Habeeba Hajrah Jeeawody, île Maurice
Dans un monde traversé par les conflits, les divisions et une défiance grandissante entre les peuples, la quête d’une paix véritable demeure l’un des besoins les plus pressants de notre époque. Cette paix n’est pas imposée ; elle s’érige plutôt avec soin grâce à l’écoute, au respect mutuel et aux échanges entre les diverses traditions spirituelles, chacune d’entre elles véhiculant un message d’amour fraternel et d’optimisme. C’est dans cet esprit que la Lajna Ima’illah (aile féminine de la communauté musulmane Ahmadiyya) de la région de Triolet, à l’île Maurice, a organisé une conférence interreligieuse ainsi qu’une exposition placées sous le thème « Construire une paix durable ».
Réservée exclusivement aux femmes, cette conférence a permis de valoriser leur rôle essentiel dans la promotion de la paix et du vivre-ensemble. Le panel était composé de membres du Marathi Speaking Union, du Brahma Kumaris, du Bureau des affaires extérieures des bahá’ís de Maurice et du Lajna Ima’illah de Triolet, chacune apportant la perspective spirituelle unique de sa tradition.

Sous la présidence de Mme Shaguftah Ramjeet, présidente de la Lajna Ima’illah de Triolet, la conférence s’est ouverte par la récitation de quelques versets du Saint Coran, mettant l’accent sur la spiritualité et la paix, comme suit :
« Et si deux groupes de croyants se font la guerre, faites la paix entre eux ; puis, si par la suite l’un des deux transgresse contre l’autre, combattez le groupe transgresseur, jusqu’à ce qu’il retourne au commandement d’Allāh. S’il y retourne, alors faites la paix entre eux avec équité, et agissez avec justice. En vérité, Allāh aime les hommes équitables. Assurément tous les croyants sont frères. Faites donc la paix entre vos frères, et craignez Allāh pour que la miséricorde vous soit accordée. » [1]
Les échanges se sont articulés autour de quatre axes de discussion inspirés des écritures religieuses. Les intervenants ont d’abord exploré le rôle des femmes comme bâtisseuses de paix dans leurs traditions spirituelles, mettant en lumière la place centrale qu’elles occupent dans la promotion de l’harmonie et du dialogue. La discussion s’est ensuite tournée vers la famille et l’éducation, présentées comme les fondements spirituels d’une société pacifique selon de nombreuses traditions. Un autre volet a mis l’accent sur la spiritualité, la compassion et le service humanitaire, considérés comme des chemins essentiels vers la paix et le bien-être collectif. Enfin, le panel a souligné l’importance du dialogue interreligieux et de la coopération, indispensables pour dépasser les préjugés et renforcer la cohésion sociale dans un monde marqué par la diversité.
Les principaux enseignements tirés des échanges lors de la discussion, ancrés dans des valeurs communes, sont présentés ci-dessous :
Mme Urvassi Sackaram, représentante de la Marathi Speaking Union, s’exprima avec conviction :
« Nous avons puisé notre inspiration dans de grandes figures historiques, comme Jijabai Bhonsale, qui transmit des valeurs à son fils dès sa vie intra-utérine. Devenu roi, il s’engagea résolument pour la préservation de notre culture. D’autres femmes, à travers des plateformes socio-culturelles, ont également œuvré avec détermination pour l’éducation et la paix, laissant un héritage durable. »
Par la suite, Sœur Sangeeta, représentante de la communauté Brahma Kumaris, déclara :
« Cet atelier interreligieux, tout comme la coopération entre les religions, est essentiel puisqu’il favorise la paix, la compréhension mutuelle et nous encourage à dépasser nos divergences. Ainsi, les obstacles pourront être perçus comme des occasions d’apprendre et de grandir. »
Mme Vanysha Boodhun, membre du Bureau des affaires extérieures des bahá’ís de Maurice et également membre du panel, ajouta :
« Le service envers autrui s’exprime d’abord au sein de la famille, de la communauté, du pays et entre les nations, et l’éducation spirituelle et morale joue un rôle primordial afin de promouvoir davantage d’égalité dans le monde. Cela nous invite à réfléchir à la manière dont chacun de nous peut devenir un instrument de la paix que nous souhaitons voir émerger. »
Enfin, Mme Inayat Soodhun, représentante de la Lajna Ima’illah de Triolet affirma :
« Lorsque nous évoquons la spiritualité, la compassion et le service humanitaire comme voies menant à la paix, la première chose qui nous vient à l’esprit est notre croyance profonde et notre foi inébranlable. Il devient alors essentiel de reconnaître notre Créateur, le Dieu Tout-Puissant, car c’est à partir de cette reconnaissance que nous pouvons véritablement promouvoir la paix. »
D’autres invitées ont également été sollicitées pour partager quelques paroles de paix. Parmi elles : Mme Lutchmeen Gokhool et Me Sunaina Tapsee, toutes deux représentantes de la Hindu House ; Mme Prema Seecharan, représentante du Groupement Volontaire de Cap Malheureux ; et Mme Rookian Rohimun, représentante de la Lajna Ima’illah de France.

Ensuite, les invitées, ainsi que les membres de la communauté, ont été appelées à découvrir une exposition spécialement préparée pour l’occasion. Cette exposition proposait un parcours visuel et informatif retraçant les messages essentiels liés à la paix, au dialogue interreligieux et au rôle central des femmes dans la société. À travers des affiches, des citations tirées des écritures religieuses, des illustrations thématiques ainsi que des dires du Saint Prophète Mohammad (s.a), du Messie Promis (a.s) et de Sa Sainteté le Calife actuel de la Communautré Musulmane Ahmadiyya, les participantes ont pu approfondir leur compréhension des sujets abordés durant la conférence. Sur l’un des panneaux de l’exposition, on pouvait lire le sermon d’adieu du Saint Prophète Mohammad (s.a) comme suit :
« Ô hommes, écoutez et souvenez-vous. Tous les musulmans sont frères et égaux. Tous les hommes, quels que soient leur nation, leur tribu et leur rang social, sont égaux. Comme les doigts des deux mains, les êtres humains sont égaux entre eux. Personne n’a de supériorité sur l’autre. Vous êtes comme des frères.
Ô hommes, votre Dieu est unique, de même que votre ancêtre. Un arabe n’a aucune supériorité sur un non-arabe, ni un blanc sur un noir, et vice versa. La supériorité réside dans l’accomplissement du devoir envers Dieu et les hommes. Le plus honoré aux yeux de Dieu est le plus juste. De même que ce mois, cette terre et ce jour sont sacrés, la vie, les biens et l’honneur de chaque homme sont sacrés.
Ce message est éternel. Transmettez-le au monde entier, afin que chacun en bénéficie. » [2]
Les panneaux de l’exposition traitaient également de thèmes essentiels, notamment le respect des droits des femmes. L’un d’eux mettait en avant le passage suivant du Saint Coran :
« Et, elles ont, en toute équité, des droits semblables à ceux des hommes. Cependant, les hommes ont un degré de prééminence sur elles ; et Allāh est Puissant, Sage. » [3]
Certes, le respect des droits de la femme est fondamental pour construire une paix durable. Dans toutes les sociétés, l’égalité, la sécurité et l’autonomisation des femmes contribuent à réduire les tensions, prévenir les conflits et favoriser la cohésion sociale. Lorsqu’une femme peut exercer ses droits et participer pleinement à la vie familiale, communautaire et politique, elle devient un vecteur de dialogue, de compréhension et de justice, des éléments essentiels pour instaurer une harmonie durable. Ainsi, promouvoir la paix passe inévitablement par la reconnaissance et la protection des droits des femmes.

Cet espace d’exposition a ainsi favorisé des échanges spontanés, permettant à chacune de partager ses réflexions, de poser des questions et de prolonger la discussion dans un cadre plus interactif.
De plus, un étal de livres présentait les publications de la Communauté musulmane Ahmadiyya, offrant aux participantes l’opportunité de découvrir ses ouvrages phares. Parmi eux, le livre « La Crise Mondiale et le Chemin vers la Paix » en version anglaise, écrit par le cinquième Calife de la communauté musulmane Ahmadiyya, Mirza Masroor Ahmad (aba), attirait particulièrement l’attention. Tout comme les élus de Dieu, celui-ci est une voix qui s’élève contre les injustices mondiales, avertissant des dangers d’une troisième guerre mondiale, œuvrant pour la paix, et suppliant Dieu pour Sa Grâce. Il exhorte le monde à faire de même. Vingt ans de combat médiatique, Sa Sainteté (aba) mène une campagne mondiale pour transmettre le message pacifique de l’Islam.
D’ailleurs, le livre « La Crise Mondiale et le Chemin vers la Paix», ainsi que l’ouvrage « La Vie du Saint Prophète Mohammad (s.a) », ont été offerts aux membres du panel en signe de respect et d’échange culturel. Ces publications leur ont permis de mieux connaître les enseignements de la communauté musulmane Ahmadiyya et les valeurs universelles qu’elle promeut. Ce geste symbolique a renforcé l’esprit de dialogue et de partage qui a marqué la conférence. Les visiteurs ont donc pu explorer ces publications pour approfondir leur compréhension des principes de paix, de dialogue interreligieux et de service humanitaire. Cet espace a permis de prolonger les échanges de la conférence et d’offrir des ressources concrètes pour nourrir la réflexion personnelle et communautaire.
Il est louable de noter que la conférence a été chaleureusement appréciée par toutes les participantes. Elles ont salué la richesse des échanges, la diversité des perspectives religieuses et la qualité des interventions du panel. Beaucoup ont souligné combien cet espace de dialogue et de réflexion les avait inspirées et encouragées à promouvoir la paix dans leur vie quotidienne et au sein de leurs communautés.
En clôture de la conférence, les participantes ont été invitées à laisser un mot dans le livre d’or, et leurs messages se lisent comme suit :
« Excellente initiative pour ces discussions interreligieuses sur la paix, dans un contexte mondial marqué par la menace d’une troisième guerre mondiale et la situation économique de l’île Maurice. Les interventions de toutes les participantes ont été très intéressantes. J’espère que les personnes présentes ont beaucoup appris et/ou verront désormais le monde sous un autre angle. »
– Mme Sunaina Tapsee, représentante du Hindu House
« Félicitations à l’équipe organisatrice pour avoir pris l’initiative d’organiser cet événement. Ce fut un plaisir d’échanger des points de vue avec des personnes de différentes confessions. J’espère sincèrement pouvoir participer à nouveau à de futurs événements sur ce même thème. »
– Mme Urvassi Sackaram, représentante du Marathi Speaking Union
« Merci à l’équipe organisatrice et tout particulièrement au leader. Ce fut un vrai plaisir d’entendre différents membres de la société parler de paix et d’harmonie. Merci encore, et à très bientôt. »
– Mme Lutchmeen Gokhool, représentante du Hindu House
« Merci encore de nous réunir chaque année pour une discussion enrichissante. Nous apprécions vraiment la qualité de votre engagement. »
– Mme Prema Seecharan et Mme Peroumey Veerasawmy, représentantes du Groupement Volontaire de Cap Malheureux
« Merci d’avoir réuni différents leaders d’opinion et des femmes de cette région, afin d’explorer ensemble l’importance de la paix ainsi que le rôle des femmes et des mères au sein des familles et de la société – nous aidant tous à poursuivre notre action commune pour instaurer une paix durable. »
– Mme Mina Boodhun, représentante du Bureau des affaires extérieures des bahá’ís de Maurice
Ainsi, cette conférence interreligieuse a été une occasion précieuse de dialogue et d’échanges autour de la paix, du rôle des femmes et de la spiritualité. Les interventions des panélistes et les échanges avec les participantes ont permis de réfléchir aux valeurs communes qui unissent les différentes traditions. L’exposition et les publications présentées ont enrichi la compréhension de chacun et inspiré de nouvelles actions pour la cohésion sociale. En réunissant des voix diverses, cet événement a rappelé que la paix durable se construit ensemble, dans le respect et la solidarité.
À propos de l’auteure : Habeeba Hajrah Jeeawody, Mauricienne, est titulaire d’une maîtrise en psychologie managériale de l’Université de Technologie de Maurice, ainsi que d’une licence en sécurité et qualité alimentaires de l’Université de Maurice. Elle travaille au sein de l’État mauricien depuis huit ans et a servi comme Sadr Lajna (présidente) pour la Lajna Ima’illah (Organisation auxiliaire des femmes ahmadies) de Triolet, à Maurice, de 2022 à 2024. Elle occupe actuellement diverses responsabilités au sein de plusieurs départements de la Lajna Ima’illah de Triolet.
[1] Le Saint Coran, 49 : 10-11
[2] Al-Jahiz, Kitāb al-Bayānwa-al-Tabyīn, Musnad of Imam Ahmad, hadith no.19774
[3] Le Saint Coran, 2:229










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