Femme Section féminine

Hijab, mon expression – Partie 2

Des femmes musulmanes à travers le monde partagent ce que le hijab représente pour elles.
La section féminine – La Revue des Religions

Dans la première partie, des femmes musulmanes de divers horizons partageaient leurs expériences personnelles et la profonde signification qu’elles attribuent au port du hijab, en mettant en lumière la liberté, la spiritualité et l’identité qui animent ce choix.

Cette deuxième partie poursuit cette démarche en approfondissant ces parcours, en donnant la parole à d’autres voix et en enrichissant la réflexion autour du hijab.

Shabneez Khodabux, comptable – Luxembourg, Luxembourg

« Âgée de trente-trois ans, je suis comptable et je porte le hijab depuis 2016. Partie travailler au Luxembourg en 2022, j’ai constaté une différence notable par rapport à mon expérience à l’île Maurice : alors que je n’y avais subi aucune discrimination, mon parcours professionnel au Luxembourg s’est révélé plus contrasté. Certaines entreprises ont rejeté ma candidature en raison du port du voile, tandis que d’autres m’ont accueillie sans réserve. Avec le soutien de ma sœur, je suis demeurée ferme dans ma pratique. Pour moi, le hijab constitue une protection qui inspire le respect et préserve des familiarités. Mon parcours illustre comment, avec conviction et foi, vie professionnelle et valeurs spirituelles peuvent s’harmoniser, même dans un contexte culturel diversifié. »

Tania Saeed, étudiante – Amsterdam, Pays-Bas 

« Vivant en Occident, où l’accent est souvent mis sur un monde matériel en perpétuelle évolution, porter le hijab peut donner le sentiment d’être différente. Avec les années, il est devenu ma seconde peau ; j’en oublie souvent la présence. Pourtant, dans une salle bondée, il m’arrive de ressentir un léger changement d’atmosphère, cette prise de conscience d’être visiblement différente. Ce moment ne m’affaiblit pas ; il me définit. Nous savons que la fierté est un péché, mais s’il fallait évoquer un sentiment qui s’en rapproche tout en étant exempt de toute négativité, cette expérience en serait une belle illustration. »

Aïcha Guiré, enseignante – Bobo-Dioulasso, Burkina Faso

« Porter le hijab dans le milieu professionnel n’est pas toujours une mince affaire, car il arrive de se heurter à certaines contraintes. Pourtant, il faut reconnaître que le hijab constitue une part essentielle de l’identité de la femme musulmane. Lorsqu’il devient un choix assumé et un mode de vie, il impose naturellement le respect qui lui est dû. À travers le hijab, j’exprime, d’une part, mon appartenance religieuse et, d’autre part, je pose des limites claires à ne pas franchir. Ce choix vestimentaire amène les autres à me prendre au sérieux et à éviter toute forme de familiarité déplacée. Il m’est arrivé d’entendre, lors de certaines prises de décision : “Ah, les Adjas (groupe ethnique d’Afrique de l’Ouest, plus précisément originaire du Togo et du Bénin), n’aimeraient pas ça, je sais que les Adjas ne voudraient pas être là-bas”, sans même que j’aie exprimé mon avis. Les tentatives de dénigrement existent, mais il faut rester inébranlable. On ne change pas ses principes pour plaire aux autres ; on amène plutôt les autres à nous accepter avec nos principes, tout en les respectant. Un jour, un homme m’a dit : “Tu vas donner cours aux enfants habillées comme ça tout le temps ? Ce que tu as sur la tête, c’est toujours la même couleur ? Tu vas sûrement favoriser les élèves qui s’habillent comme toi.” C’était une manière de dénigrer mon apparence, mais malgré cela, je continue de m’habiller ainsi. Il faut simplement garder à l’esprit que le hijab est une forme d’adoration et d’obéissance à un précepte divin. Rien ni personne ne pourra me détourner de cette conviction. »

Emma Hôsli, étudiante en médecine – Paris, France

« Pour moi, le hijab est avant tout un rappel constant de mes valeurs. Il m’aide à rester alignée avec ce que je souhaite être, notamment dans le cadre de la vie étudiante, souvent rythmée, pour d’autres, par les fêtes et les excès. Il possède également une dimension protectrice, m’évitant naturellement de m’exposer à certains lieux ou situations qui ne me correspondent pas. Dans un environnement où la pression sociale peut être forte, le hijab me permet de poser des limites claires, sans avoir à me justifier. Loin d’être une contrainte, il constitue un cadre que j’ai librement choisi et qui m’aide à avancer avec davantage de sérénité et de cohérence. »

Rabia Ramchurrun Toraubally, traductrice agréée – Brossard, Canada

« Mauricienne vivant au Canada depuis dix ans, je porte en moi plusieurs horizons. Entre héritage culturel, foi et société d’accueil, mon identité s’est construite à la rencontre de ces mondes. Cette réflexion prend aujourd’hui un sens particulier à travers une conversation avec ma fille de treize ans. Elle ne porte pas encore le hijab, mais elle m’a confié qu’elle souhaite le porter un jour. Une pensée qui mûrit doucement, à son rythme. Comme mère, mon rôle n’est pas de précipiter ce choix, mais de l’accompagner avec écoute et bienveillance. Au Québec, la loi 21 fait déjà partie de nos échanges. Elle lui rappelle que, plus tard, un symbole religieux pourrait devenir un obstacle professionnel, non pas en raison de ses compétences, mais à cause de ses convictions. C’est une réalité lourde à expliquer à une enfant qui apprend encore à se définir. Je pense à toutes ces femmes et jeunes filles à travers le monde : celles qui portent le hijab, celles qui envisagent de le porter un jour et celles qui ont choisi de ne pas le faire. Le respect de leurs choix, sans pression ni exclusion, est essentiel. Le hijab, au-delà des débats, parle avant tout de liberté : celle de croire, de choisir et d’exister pleinement. »

Aminata Touré, infirmière en pédopsychiatrie et Sadr Lajna France – Roissy-en-Brie, France

« Infirmière en pédopsychiatrie depuis plus de vingt ans dans un hôpital public, je porte le hijab par amour pour Allah. Ce choix intime nourrit ma foi et accompagne mon engagement de soignante. Dans mon service, je suis respectée par mes collègues et par la hiérarchie, et je n’ai jamais été inquiétée. Consciente que le voile est un sujet sensible, j’ai choisi de rester plusieurs années dans le même service afin de le préserver. Un cadre m’a un jour dit : “Vous êtes tellement une belle personne que votre voile ne se voit pas”, soulignant ainsi que mes valeurs humaines et professionnelles priment avant tout. Le hijab fait pleinement partie de mon chemin spirituel. »

Daniya Choudry, enseignante – Turnhout, Belgique

« J’ai toujours vécu dans une petite ville en Belgique et j’ai fréquenté une école catholique où le port du voile était interdit. Lorsque j’ai commencé l’enseignement secondaire, j’ai été confrontée à une hostilité croissante à la suite des attentats de Bruxelles. À l’âge de douze ans, j’ai été victime, le même jour, d’agressions verbales et physiques alors que je me rendais seule à l’école. J’ai alors décidé de retirer mon foulard, espérant que les gens me traiteraient mieux. Ce ne fut pas le cas. Les regards étaient toujours présents, simplement différents, et je me sentais encore plus mal. Un an plus tard, j’ai changé d’école. Dans ce nouvel environnement, j’ai recommencé à porter le foulard et je n’ai rencontré aucun problème durant le reste de mes études secondaires. J’ai alors compris que le problème ne venait ni de moi ni de mon foulard, mais bien de l’environnement. Une situation similaire s’est reproduite durant ma formation d’enseignante. Après plusieurs réunions et la signature de mon contrat, un mois avant le début du stage, le directeur de l’école m’a appelée la veille de mon premier jour de travail pour me demander si je pouvais retirer mon voile. Je savais que j’étais en mesure d’enseigner tout en le portant. J’étais prête à changer d’école si nécessaire, mais grâce au soutien de mon université, l’établissement a respecté l’accord et m’a permis d’effectuer mon stage avec mon voile. Avec le temps, j’ai constaté que les écoles plus diversifiées offraient une plus grande ouverture que celles qui le sont moins. Malheureusement, dans la plupart des cas, une intervention de mon université était nécessaire pour que je puisse enseigner en portant mon voile. Je suis heureuse d’avoir persévéré. Mon choix donne de l’espoir aux jeunes filles musulmanes, leur permettant de s’identifier et de se sentir représentées, d’autant plus qu’elles passent une grande partie de leur temps à l’école et manquent souvent de repères ou de personnes à qui se confier. »

Khadija R. Taujoo, étudiante – Quatre Bornes, Île Maurice 

« Depuis mon enfance, j’ai été témoin de ma mère et de ma grand-mère adoptant une tenue modeste, un exemple qui m’a profondément marquée. Le jour où j’ai choisi, pour la première fois, d’adopter une tenue modeste, lors d’une rencontre virtuelle avec notre bien-aimé Calife (a.b.a.), ce choix est venu entièrement de mon cœur ; personne ne me l’avait imposé. Je prie afin que chaque fille puisse apprendre à valoriser son corps et à comprendre la beauté de la modestie. Aujourd’hui, la modestie est pour moi un bouclier, une source de réconfort et de sérénité. »

Inès Gamha, comptable – Île-de-France, France

« En master, je cherchais une alternance dans laquelle je pourrais conserver mon voile et accomplir mes prières. Je n’avais que des refus. J’ai alors décidé de retirer mon voile pour un entretien. Finalement, la responsable de l’entreprise portait elle-même le voile. J’ai eu honte d’avoir désespéré. J’ai été acceptée, je pouvais porter le voile et un espace était prévu pour la prière. Après le master, j’ai continué à me présenter aux entretiens en gardant mon voile. Après de nombreux échecs, Allah m’a permis de travailler à un kilomètre de chez moi, tout en portant le hijab. C’est dans cette entreprise que j’ai découvert l’Islam Ahmadiyya et que j’ai ensuite pu faire la Bai’ah (serment d’allégeance à la communauté musulmane Ahmadiyya). Allah avait pour moi un plan bien meilleur que tout ce que j’aurais pu imaginer. En tant que femmes voilées, nous rencontrons en France de nombreux obstacles et jugements. Mais grâce aux prières et en plaçant notre confiance en Allah, tout devient possible. »

Amtul Qayyum Muzaffar, Sadr Lajna Pays-Bas et femme au foyer – Nunspeet, Pays-Bas

« J’ai travaillé quelques mois avant de me marier et je n’ai rencontré aucun problème ; j’ai toujours été traitée avec respect. Je porte le hijab en toute conscience et je vis dans un village où les habitants se montrent bienveillants et tolérants. En été, on me demande souvent si le hijab ne tient pas trop chaud. Je réponds simplement que c’est ainsi que je m’habille toute l’année et que je ressens davantage la chaleur lorsque je ne le porte pas. »

Barry Aïssatou, couturière – Ouagadougou, Burkina Faso

« Dans le passé, j’ai travaillé comme pompiste dans une station-service en Côte d’Ivoire, où le port du voile était strictement interdit. J’étais donc contrainte de porter de petits bonnets pour couvrir ma tête. Malgré cela, mon employeur se montrait réticent et a fini par me l’interdire également, affirmant que le voile n’était pas de mon âge et que j’étais trop jeune. Avec le temps, il a finalement accepté, car je continuais à porter mes bonnets. Aujourd’hui, Alhamdoulillah, je porte mon voile avec fierté et j’encourage toutes les femmes et les jeunes filles musulmanes à en faire de même, car le voile valorise la femme. »

Zineb Haimou – Bruxelles, Belgique

« La période durant laquelle j’ai commencé à réfléchir au port du voile correspond à un moment de ma vie où je me rendais tous les dimanches à la mosquée. J’y suivais des cours dispensés par une femme prénommée Ghizlaine. Elle nous parlait souvent du hijab, mais à cette époque, son discours n’était pas vraiment en accord avec la vie que je menais. J’avais alors entre seize et dix-sept ans, et mon mode de vie était, entre guillemets, très européen. En semaine, je vivais comme une adolescente ordinaire, sans réellement me projeter dans cette démarche spirituelle. Le dimanche, en revanche, j’allais à la mosquée, je portais le voile et des vêtements longs. Peu à peu, ce décalage a fait naître en moi un profond malaise. J’avais le sentiment de vivre dans une contradiction permanente, comme si je menais deux vies distinctes, et cela me donnait l’impression d’être hypocrite. À force de fréquenter davantage la mosquée, d’apprendre à lire le Saint Coran et l’arabe, et d’entendre régulièrement les paroles de cette femme au sujet du hijab, une prise de conscience s’est imposée à moi. Je me suis alors dit que je ne pouvais plus rester dans cet entre-deux. Pour moi, il n’existe qu’un seul chemin, et il faut l’emprunter pleinement. J’ai ressenti le besoin de changer entièrement de mode de vie, de m’engager sincèrement et totalement. Le hijab est devenu, pour moi, la concrétisation visible de ce changement : le symbole du passage d’un engagement partiel à un engagement à cent pour cent. C’est ainsi que j’ai décidé de porter le voile, en grande partie grâce aux enseignements de Ghizlaine, mais aussi et surtout par ma propre volonté de transformer ma vie de manière positive et cohérente. »

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