La section féminine – La Revue des Religions
Dans la première partie et deuxième partie, des femmes musulmanes de divers horizons partageaient leurs expériences personnelles et la profonde signification qu’elles attribuent au port du hijab, en mettant en lumière la liberté, la spiritualité et l’identité qui animent ce choix.
Cette troisième partie poursuit cette démarche en approfondissant ces parcours, en donnant la parole à d’autres voix et en enrichissant la réflexion autour du hijab.
Samroze Rahman Sheikh, étudiante – Malmö, Suède
« J’ai choisi de porter le hijab dès l’âge de treize ans, un choix que certains peuvent juger prématuré. Pourtant, pour moi, le hijab est bien plus qu’un simple morceau de tissu. Il représente une guidance spirituelle et une affirmation de mon identité. Il me rapproche de Dieu tout en m’enseignant que la valeur d’une femme ne réside pas dans son apparence, mais dans ses paroles, ses actions et son esprit. En détournant le regard porté uniquement sur le physique, le hijab invite à m’écouter et à me comprendre. Symbole de modestie, de résilience, de courage et de liberté, il me permet d’être reconnue pour ce que je suis réellement. »
Lubna Laiqa, femme au foyer – Schiedam, Pays-Bas
« En France, la plupart des personnes ont une perception négative de l’Islam en général. Ma mère a eu beaucoup de mal à accepter ma conversion, et pour elle, le hijab représente une forme de soumission. Pour moi, au contraire, le hijab est une source de paix et de réconfort. Il me permet de vivre pleinement ma foi, en toute liberté. Ce choix n’est pas toujours bien accepté, notamment au sein de ma famille, mais il est généralement respecté et toléré par la société aux Pays-Bas. »
Tahira Robina Joemmanbaks, assistante exécutive – La Haye, Pays-Bas
« Je suis née au Suriname, un petit pays d’Amérique du Sud, également connu sous le nom de Guyane néerlandaise. J’ai grandi dans une société multiculturelle où le hijab n’était pas pratiqué. Lorsque mes parents ont immigré aux Pays-Bas en 1966, j’ai découvert une société occidentale dans laquelle l’Islam était largement méconnu et où le hijab était pratiquement invisible. J’ai ainsi grandi dans des environnements où le hijab n’était pas une pratique courante. À l’âge de vingt-cinq ans, j’ai commencé à comprendre la valeur et l’importance profonde du hijab. Il ne s’agit pas simplement d’un morceau de tissu destiné à couvrir la tête et le corps. C’est bien plus que cela : il guide le comportement, les relations et les émotions. L’un des éléments fondamentaux du hijab repose sur le mot arabe « haya », qui signifie pudeur. Pour moi, il s’agit d’un aspect de mon mode de vie que j’apprécie profondément et que je recommande sincèrement. C’est une clé des valeurs morales qui rapproche d’Allah et permet de rechercher Son agrément. »
Barry Oumou, agente administrative et Sadr Lajna Burkina Faso – Ouagadougou, Burkina Faso
« Pour moi, le port du hijab constitue la première étape permettant à une femme de préserver sa chasteté et de se faire respecter dans la société actuelle. D’après mon expérience personnelle, je n’ai jamais été réprimandée à cause de mon voile ; au contraire, je recevais souvent des compliments. Depuis mon plus jeune âge, j’ai nourri un amour profond pour le voile. Je me souviens que mon père, paix à son âme, me prenait en exemple au sein de la famille, tandis que mes sœurs me taquinaient à ce sujet, car je pouvais porter mon voile toute la journée. Même pour les ablutions, je m’isolais dans un coin afin que l’on ne voie pas ma tête. Je dormais avec mon voile et je me réveillais avec. Mes sœurs m’appelaient même “la mère”. Une petite anecdote illustre bien cela : un jour, alors que j’avais retiré mon voile pour mieux l’attacher, une voisine qui observait la scène s’est exclamée : “Venez voir les cheveux d’Oumou !”, provoquant les rires de tout le monde ce jour-là. Cette expérience montre à quel point le hijab représente pour moi un cheminement profondément spirituel. Il m’a permis de conserver un amour sincère pour mon voile. J’en possède de toutes les couleurs, je les repasse avec soin et je les range soigneusement. Le hijab m’a également rendue plus forte sur les plans moral et spirituel. Grâce au hijab, les gens me prennent souvent pour exemple, tout comme mon entourage et mes enfants, et cela constitue aujourd’hui ma plus grande fierté. C’est dans cet esprit que nous nous efforçons, de toutes nos forces, de sensibiliser nos sœurs ahmadies et non ahmadies à l’importance capitale du port du voile, à travers nos différentes actions. »
Démou Dramé, assistante de direction – Aulnay-sous-Bois, France
« Je suis française d’origine sénégalaise et je porte le voile depuis près de douze ans. À l’époque, j’étais sans emploi. Ma première expérience professionnelle après avoir commencé à porter le voile a été auprès d’enfants en situation de handicap, au sein d’une association juive, où mon hijab a été pleinement respecté. Plus tard, lors de ma reprise d’études au GRETA, des formations post-baccalauréat pour adultes, situé au sein d’un établissement public parisien, la responsable s’est battue pour que nous puissions conserver un turban « à l’africaine ». Mon entreprise d’alternance l’acceptait également sous cette forme. Je considère qu’Allah m’a toujours protégée, même dans la France d’aujourd’hui. Alhamdoulillah. »
Tehmeena Rajput, mère au foyer – Montréal, Canada
« Je vis à Montréal, où j’ai grandi. Je porte le hijab depuis quinze ans maintenant, et il inspire souvent le respect, ainsi qu’une certaine retenue et politesse, chez les personnes qui m’entourent. Le hijab m’a appris à être confiante, même en étant perçue comme différente. Il m’a offert un fort sentiment d’identité et d’appartenance à quelque chose de plus grand que moi. Le porter de manière aussi visible m’a également enseigné le courage et la fermeté face aux opinions contraires. Les lois récentes restreignant le port des signes religieux dans la fonction publique sont décourageantes, en particulier en tant que mère élevant mes filles. Pourtant, nous demeurons optimistes, nous prions et nous nous efforçons de montrer, autour de nous, la beauté et la profondeur du hijab. »
Ikram Haimou – Bruxelles, Belgique
« J’ai commencé à porter le foulard lorsque j’étais enceinte. À ce moment-là, j’ai ressenti que c’était le bon moment pour moi. Cette période marquait une étape essentielle de ma vie, faite de réflexion, de transformation et de rapprochement avec ma foi. Le port du hijab s’est imposé naturellement, par conviction personnelle et sans aucune contrainte. C’était un choix du cœur, mûri avec sincérité, parce que je me sentais prête. »
Diénéba Dramé, surveillante et répartitrice du transport scolaire – Brossard, Canada
« J’ai vécu le port du voile différemment selon les pays. En France, dans mon ancien travail, je n’avais pas le droit de le porter. Chaque matin, je devais l’enlever en entrant, comme si une partie de moi restait à la porte. Un jour, un collègue beaucoup plus âgé m’a dit : “C’est drôle, à chaque fois que je te vois, je te vois avec un voile sur la tête.” Cette remarque m’a profondément touchée. Malgré la contrainte, il me percevait dans mon entièreté. Aujourd’hui, au Canada, je travaille librement avec mon voile. Ici, il n’a jamais été un problème, mais simplement une évidence. »
Habeeba Hajrah Jeeawody, officière de l’État de Maurice – Triolet, Île Maurice
« Le hijab fait partie intégrante de ma vie et de mon identité. Dès mon enfance, ma mère nous a transmis le sens de la dignité, l’importance de cette injonction coranique et la fierté de notre identité islamique, notamment durant nos années scolaires. Dans le cadre professionnel, je me sens pleinement respectée par mes collègues, qui valorisent mes convictions religieuses sans moquerie ni préjugé. Le hijab est pour moi un choix assumé, source d’équilibre, de sérénité et de confiance. Il m’a permis de grandir, de m’affirmer et de m’épanouir durablement sur les plans personnel, spirituel et professionnel. »
Gharaza Nasir, étudiante en médecine – Ouagadougou, Burkina Faso
« En classe de terminale, j’ai intégré une école de sœurs réputée pour son excellence. Dès le premier jour, à ma grande surprise, un enseignant m’a demandé de retirer mon voile. J’ai ressenti une profonde injustice, car pour moi, le hijab représente à la fois ma foi et ma dignité. Soutenue par mon père, j’ai pris la décision de quitter cette école et de poursuivre mes études dans un établissement public, où je pouvais rester fidèle à mes convictions. Par la grâce d’Allah, malgré la période de la COVID-19, j’ai obtenu mon baccalauréat avec des résultats nettement supérieurs à ceux de mes anciennes camarades, ce qui m’a permis d’intégrer la faculté de médecine. Aujourd’hui encore, je referais le même choix sans la moindre hésitation. »
Muqsita Daouda, doctorante et chercheuse universitaire en technologie alimentaire – Cotonou, Bénin
« Au cours de mon cursus universitaire, l’un de mes enseignants m’a renvoyée de la salle de classe à cause de mon voile, allant jusqu’à me traiter de Boko Haram (un groupe terroriste extrémiste), sous prétexte que je pourrais cacher une arme sous mon hijab. Sur le moment, j’ai ressenti de la tristesse et de la honte, et je me suis sentie différente. Malgré cet événement profondément blessant, je continue aujourd’hui de porter mon voile. Il ne m’a jamais empêchée de progresser ni de gravir les échelons de mon parcours académique. »
Batouli Madi, infirmière en soins de suite cancérologie – Sarcelles, France
« Je suis infirmière depuis dix-sept ans. Il faut savoir qu’en France, le port du voile, ou de tout couvre-chef, est interdit dans les hôpitaux publics pour l’ensemble du personnel. Lors des entretiens, on m’indiquait donc que je devais retirer mon voile, et certains collègues se montraient parfois surpris de me voir en tenue civile. De ces situations naissaient parfois des discussions spirituelles, mais aussi, à l’occasion, des critiques. Cela fait désormais plus de dix ans que je travaille dans le secteur privé, où je peux me couvrir la tête au travail. Cela n’a jamais été un frein à mon évolution professionnelle, bien au contraire. Le fait de travailler avec un foulard instaure une forme de respect entre moi et les hommes. Pour ma part, le hijab me permet d’être en accord avec mes convictions et constitue un rappel constant de qui je suis et de ce que je représente. »
CONCLUSION
À la lecture de ces témoignages, un fait apparaît clairement : les femmes musulmanes, aujourd’hui comme à travers l’histoire, ont bâti des héritages d’une puissance remarquable. Leur engagement dans la société ne s’est pas affirmé en dépit de leur choix de se couvrir, mais bien grâce aux valeurs islamiques qui les ont affranchies de la pression du regard extérieur, leur permettant de se consacrer à l’essentiel : agir, transmettre et transformer durablement la perception du monde.
Le hijab est comme l’huître, discrète et protectrice, qui préserve en son sein ce qu’elle abrite de plus précieux. Il ne dissimule pas la valeur, il la protège. Et vous en êtes la perle : précieuse par votre foi, protégée par votre pudeur, appelée à rayonner par votre dignité et votre engagement, partout où vous êtes.
Sa Sainteté, Mirza Masroor Ahmad (a.b.a.), cinquième Calife de la communauté musulmane Ahmadiyya a rappelé lors d’un discours: « Vous devez ouvertement proclamer la fierté que vous éprouvez pour votre tenue modeste, pour votre hijab et pour le fait de maintenir une certaine distance avec les hommes. Vous devez affirmer sans réserve qu’il s’agit là des protections essentielles qu’Allah le Tout-Puissant a instituées afin de préserver les femmes. Ainsi, loin d’être une contrainte, le hijab constitue en réalité un droit fondamental et une protection suprême accordés aux femmes musulmanes. »
Sa Sainteté (a.b.a.) a conclu avec une prière « Je prie pour que vous soyez des étoiles brillantes, laissant derrière vous une trace spirituelle que d’autres pourront suivre et dont elles pourront s’inspirer. »
Ces témoignages sont comme des étoiles brillantes, destinées à rayonner et à inspirer des femmes à travers le monde, aujourd’hui et pour les années à venir. Insha’Allah!










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