Le 26 juin 1945, des représentants de 50 nations signaient la Charte des Nations Unies à San Francisco, aux États-Unis, marquant un moment historique majeur. Le lendemain, le journal San Diego Union décrivait cet événement comme « un instrument pour empêcher que le monde futur soit en guerre. »[1] Pourtant, 79 ans plus tard, la Troisième Guerre mondiale semble presque inévitable.
La Charte des Nations Unies visait à surpasser la Société des Nations, fondée le 10 janvier 1920,[2] deux ans après la Première Guerre mondiale. Les dirigeants de l’époque la considéraient comme la solution ultime pour prévenir des conflits.
L’échec de la Société des Nations
Le New York Times de 1918 rapporte les propos du président américain Woodrow Wilson, affirmant
qu’« une paix durable n’est possible qu’au sein d’une Société des Nations. » Cependant, cette « paix durable » s’est effondrée au bout de 19 ans, lorsque le monde a sombré dans la Seconde Guerre mondiale. L’un des échecs majeurs de la Société des Nations réside dans l’absence d’adhésion d’une puissance clé : les États-Unis.
Bien que Wilson ait soutenu la Société des Nations, de nombreux Américains étaient réticents à s’impliquer dans de nouvelles « guerres européennes » susceptibles d’épuiser leurs ressources et de compromettre la défense des intérêts nationaux.[3] Privée de la puissance militaire des États-Unis, la Société des Nations manquait de force et se révélait incapable de faire appliquer ses décisions, d’autant qu’elle ne disposait pas de sa propre armée.[4]
Alors que la Société des Nations a échoué en l’absence des États-Unis, l’ONU semble échouer aujourd’hui malgré leur participation, en grande partie à cause de l’effet paralysant du droit de veto. Ce privilège, détenu par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie et la Chine), transforme l’ONU en un champ de bras de fer, chaque nation tirant l’organisation dans une direction différente. Aucun conflit ne peut être résolu, car chaque puissance privilégie les intérêts de ses alliés.
Prenons l’exemple de la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, toute résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies visant à sanctionner la Russie ou à freiner son expansion territoriale a été bloquée par le veto russe.[5] De même, les États-Unis utilisent régulièrement leur droit de veto pour empêcher l’adoption de résolutions critiquant Israël.
Depuis la création de l’ONU en 1945, les États-Unis ont opposé leur veto à 93 résolutions du Conseil de sécurité (jusqu’au 2 février 2026), dont 58 concernaient Israël. Parmi celles-ci, 50 portaient spécifiquement sur l’occupation des territoires palestiniens ou le traitement du peuple palestinien. Toutefois, sans la clause du « veto », il est probable que les États-Unis n’auraient jamais rejoint l’ONU.
Richard Gowan, directeur de l’ONU pour l’International Crisis Group, déclare : « Offrir à ces pays la possibilité de se prémunir contre les résolutions du Conseil de sécurité était le seul moyen pour le Président Franklin D. Roosevelt de convaincre [le Congrès] de rejoindre l’ONU. »[6]
Les conflits demeurent
Une autre raison de l’échec de la Société des Nations était son incapacité à empêcher ses membres d’envahir d’autres pays. En 1931, le Japon a occupé la Mandchourie (une région de Chine) ; l’Italie a envahi l’Abyssinie (l’Éthiopie actuelle) en 1935 ; en 1936, les troupes allemandes ont occupé la Rhénanie, une zone démilitarisée selon le traité de Versailles. La Société des Nations a condamné les actions des agresseurs et, dans le cas de l’Italie, imposé des sanctions demeurées inefficaces. Par exemple, elle a restreint le commerce des armes et appliqué quelques sanctions commerciales, mais elle n’a pas touché au pétrole ni au charbon. Ces mesures auraient été inefficaces sans le soutien des États-Unis.[7]
Deux ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la situation reste inchangée. Malgré 16 500 sanctions imposées par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne,[8] les Nations Unies demeurent totalement incapables de mettre fin à la guerre.
Selon un rapport d’Amnesty International, Israël occupe la Cisjordanie et Gaza depuis plus de 50 ans,[9] des territoires qui ne faisaient pas partie de ses frontières originales établies lorsque les Nations Unies a adopté la résolution 181 le 29 novembre 1947.[10] L’ONU ne peut donc même pas faire respecter les frontières votées par son Assemblée générale. Plus de 70 ans après, le conflit n’a fait qu’empirer, le nombre de morts augmentant au quotidien. Et qui peut oublier l’invasion conjointe de l’Irak par les États-Unis et le Royaume-Uni en 2003, qualifiée d’illégale par le secrétaire général des Nations Unies de l’époque, Kofi Annan[11], ou l’invasion de l’Afghanistan par une coalition dirigée par les États-Unis après l’attaque contre les tours jumelles de New York le 11 septembre 2001 ?
En réponse à cette attaque, les Nations Unies ont adopté deux résolutions, 1368 et 1373, qui visaient à traiter « la menace à la paix et à la sécurité internationales causée par des actes terroristes. » Cependant, aucune de ces résolutions n’autorisait le recours à une action militaire.[12] Pourtant, l’ONU est restée passive et n’a pas pu empêcher une invasion.
António Guterres, actuel Secrétaire général, a à plusieurs reprises condamné les actions d’Israël pour avoir tué des civils à une « échelle sans précédent ».[13] Pourtant, à l’instar de son prédécesseur, ses déclarations semblent également tomber dans l’oreille d’un sourd.
Toutefois, il serait injuste de dire que les Nations Unies ont échoué sur tous les fronts. Des agences comme le Programme alimentaire mondial (PAM) ont joué un rôle essentiel dans les régions les plus vulnérables. En 2022, le PAM a apporté une aide à 160 millions de personnes à travers le monde.[14] Avant la récente guerre à Gaza, 80 % de la population dépendait de l’aide internationale fournie par des entités comme l’ONU pour survivre.[15]
Cependant, ces initiatives ne sont que de faibles lueurs dans un monde de plus en plus sombre, où l’ONU échoue à maintenir la paix internationale. Cela s’explique en partie par la violation d’une de ses valeurs fondamentales : « L’Organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres. »[16]
Deux poids deux mesures
En réalité, l’égalité entre les membres de l’ONU n’existe pas. Cinq des 198 États membres disposent d’un droit de veto leur permettant de bloquer toute résolution. Par ailleurs, lorsque certains États déploient des troupes dans d’autres pays, ces actions sont souvent justifiées au nom du « maintien de la paix » ou de la « lutte contre le terrorisme ». En revanche, lorsque d’autres États agissent de manière similaire, ils sont qualifiés d’agresseurs et soumis à des sanctions. Cette flagrante disparité est résumée par la célèbre réplique de George Orwell dans « La Ferme des animaux » : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ». Pour que l’ONU réussisse, deux réformes essentielles s’imposent : premièrement, supprimer le droit de veto et deuxièmement garantir qu’en cas de violation par un État membre – quelle que soit la nation concernée – la communauté internationale s’unisse, libre de tout intérêt particulier, pour mettre un terme à l’agression.
Ce deuxième point est crucial et a été magnifiquement mis en évidence dans le Saint Coran il y a 1 400 ans : « Et si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les. Et si l’un d’eux transgresse contre l’autre, combattez le groupe qui transgresse jusqu’à ce qu’il revienne à l’ordre d’Allah. Ensuite, s’il revient, réconciliez-les avec équité et agissez justement. En vérité, Allah aime les justes. »[17]
Bien que le verset mentionne « deux groupes de croyants », il propose en réalité un modèle directeur pour une organisation véritablement unie, capable de collaborer efficacement en vue d’instaurer la paix mondiale. Cette faiblesse structurelle de l’Organisation des Nations Unies a été mise en lumière dès 1948, seulement trois ans après leur création. Mirza Bashir-Ud-Din Mahmud Ahmadra, deuxième chef mondial de la communauté musulmane Ahmadiyya, a alors souligné plusieurs principes fondamentaux pour établir un ordre social fondé sur les enseignements du Saint Coran. Dans la foulée, il a déclaré : « L’Organisation des Nations Unies a adopté certains de ces principes [de maintien de l’ordre social] mais risque d’échouer dans sa mission en négligeant les autres. La Société des Nations a échoué parce qu’elle n’a pas appliqué le principe coranique selon lequel une nation agressive qui va à l’encontre d’une décision prise par une organisation collective doit être contrainte par la force à s’y soumettre. L’Organisation des Nations Unies ne semble pas veiller à ce que les puissances chargées de faire appliquer un règlement s’abstiennent de poursuivre leurs propres intérêts au détriment des nations vaincues. Elle ne s’assure pas non plus qu’elles se limitent à résoudre le différend initial à l’origine du conflit. On craint donc que l’Organisation des Nations Unies ne connaisse le même sort que la Société des Nations, car la paix ne peut être instaurée et maintenue que sur les principes énoncés dans le Coran. »
Ces paroles prophétiques ont été écrites à une époque où l’ONU était saluée comme un phare d’espoir pour prévenir les guerres futures. Pourtant, 79 ans après sa création, l’humanité se trouve au bord d’une nouvelle guerre mondiale, cette fois avec la menace des armes nucléaires, dont les conséquences seraient inimaginables.
À propos de l’auteur : Zafir Mahmood Malik est rédacteur adjoint de The Review of Religions. Il a obtenu son diplôme de la Jamia Ahmadiyya du Royaume-Uni. Il est également un imam de la communauté musulmane Ahmadiyya et apparaît régulièrement en tant que panéliste sur MTA International et la station de radio Voice of Islam pour répondre à des questions sur l’Islam.
[1] https://www.sandiegouniontribune.com/2020/06/26/united-nations-75th-anniversary/
[2] https://www.ungeneva.org/en/about/league-of-nations/overview#:~:text=The%20League%20of%20Nations%20officially,70%25%20of%20the%20world%E2%80%99s%20population.
[3] https://history.state.gov/milestones/1914-1920/league#:~:text=Motivated%20by%20Republican%20concerns%20that,opposition%20to%20joining%20the%20League.
[4] https://www.historyonthenet.com/why-did-the-league-of-nations-fail
[5] https://news.un.org/en/story/2022/09/1129102#:~:text=Russia%20on%20Friday%20vetoed%20a,be%20immediately%20and%20unconditionally%20reversed.
[6] https://globalaffairs.org/commentary-and-analysis/blogs/how-us-has-used-its-power-un-support-israel-decades
[7] https://www.nuffield.ox.ac.uk/economics/history/paper14/14paper.pdf
[8] https://www.bbc.co.uk/news/world-europe-60125659
[9] https://www.amnesty.org/en/latest/campaigns/2017/06/israel-occupation-50-years-of-dispossession/
[10] https://www.britannica.com/topic/United-Nations-Resolution-181
[11] https://www.theguardian.com/world/2004/sep/16/iraq.iraq
[12] https://www.e-ir.info/2013/11/06/was-the-nato-invasion-of-afghanistan-legal/
[13] https://www.reuters.com/world/middle-east/uns-guterres-condemns-israel-heartbreaking-killings-gaza-2024-01-21/#:~:text=UN%E2%80%99s%20Guterres%20condemns%20Israel%20for%20%E2%80%99heartbreaking%E2%80%99%20killings%20in%20Gaza,-By%20Elias%20Biryabarema&text=KAMPALA%2C%20Jan%2021%20(Reuters),statehood%20for%20the%20Palestinian%20people.
[14] https://www.wfp.org/who-we-are
[15] https://www.theguardian.com/world/2023/oct/25/un-report-80-per-cent-of-gaza-inhabitants-relied-on-international-aid-before-war
[16] https://www.un.org/en/about-us/un-charter/full-text#:~:text=The%20Organization%20is%20based%20on,accordance%20with%20the%20present%20Charter.
[17] Le Saint Coran, 49:10











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