques différences de nuances. L’acquisition du ‘ilm, ou de la connaissance, est possible sans efforts et actes délibérés. Or l’irfān nécessite réflexion et méditation. En somme, ‘ilm est une notion générale et l’irfān est plus spécifique. Selon l’usage arabe, on dit عَرَفَ رَبَّهُ c’est-à-dire « l’adorateur a connu son Seigneur » mais pas عَرَفَ عَبْدَهُ « Allah a connu Son adorateur ».

Le terme ‘ilm, et non ‘irfān, est employé pour Allah, car Il n’a pas besoin de réfléchir ou de méditer pour acquérir Sa science. ‘Irfān s’applique au savoir obtenu par l’humain et signifie « l’acquisition de la connaissance de la personne de Dieu par l’homme après réflexion et méditation et la reconnaissance de son Seigneur ». « Reconnaissance » signifie identifier un individu par les attributs le démarquant des autres. Affirmer que Paul a reconnu Jacques suppose qu’il a pu identifier ce dernier grâce à ses traits uniques et absents chez autrui. Ainsi, l’irfān-i-ilāhī signifie que l’homme a pu rencontrer et reconnaître Dieu grâce à Ses attributs présentés dans le Coran, notamment qu’Il est gracieux, miséricordieux, très-pardonnant ou qu’Il couvre les péchés.

Mais ‘irfān ne signifie pas être tout simplement au courant que Dieu est miséricordieux, gracieux ou compatissant. Tout musulman en est d’ailleurs au courant. Si tel était le sens de l’irfān on n’en aura pas besoin davantage : il suffirait de connaître quelques attributs divins mentionnés dans le Coran et les hadiths pour se proclamer ‘ārif-bil-lāh[3]. Or, il n’en est pas ainsi. Tout le monde accepte Dieu comme Rab[4], Rahīm[5], Karīm[6], Hafīz[7] ou Muhaymin[8], sans pour autant mériter le titre d’ārif-bil-lāh. Connaître des attributs de Dieu ne fait pas de soi un gnostique. L’ārif-bil-lāh reconnaît Dieu en témoignant des qualités qu’Il possède et qui sont absentes chez autrui. À titre d’exemple, si l’on décrit les traits de Zayd, ses habitudes, ses qualités, sa taille ou sa manière de s’habiller et qu’on aperçoit un individu possédant ces mêmes caractéristiques, l’on reconnaîtra qu’il s’agit bel et bien de Zayd. En somme, ‘irfān-i-ilāhī signifie reconnaître Celui possédant les attributs divins après avoir eu connaissance de ces derniers. À titre d’exemple, on ne se contente pas de savoir que Dieu possède l’attribut de Muh[9] : on constate que c’est bel et bien Lui qui donne la vie. Ainsi ‘irfān signifie discerner chez autrui les attributs qu’on a entendus et déduire qu’Il en est le détenteur.

Malheureusement, beaucoup ignorent le sens de l’irfān. Ils récitent quelques formules entendues çà et là pour ensuite se lamenter qu’ils ne l’ont pas acquise. Un sondage révélera que 99 % d’entre eux en sont complètement ignorants. Ils ressemblent à celui qui cherche, en pleine obscurité, un objet à propos duquel il n’avait entendu que le nom et dont il ignore tout. Même s’il tombe dessus, il ne le reconnaîtra pas : il le jettera pour poursuivre ses vaines recherches !

À titre d’exemple, si untel souhaite rencontrer Zayd, mais qu’il ignore son lieu de résidence, sa physionomie ou ses habitudes, il ne le reconnaîtra jamais même s’il le croise dans la rue. Celui qui ignore ce qu’est l’irfān-i-ilāhī ne mérite même pas, en premier lieu, de l’acquérir et de rencontrer Dieu. Et si, par hasard, il découvre quelque attribut divin, comment pourra-t-il savoir qu’il Lui appartient ? Il passera devant la personne de Dieu sans Le reconnaître !

Ceux en quête de l’irfān-i-ilāhī, sans connaissance aucune et sans saisir sa réalité ressemblent au passant ayant entendu des vers de poésie d’un amoureux vantant la beauté de sa bien-aimée : elle est si charmante, disait-il, que le monde entier s’est épris d’elle. « Et pourquoi pas moi ? » se dit le passant. Il se proclama lui aussi « l’amoureux » de la belle, la louant dans ses poésies, se lamentant de leur « séparation » ! Notre « passant amoureux » enseignait dans une école. Un jour son ami tenta de le rencontrer mais ses collègues l’informèrent qu’il ne travaillait plus depuis un certain temps. L’ami se rendit chez « l’amoureux » et demanda à sa domestique d’annoncer sa visite. Cette dernière expliqua que son maître ne recevait personne en raison d’un terrible drame personnel. Le visiteur insista : si son ami refuse de le rencontrer, il s’en ira. L’enseignant l’invita finalement dans sa chambre : constatant qu’il était tout émacié et faible, le visiteur lui en demanda la raison.

« Il y a eu un grand malheur, répondit l’enseignant.

– Quelqu’un est mort dans la famille ? demanda son ami.

– C’est la vie ! On perd tous un proche tôt ou tard ! Ma bien-aimée est morte ! se lamenta l’amoureux.

– Qui était-elle et où habitait-elle ? Comment s’appelait-elle ? demanda l’autre.

– J’ignore son nom ! J’ignore où elle habite ou sa physionomie !

– Si tu ignores tout d’elle comment peux-tu l’aimer ?

– J’étais un jour dans la mosquée quand j’ai entendu quelqu’un réciter des vers disant que le monde entier l’aimait. En l’écoutant je suis aussi tombé amoureux d’elle ! Plus tard j’ai entendu un autre réciter le vers disant que la mère d’Oumar partait quelque part sur un âne. Or ni elle, ni l’âne ne sont retournés ! Elle était tout de même ma bien-aimée ! N’étant pas revenue elle est sûrement morte ! Sinon pourquoi aurait-elle tardé ? Comment ne pas s’affliger après pareille tragédie ? »

Le visiteur se retira, exprimant son chagrin – en apparence pour la perte subie par son ami – mais en réalité sur ses piètres facultés mentales !

Ainsi, il existe en ce monde des gens regrettant de ne pouvoir rencontrer Dieu tout en ignorant à quoi Il ressemble ! Irfān-i-ilāhī signifie « reconnaître Dieu ». Mais cela ne se limite pas à connaître Ses attributs, car le Coran et les hadiths les mentionnent et les définissent d’ores et déjà. Il s’agit d’être en intimité avec Dieu. Jusqu’à présent personne n’a connu l’essence de Sa personne ou ne la connaîtra. Il en ressort qu’irfān signifie connaître Celui qui possède les attributs divins qu’il a entendus. Les pages suivantes présenteront la méthode pour acquérir cette gnose, connue aussi sous d’autres appellations.


[1] Un membre de l’assistance envoya en cet instant une note demandant au Calife d’expliquer le sens de la ma‘rifat-i-ilāhī ou de l’irfān-i-ilāhī. Feu le deuxième Calife commenta : « Notre ami doit comprendre qu’un sujet n’est pas complet tant qu’on ne l’a pas décrit. Étant donné que j’ai pris la parole pour traiter le sujet de l’irfān-i-ilāhī je dois d’abord la définir avant d’entrer dans les détails. Vous saisirez le sens de la ma‘rifat-i-ilāhī au fil du discours. »

[2]  علم : connaissance

[3] Gnostique ou personne possédant l’irfān

[4] Seigneur

[5] Le Gracieux

[6] Le Bienveillant

[7] Le Protecteur

[8] Le Protecteur

[9] Celui qui accorde la vie

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