Société

L’amour a-t-il besoin d’une date pour exister ?

Loin des roses et des vitrines, le véritable amour ne s’exhibe ni ne se mesure, il se révèle dans la constance, la sincérité et les attentions du quotidien.

À l’approche du 14 février, que ce soit à l’épicerie, à la pharmacie ou même dans un magasin à un dollar, une allée attire immanquablement le regard : une profusion d’objets en forme de cœur, déclinés dans des teintes rouges et roses, tandis que chocolats et peluches envahissent les étagères. Présentée comme une célébration universelle de l’amour, la Saint-Valentin apparaît pourtant, à y regarder de plus près, comme l’aboutissement d’un long processus historique, mais surtout commercial. Dès lors, la question ne consiste plus simplement à déterminer s’il convient ou non de la célébrer ; elle appelle une réflexion plus fondamentale : que célèbre-t-on réellement à travers cette journée ? Et l’amour, dans son sens le plus profond, a-t-il véritablement besoin d’une date pour être exprimé ?

Quand l’amour se mesure, s’exhibe et se compare

L’excès ne se cantonne plus aux allées des commerces ; il s’invite désormais dans les conversations : « Qu’as-tu reçu pour la Saint-Valentin ? » ou encore « As-tu prévu quelque chose pour la Saint-Valentin ? ». À l’ère des réseaux sociaux, où influenceurs et créateurs de contenu façonnent les normes et les attentes, la comparaison devient presque instantanée. Une simple rose ne semble plus suffire : il faudrait une bague en diamant, un sac de luxe, une voiture haut de gamme, un dîner dans un restaurant étoilé au guide Michelin, ou encore un voyage en classe affaires. Et, inévitablement, surgit la question emblématique de notre époque : le décor, la tenue et l’ambiance sont-ils réellement « instagrammables » ? Car, au fond, chacun le sait : tout cela relève avant tout de la mise en scène, au service du contenu… et de la promotion commerciale.

Les limites s’estompent peu à peu, au point que l’amour paraît désormais se mesurer à la valeur de ce qui est offert. Face à cette escalade de l’excès, de l’imitation et de la comparaison, l’islam apporte une réponse simple et intemporelle. Il rappelle que l’amour ne se quantifie pas et ne se compare pas. Il se vit dans l’équilibre, loin de toute démesure, car ce qui est véritablement précieux ne se chiffre pas et ne s’exhibe pas.

En mettant de côté l’histoire, les origines et la dimension essentiellement commerciale de cette journée, une question demeure : qu’est-ce que l’amour, au juste ?

L’amour ne se réduit ni à une date inscrite sur un calendrier ni à des gestes dictés par la pression sociale. Il ne se mesure ni au nombre de roses offertes ni à la taille d’une boîte de chocolats. Le véritable amour se manifeste plutôt dans la constance, le respect et l’attention sincère portée à l’autre, jour après jour. Aimer, c’est faire preuve de patience dans la fatigue, de bienveillance dans la fragilité et de loyauté, même lorsque nul regard n’est posé sur soi.

En ce sens, l’amour n’a nul besoin d’être célébré une fois l’an pour exister. Il s’exprime dans les attentions du quotidien, dans l’écoute, le soutien et les sacrifices silencieux. S’il devait être défini, l’amour le serait moins par ce que l’on offre un jour précis que par la manière dont on se comporte envers l’autre tout au long de la vie.

Une noble conception de l’amour

Dans la perspective islamique, l’amour constitue un sentiment éminemment noble, inscrit dans un cadre éthique fondé sur la sincérité et la responsabilité, et nullement conditionné par de simples démonstrations matérielles.

Le Saint Coran présente l’amour conjugal comme l’un des signes éclatants de la sagesse divine :
« Et un de Ses Signes est ceci, qu’Il a créé vos chères moitiés de votre propre espèce, afin qu’en elles vous puissiez trouver de la tranquillité d’esprit, et Il a mis entre vous de l’amour et de la tendresse. »[1]

Le Prophète Mohammad (s.a.w.) incarna cet amour à travers des gestes à la fois simples et constants : l’assistance au foyer, la douceur, le respect et l’attention délicate portée à autrui. Il enseigna d’ailleurs : « Le meilleur d’entre vous est celui qui est le meilleur envers son épouse. »[2]

Dans cette perspective, aimer ne se réduit nullement à l’offrande de présents en un jour déterminé de l’année ; cela implique d’alléger les fardeaux, de partager les responsabilités, d’écouter avec sollicitude, de soutenir avec constance et de devenir un appui ferme lorsque l’autre chancelle.

Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) veillait également à instaurer au sein de son foyer une atmosphère empreinte de douceur, de respect et de gaieté, plaisantant et riant avec ses épouses. Aïcha (r.a.) rapporte :
« J’accompagnai un jour le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) lors d’un voyage. En chemin, nous nous arrêtâmes et, dans une atmosphère joyeuse, nous fîmes une course que je remportai. Quelques années plus tard, après que j’eus pris du poids, le Saint Prophète (s.a.w.) courut de nouveau avec moi et me devança aisément. Il dit alors en souriant : “Voilà qui compense la victoire que je te devais.” »[3]

Le temps, la constance et l’affection sincère

Accorder à son conjoint et à ses enfants un temps véritablement qualitatif, empreint de respect et nourri par le souvenir d’Allah, constitue une richesse inestimable. C’est ainsi que les enfants apprennent, par l’exemple vivant, ce que signifie authentiquement aimer.

Le Messie Promis (a.s.), fervent disciple du Saint Prophète Mohammad (s.a.w.), manifestait envers son épouse, Sayyeda Nusrat Jahan Begum (r.a.), connue sous le nom d’Amma Jaan (r.a.), une affection profonde et une sollicitude constante. Mir Muhammad Ismail (r.a.), beau-frère du Messie Promis (a.s.), décrivait d’ailleurs leur union comme celle d’un couple « idéal »[4]. Cette affection se traduisait également par de délicates attentions quotidiennes. Sachant qu’elle appréciait l’huile de jasmin, le Messie Promis (a.s.) en faisait spécialement venir pour elle. Leur attachement réciproque était si profond qu’Amma Jaan (r.a.) confia un jour au Messie Promis (a.s.) qu’elle priait pour retourner vers Allah avant lui, afin de ne pas avoir à supporter la douleur de sa perte. Il lui répondit : « Je prie toujours pour que vous viviez après moi et que je vous laisse dans un état de paix. »[5]

Lorsqu’elle tombait malade, le Messie Promis (a.s.) veillait sur elle avec une tendresse et une attention toutes particulières. Il implorait Allah avec une telle ferveur que, à plusieurs reprises, Dieu le rassura par révélation quant à son rétablissement. Un jour, alors qu’Amma Jaan (r.a.) se sentait extrêmement affaiblie et que le Messie Promis (a.s.) demeurait à son chevet, elle s’écria : « Je sens que la fin de ma vie approche. » D’une voix empreinte de douceur, il répondit : « Que deviendrai-je après vous ? » De tels échanges, marqués par la tendresse et le réconfort, se renouvelèrent à maintes reprises.[6]

Voilà ce qu’est le véritable amour : un attachement qui élève, qui apaise et qui s’exprime à travers la prière, le respect et une présence sincère, bien au-delà des gestes dictés par une date inscrite au calendrier.

Quant à ceux et à celles qui ne sont pas encore mariés, l’Islam invite à la patience et à la supplication en vue d’obtenir des partenaires pieux, en confiant ce désir à Dieu. Le Saint Prophète Mohammad (s.a.w.) a enseigné qu’une femme est demandée en mariage pour quatre raisons : sa richesse, sa lignée, sa beauté et sa piété. Il a souligné que le choix devait se porter sur la piété.[7] Cet enseignement met en lumière l’importance primordiale que l’Islam accorde à la foi et à la noblesse du caractère dans le choix d’un compagnon ou d’une compagne de vie.

Et, en attendant de rencontrer votre chère moitié… autant savourer le chocolat en solde après le 14 février.


À propos de l’auteure : Saimah Manahel Sharif, passionnée de la biologie médicale, travaille comme technologiste médicale (T.M.) au laboratoire de microbiologie de l’hôpital de sa ville. Elle occupe également le rôle de coordinatrice régionale des réseaux sociaux pour la Lajna Ima’illah de Québec. En parallèle, elle est coordinatrice de la section féminine de La Revue des Religions.


[1] Le Saint Coran, 30 :22

[2] Sunan Ibn Majah, Hadith 1977

[3] Abu Daud, Mishkat al-Masabih 3251

[4] Sirat Hazrat Amma Jaan (r.a.), p. 112)

[5] Hazrat Amma Jaan: An Inspiration for Us All, p. 51-53

[6] Sirat Hazrat Amma Jaan (r.a.), p. 116-117

[7] Al-Bukhari, Riyad as-Salihin 364